Bien manger en temps de pandémie, ça aide

Votre jean était plus serré quand vous êtes sorti du confinement, au printemps ? Voici pourquoi il est important de ne pas « manger ses émotions ».

Photo : Unsplash

La pandémie a bousculé nos habitudes alimentaires, en particulier lors du confinement. Le stress, l’isolement et la crainte de voir l’économie s’effondrer ont poussé plusieurs d’entre nous à « manger leurs émotions » en se gavant de malbouffe. Or le fait de se nourrir trop souvent de ce type d’aliments peut affecter non seulement le tour de taille, mais aussi le système immunitaire, et conduire à un risque accru de maladie.

Quand on parle de nutrition, ce qui vient souvent à l’esprit, ce sont les régimes à la mode, les jus « détox » et les suppléments alimentaires. Les Américains se soucient de leur poids à un point tel que 45 millions d’entre eux dépensent 33 milliards de dollars chaque année en produits amaigrissants. Au Canada, plus de 64 % des adultes sont en surpoids ou obèses, et ce taux ne cesse d’augmenter depuis 40 ans.

En mettant l’accent sur les produits amaigrissants plutôt que sur une alimentation saine au quotidien, nous passons sous silence le rôle essentiel de ce que nous mangeons sur notre santé. Parmi les nombreuses notions que j’enseigne aux étudiants dans mon cours de biochimie nutritionnelle, à l’Université de Californie du Sud, il y a la relation évidente entre un régime alimentaire équilibré et un système immunitaire fort et bien régulé.

Hormis les mesures d’hygiène, la distanciation physique et éventuellement un vaccin efficace, le système immunitaire constitue notre meilleure défense contre l’infection par les coronavirus. Pour qu’il en reste ainsi, il est absolument nécessaire d’adopter une bonne alimentation. Bien que celle-ci ne remplace pas les soins médicaux essentiels, elle peut agir en synergie avec la médecine pour améliorer l’efficacité des vaccins, réduire la prévalence des maladies chroniques et alléger le poids de ces dernières sur le système de santé.

Le cholestérol, les gras saturés et le sucre constituent une grande partie du régime alimentaire occidental.
Le régime alimentaire occidental est riche en cholestérol, en gras saturés et en sucre. Photo : Tara Moore via Getty Images

L’impact du régime alimentaire occidental

Les scientifiques savent maintenant que les personnes souffrant de certaines conditions médicales préalables sont plus exposées à des formes graves de COVID-19. Cela inclut les gens qui sont atteints de diabète et ceux qui souffrent d’obésité ou de maladies rénales, pulmonaires ou cardiovasculaires. Nombre de ces affections sont liées à un système immunitaire dysfonctionnel.

Le système immunitaire des patients atteints de maladies cardiovasculaires ou métaboliques réagit à retardement, ce qui donne une longueur d’avance aux envahisseurs viraux. Lorsqu’il est infecté, l’organisme de ces personnes présente une réponse inflammatoire qui attaque les tissus sains en même temps que le virus. On ne sait pas encore dans quelle mesure ces dommages contribuent à l’augmentation du taux de mortalité, mais c’est un facteur important.

Quel est le rapport avec l’alimentation ? Le régime alimentaire occidental se caractérise par une forte proportion de viande rouge et de gras saturés qui exploitent ce qu’on appelle le « point de félicité » : la quantité de sucre et de sel qu’ils contiennent crée rapidement un plaisir maximal.

Dans un tel régime, la consommation de fruits et de légumes est insuffisante. Malgré l’abondance de calories, de nombreux Américains n’ingèrent pas suffisamment de nutriments essentiels, comme les vitamines A, C et D, ainsi que les sels minéraux tels le fer et le potassium. Un régime qui ne contient pas assez de vitamines et de minéraux et qui comprend trop de calories vides provoque, du moins en partie, un dysfonctionnement du système immunitaire.

Quand il est sain, le système immunitaire réagit rapidement pour limiter ou prévenir les infections, mais il se régule par la suite pour éviter d’endommager les cellules du corps. Le sucre perturbe cet équilibre. Une forte proportion de sucre raffiné dans l’alimentation peut provoquer une inflammation chronique de faible intensité, en plus du diabète et de l’obésité. Ce système de régulation ne s’estompe jamais complètement.

Bien que l’inflammation soit un élément naturel de la réponse immunitaire, elle peut être nocive lorsqu’elle est constamment active. En effet, l’obésité est elle-même caractérisée par une inflammation chronique de faible intensité et une réponse immunitaire dérégulée.

Par ailleurs, des recherches montrent que les vaccins pourraient être moins efficaces chez les personnes obèses. Il en va de même pour ceux qui boivent régulièrement trop d’alcool.

Les habitudes alimentaires saines commencent par l’éducation nutritionnelle.
L’éducation nutritionnelle est essentielle au développement d’habitudes alimentaires saines. Photo :westend61 via Getty Images

Comment les nutriments agissent

Les nutriments essentiels nous permettent de grandir correctement et de rester en santé. Ils aident à maintenir le système immunitaire en bon état. La vitamine A, par exemple, aide à lutter contre de multiples maladies infectieuses, dont la rougeole. La vitamine D régule le système immunitaire et prévient sa suractivation. La vitamine C, un antioxydant, protège des dommages causés par les radicaux libres. A contrario, la malnutrition est associée aux réponses tardives du système immunitaire.

Les polyphénols, une catégorie de molécules qu’on trouve dans toutes les plantes, ont également des propriétés anti-inflammatoires. Il existe de nombreuses preuves qu’un régime alimentaire riche en polyphénols végétaux peut réduire le risque d’affections chroniques, comme l’hypertension, l’insensibilité à l’insuline et les maladies cardiovasculaires.

Pourquoi les Nord-Américains ne consomment-ils pas plus de produits à base de plantes et moins de produits à base de viande ? La réponse est complexe. Les gens sont influencés par la publicité et ont des emplois du temps chargés les amenant à choisir des aliments préparés. Une piste de solution serait d’enseigner aux enfants les notions de saine alimentation dès leur plus jeune âge. Il faut mettre l’accent sur l’éducation nutritionnelle, de la maternelle à l’école secondaire et jusque dans les facultés de médecine.

Des millions d’Américains vivent dans des déserts alimentaires et ont un accès limité à des produits sains. Dans ces circonstances, l’éducation doit être associée à un meilleur accès. Pour un investissement relativement faible, ces objectifs pourraient être très rentables à long terme.

En attendant, nous pouvons tous prendre de petites résolutions pour améliorer progressivement nos habitudes alimentaires. Je ne suggère pas d’abandonner à tout jamais gâteaux, frites et boissons gazeuses, mais de prendre conscience, en tant que société, que cette nourriture « réconfortante » n’améliore pas le bien-être et la santé.

La pandémie de COVID-19 ne sera pas la dernière avec laquelle nous devrons composer. Il est donc vital que nous utilisions tous les outils de prévention dont nous disposons comme société. Pensez à une bonne alimentation comme à une ceinture de sécurité pour votre santé : elle ne garantit pas que vous ne tomberez pas malade, mais elle contribue à diminuer les risques de conséquences graves.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

Laisser un commentaire
Les plus populaires