Bien soigner les réfugiés syriens

Les craintes liées à l’accueil des réfugiés pour notre propre santé ne sont pas fondées, dit le Dr Alain Vadeboncoeur: les contrôles sanitaires effectués sont amplement suffisants. 

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Photo: Chris Young/La Presse Canadienne

Me Paul G. Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, a récemment lancé cette phrase pleine de bon sens et de générosité: «Le Québec s’est engagé à accueillir des réfugiés. Il est normal qu’on les accueille convenablement.» Cela comprend bien entendu l’obligation de soigner les gens.

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Parce que les réfugiés ont, comme tout le monde, des problèmes de santé dont il faut s’occuper. Ils sont de trois ordres. Comme il s’agit de populations déplacées, ayant vécu dans des conditions difficiles, ils ont d’abord eu besoin de soins d’urgence et de traumatologie, surtout offerts dans les camps de réfugiés.

Ensuite, leur couverture vaccinale étant souvent moindre que dans les pays d’accueil, le risque de propagation de maladies contagieuses est plus élevé. La vaccination doit donc faire partie des priorités.

Enfin, les réfugiés sont affectés par les mêmes maladies chroniques que nous: maladies cardiaques, cancers, diabète, hypertension, arthrite… Bref, tout ce qui doit faire l’objet d’une prise en charge à long terme. Il s’agit par ailleurs des soins les plus coûteux.

La capacité d’offrir des soins

Parmi les critiques sur l’arrivée des réfugiés, on entend parfois le manque de ressources en santé, qui affecte déjà nos populations et entraîne les délais que l’on connaît trop bien.

Il est vrai que nous connaissons des problèmes d’accès pour nos propres citoyens. Mais il faut voir que «rien ne permet de croire que les réfugiés syriens sont plus malades que la moyenne de la population», tel que l’expliquait également au Devoir Alain Boucard, gestionnaire de quarantaines de l’Agence de santé publique du Canada.

Par ailleurs, «les Nations Unies ne font état d’aucune épidémie dans les camps de réfugiés de Jordanie, du Liban ou de la Turquie». Soigner ces gens, qui présentent des problèmes de santé semblables aux nôtres, ne pose donc aucun problème et ne représentera qu’une petite fraction de nos propres coûts en soins.

Pour d’autres pays, qui possèdent beaucoup moins de ressources, la limite peut toutefois être atteinte plus rapidement. La Jordanie, pays d’accueil, a lancé un cri d’alarme devant l’affluence massive de réfugiés, puisque ses capacités d’offrir des soins ont été dépassées.

Pour ces pays, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît d’ailleurs que «les réfugiés représentent un poids supplémentaire sur le système de santé du pays d’accueil, tant au niveau des finances que des ressources». Elle travaille avec eux pour s’assurer que les soins requis seront offerts sur place.

Dans les camps de réfugiés

L’OMS et ses partenaires (souvent les ONG) doivent d’abord réduire les risques de maladies transmissibles dans les camps eux-mêmes. Il s’agit alors de répondre aux priorités, comme fournir de l’eau potable, surveiller l’apparition d’épidémies, mettre des trousses de soins d’urgence et de traumatologie dans les camps et fournir les médicaments et les fournitures médicales nécessaires.

La vaccination fait partie des actions les plus importantes. Par exemple, en Jordanie, des cas de rougeole — qui était pourtant disparue depuis trois ans — ont été signalés dans les camps, forçant des campagnes de vaccination massives.

Évaluer l’état de santé sur place

Il faut savoir que «la protection de la sécurité de la santé des Canadiens et des réfugiés est le facteur premier qui oriente le plan d’action du gouvernement du Canada tout au long de cette initiative», comme le rappelle le Guide de bienvenue aux réfugiés du gouvernement canadien.

Au début du processus d’immigration des réfugiés, un examen médical est donc réalisé sur place, dans les camps, pour notamment détecter les maladies transmissibles pouvant comporter un risque pour la santé publique, comme la tuberculose et différentes infections contagieuses.

Ensuite, lorsque les réfugiés arrivent au Canada, un nouvel examen est pratiqué. Le but est de détecter les diverses maladies nouvelles ou qui auraient pu passer inaperçues et de prendre les mesures requises du point de vue de la santé publique, tel que le prescrit la «Loi sur la mise en quarantaine».

L’objectif est alors double: d’abord faire bénéficier les réfugiés des soins requis en fonction de leurs conditions ; mais aussi détecter les maladies infectieuses, comme la syphilis, la rougeole ou la tuberculose, afin de limiter la dissémination à l’arrivée des réfugiés au Canada. Une radiographie des poumons est aussi effectuée, puisqu’il s’agit encore d’un moyen de détection de la tuberculose.

Il faut savoir que le Canada ne peut limiter l’accès des réfugiés au pays en fonction de critères liés à la santé, tel que le rappelle Vito Vassalo, directeur des opérations à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, cité par le Devoir: «Les réfugiés peuvent être admis au Canada même s’ils souffrent d’une maladie comme la tuberculose ou le sida. L’important est de les traiter pour protéger la santé publique.»

La couverture de soins au Canada

À leur arrivée, les réfugiés reçoivent un encadrement complet, touchant aussi bien des aspects liés à l’éducation, au logement, à l’aide aux revenus qu’à la santé. Les communautés, les villes et les gouvernements provinciaux et fédéraux travaillent donc ensemble afin d’assurer un accueil adéquat à ces gens qui ont fui l’horreur et la misère.

Parmi ces besoins, ceux en santé sont souvent prioritaires. Les réfugiés obtiendront donc les «services de santé dont ils ont besoin pendant leur hébergement temporaire, et ce, jusqu’à ce qu’ils soient réinstallés en permanence», comme le rappelle le programme d’accueil des réfugiés.

C’est le «Programme fédéral de santé intérimaire» qui assure la couverture en santé pour les premiers mois après l’arrivée des réfugiés au Canada. Il faut savoir qu’en 2012, le gouvernement Harper avait réduit cette couverture, entraînant de nombreux problèmes d’accès aux soins pour les réfugiés.

Les provinces avaient alors établi en catastrophe une couverture de remplacement pour permettre l’accès aux soins. C’est qu’on craignait que tout retard dans la capacité de consulter puisse entraîner des conséquences à plus long terme, comme une aggravation des maladies, la dissémination d’infections et des coûts globaux plus élevés.

Fort heureusement, la ministre Jane Philpott a l’intention de rétablir cette couverture à son niveau antérieur, une proposition très bien reçue par les intervenants du milieu.

Pas de risques pour nous

Les craintes liées à l’accueil des réfugiés pour notre propre santé ne sont pas fondées: les contrôles sanitaires effectués sont amplement suffisants. Il n’y a aucun risque pour nous ni d’ailleurs pour notre capacité d’offrir les soins pour des problèmes de santé essentiellement similaires aux nôtres.

C’est d’autant plus important de le rappeler en cette période des Fêtes. Parce que les réfugiés que nous accueillons à bras ouverts sont des personnes comme nous, méritant d’être soignées comme nous. Voilà tout.

 

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6 commentaires
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««Les réfugiés peuvent être admis au Canada même s’ils souffrent d’une maladie comme la tuberculose ou le sida. L’important est de les traiter pour protéger la santé publique

Quoi? Le sida coûte 15,000$ par année en traitement. Le gars qui débarque ici à 20 ans séropo va nous couter 1 million en pilules juste pour son sida!!!
Toute cette histoire est sur-réaliste. Ce qu’il y a de plus frustrant c’est qu’aucun politicien ne parle. Aucun politicien ne représente le 60% de Québécois qui s’opposent à tout ce cirque sur-réaliste

Je suis d’accord avec vous Monsieur Jack2……. il faut aider mais pas être stupide au point de s’embarquer dans des frais de santé à long terme surtout que notre système de santé a coupé dans plusieurs soins de santé que nous devons maintenant payer…. C’est très frustrant de voir comment nos gouvernements utiliser NOTRE ARGENT comme bon leur semble.

Bien que j’ai une fibre humanitaire et je crois à un certain devoir humanitaire, je trouve cela scandaleux que nos gouvernements offre un tapis rouge à des réfugiés alors que la population doit attendre de 12 à 24 heures à l’urgence pour voir un médecin, et que 1 québécois sur 3 n’a pas de médecin de famille. Alors que le Gouvernement offre des logements et des billets de spectacles gratuitement aux réfugiés syriens, il coupe les programmes aux enfants handicapés, le soutien au devoir, etc… A-t-on oublié qu »un enfant sur 5 au Québec ne mange pas à sa faim? Et ceci sans compter les souffrances des autochtones et autres personnes marginalisées vivant au Canada. Aussi, que dire des milliers d’immigrés qui sont venus au Canada de façon légal, qui attendent depuis plus de 1 an leur résidence permanente et qui ont dû dépenser des sommes faramineuses en avocat et conseils légaux? Ils n’ont même pas la carte soleil! Suis-je le seul à penser ainsi?

Nous, québecois de souche ne sommes pas capable d’avoir acces à un médecin de famille. Mais pour les réfugiés ils ouvrent des cliniques et il y a des médecins pour eux!!!! C’est bien beau la charité mais il faudrait commencer par nous. Je travaille et je paie des impots depuis que j’ai 16 ans et ma famille a de la misère à se faire soigner, pas de pédiatre pour mon enfant de 7 ans, et quand il s’est blessé il a fallu attendre 14h à l’urgence… Bravo!

Pour avoir travaillé dans les camps de réfugiés syriens au Kurdistan Irakien, je constate que contrairement aux réfugiés du continent africain, les réfugiés syriens sont en grande majorité issus de la classe moyenne (pharmaciens, ingénieurs, médecins, etc etc) donc instruits (et vaccinés) le plupart de leurs problèmes de santé ressemblent à ceux de la population canadienne en général. Donc ils ne devraient pas recevoir ni plus ni moins de soins que la population québecoise en général. SVP arrêtez ce cirque médiatique..

Paul v Nguyen MD Médecin Volontaire MSF

Je suis parfaitement en accord de s’occuper de la santé de ces gens. Le Canada est un pays d’immigrants et ces gens seront un actif pour le pays pour le reste de leur vie et ils le perpétueront au travers leurs enfants. Ces gens ont connu la misère et les affres de la guerre. Ce seront j’en suis convaincu des travailleurs acharnés, de bons citoyens qui paieront leurs impôts et ainsi participeront eux aussi à notre système de santé. Et surtout ils apprécieront toute la chance que nous avons de vivre dans un pays en paix et prospère. Bienvenue chez vous !