Bientôt du blé transgénique ?

De grands changements s’annoncent peut-être dans la culture du blé, si l’on en croit deux études publiées cette semaine.

D’abord, une équipe de chercheurs britanniques menée par Neil Hall, de l’Université de Liverpool, a  annoncé jeudi avoir décodé 95 % du génome du blé en moins d’un an. Tout un exploit, quand on sait qu’il avait fallu près de 15 ans pour séquencer le génome humain… pourtant cinq fois plus petit que celui du blé !

Le blé est né il y a environ 10 000 ans, dans le croissant fertile, du croisement de plusieurs espèces de céréales sauvages appartenant aux genres Triticum et Aegilops. Depuis, son génome a évolué au gré de la domestication et de la sélection des espèces par les agriculteurs.

Résultat, le génome du blé compte 42 chromosomes présents chacun en six copies (on dit qu’il est hexaploïde). Pour avoir une idée de la complexité de chose, allez faire un tour sur ce site du Genoscope.

Ce génome est notamment beaucoup plus complexe que ceux du riz et du maïs, qui ont déjà été séquencés en 2002 et 2008, respectivement.

Cette semaine aussi, Robert Graybosch et C. James Peterson, deux chercheurs américains, publient dans Crop Science (pdf en anglais) une étude de l’évolution du rendement des cultures de blé dans les grandes plaines de l’Amérique du Nord entre 1959 et 2008.

Depuis que le blé est cultivé, les rendements n’ont cessé d’être améliorés par le croisement des espèces réalisé par les producteurs de semences. Entre les années 1920 et 1980, par exemple, on estime qu’un quart de l’accroissement des rendements des cultures de blé est lié à la sélection de cultivars plus productifs, le reste étant dû aux changements dans les techniques agricoles (dont la fertilisation).

Mais selon ces deux chercheurs, le potentiel d’amélioration génétique du blé (sans recours à des gènes d’autres plantes) s’épuise peu à peu. De 1959 à 1984, la sélection de meilleurs cultivars aurait fait augmenter les rendements de 1,1 % par an. Depuis, plus rien.

Nous aurions donc passé le «pic du blé» au delà duquel on ne peut plus améliorer cette céréale autrement qu’en jouant sur les conditions de culture.

Si elle se confirme, cette nouvelle n’a rien de rassurant, surtout si l’on ajoute à cela les impacts potentiellement négatifs des changements climatiques sur l’agriculture. Parlez-en aux Russes et aux Ukrainiens, qui ont décidé cette année de ne pas ou peu exporter leur blé à cause de la sécheresse.

La FAO ne voit pas de crise alimentaire à l’horizon, mais il ne faudrait pas que cela se reproduise trop souvent…

La grande question maintenant : est-ce que la publication du génome du blé va permettre aux sélectionneurs d’explorer plus à fond le potentiel d’amélioration génétique du blé pour trouver des de nouveaux cultivars plus productifs ou résistants mieux à la sécheresse ?

Ou est-ce qu’on va devoir passer au blé transgénique ? 

Réponse d’ici quelques années…

Un beau sujet de conversation pour votre prochain repas de pâtes ou de pizza…

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