Bientôt le grand retour des ITSS ?

Notre été chaud et déconfiné favorise les rencontres, les rapprochements… et peut-être même une flambée d’infections comme la chlamydia et la gonorrhée. Ces dernières peuvent avoir de graves conséquences si elles ne sont pas traitées. 

Daniil Dubov / Getty Images

Bon an, mal an, plus de 40 000 Québécois en moyenne reçoivent un diagnostic d’infection transmissible sexuellement et par le sang (ITSS) à déclaration obligatoire, comme la chlamydia, la gonorrhée, la syphilis, le VIH et les hépatites B et C. « Les principales ITSS bactériennes, comme la chlamydia, la gonorrhée et la syphilis, sont de plus en plus fréquentes depuis une dizaine d’années », constate la Dre Nathanaëlle Thériault, spécialiste en santé publique et en médecine préventive à la Direction de santé publique du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Cette tendance à la hausse serait due, en partie, à des comportements désinvoltes ayant causé une plus grande transmission. « Les gens banalisent les ITSS et leurs risques parce que la plupart des infections courantes n’ont pas de symptômes », raconte la Dre Thériault. Par exemple, les trois quarts des personnes atteintes de chlamydia l’ignoreraient, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Or, une chlamydia ou une gonorrhée non traitées peuvent causer l’infertilité. La syphilis peut provoquer des avortements ou être transmise au bébé. 

Les messages de sensibilisation et l’accès facile aux tests de dépistage ont aussi fait augmenter les statistiques au cours des dernières années, puisqu’ils ont amené de plus en plus de gens à consulter un médecin, croit la Dre Thériault. L’arrivée du coronavirus a toutefois changé la donne en 2020-2021, le manque de ressources et le délestage dans le système de santé ayant diminué l’accès aux services de dépistage. D’où une fausse impression que le nombre de cas d’ITSS se serait stabilisé, fait valoir la médecin. 

Même si les chiffres ne montrent pas encore d’augmentation des ITSS pour 2021, de nombreux experts craignent donc que la reprise des contacts sociaux après une longue période d’isolement ne provoque une explosion de cas dans les prochains mois.

Prévenir… ou guérir

Nathanaëlle Thériault rappelle que les ITSS ne se contractent pas uniquement lors des relations vaginales et anales, mais aussi lors des relations orales, des contacts entre les organes génitaux des partenaires ou par le partage de jouets sexuels. « Il est plus que jamais important de bien se protéger en adoptant le condom et en se soumettant à un dépistage régulier », dit la Dre Thériault, qui recommande notamment de prendre rendez-vous dans une clinique médicale, un CLSC ou une clinique spécialisée en ITSS après toute relation sexuelle non protégée. 

Et si vous présentez des symptômes — car certaines personnes en auront —, consultez un professionnel de la santé dans une clinique sans rendez-vous dans les 24 à 48 heures suivant l’apparition des premiers signes. 

Un écoulement urétral chez les hommes, des pertes vaginales chez les femmes, des saignements, une difficulté à uriner, de la douleur et de la fièvre peuvent témoigner d’une chlamydia ou d’une gonorrhée. La syphilis, selon son stade, peut causer un ou des ulcères, une éruption cutanée ou un syndrome grippal. 

Heureusement, ces infections se traitent facilement avec des antibiotiques lorsqu’elles sont diagnostiquées à temps. Toutefois, la bactérie responsable de la gonorrhée semble devenir résistante aux traitements. Une situation qui préoccupe les autorités de santé publique du Québec. 

Trois infections à surveiller

La chlamydia, causée par la bactérie Chlamydia trachomatis, est de loin la plus fréquente des ITSS à déclaration obligatoire : 28 633 cas en 2019, selon le dernier portrait statistique de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), soit une hausse de 12 % par rapport à 2015. Cette ITSS touche particulièrement les femmes et la tranche d’âge des 15 à 24 ans. 

La gonorrhée, transmise par la bactérie Neisseria gonorrhoeae, inquiète beaucoup les autorités de santé publique. Le nombre de cas a augmenté de 84 % depuis 2015, se chiffrant à 7 521 infections en 2019, révèle le dernier rapport de l’INSPQ. Les hommes représentent 75 % des cas, avec un taux d’incidence beaucoup plus élevé chez les jeunes de 15 à 29 ans.

Alors qu’elle était en voie d’être éliminée à la fin des années 90, la syphilis infectieuse connaît une résurgence depuis le début des années 2000. Les hommes en sont les principales victimes, totalisant 89 % des 1 188 cas déclarés en 2019. Toutefois, on observe chez les femmes une extension de l’épidémie de syphilis, résultat de la bactérie Treponema pallidum. Les adultes de 25 ans et plus sont les plus affectés.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.