Biodiversité : les aires protégées ne suffisent pas

Pour sauver les espèces menacées d’extinction, le premier (et souvent le seul) réflexe consiste à protéger des régions bien délimitées. Une approche importante, mais vouée à l’échec si elle ne s’accompagne pas d’autres mesures, explique le professeur Andrew Gonzalez, de l’Université McGill.

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Des négociations sont en cours dans le but de tenter de freiner la perte de la biodiversité mondiale. Une nouvelle série d’objectifs est en voie d’adoption, au printemps 2022, dans le cadre de la 15e Conférence des parties sur la biodiversité (appelée COP 15), dont la seconde partie aura lieu fin avril, en Chine. Les pays participant à cette rencontre organisée par les Nations unies, dont le Canada, misent entre autres sur la conservation d’au moins 30 % des terres et océans d’ici 2030. Bien que l’agrandissement des aires protégées soit une mesure importante pour favoriser la biodiversité, elle sera insuffisante pour atteindre les cibles, soutiennent une cinquantaine d’experts dans un rapport publié le mois dernier, sous la houlette du programme de recherche bioDISCOVERY et du Groupe sur l’observation de la Terre – Réseau d’observation de la biodiversité (GEO BON).

L’actualité s’est entretenu avec Andrew Gonzalez, professeur à l’Université McGill et coprésident de GEO BON, un groupe de 1 000 chercheurs, venant de 100 pays, qui étudient la biodiversité. 

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce rapport ?

Après avoir consulté la version préliminaire du nouveau cadre pour la biodiversité, GEO BON et le groupe de recherche BioDISCOVERY de Future Earth ont réuni des experts de 23 pays. Notre but était de rédiger un avis scientifique sur les mesures à prendre pour s’assurer d’atteindre les objectifs proposés à la COP 15. Nous avons rassemblé la meilleure science qui existe dans le domaine et l’avons mise entre les mains des décideurs. Je suis plutôt optimiste ; notre message, c’est-à-dire qu’on ne doit pas mettre l’accent uniquement sur les aires protégées, a été bien entendu par la communauté internationale et la Convention sur la diversité biologique.

Pourquoi l’agrandissement des aires protégées n’est-il pas suffisant ?

Bien sûr, cette mesure demeure très importante. Mais si on préserve 30 % de la superficie et qu’on ignore tout le reste de la planète, la biodiversité va continuer à se dégrader dans les paysages urbains et agricoles, par exemple. Plus de 40 % de nos terres ont déjà été transformées en systèmes agricoles pour nourrir la population. Forcément, en faisant ça, nous avons mis en péril un très grand nombre d’espèces. On doit donc s’intéresser à la biodiversité de toutes les régions.

De plus, les zones à conserver doivent être aménagées dans des écosystèmes diversifiés où vivent les espèces les plus à risque. Par exemple, au Québec, on a protégé 17 % de la superficie de notre territoire, mais la vaste majorité de ces zones sont situées dans le nord de la province. C’est donc clair qu’on ne s’occupe pas bien des écosystèmes au sud du 49e parallèle, eux qui subissent pourtant de grands impacts des activités humaines.

Le message clé de notre rapport, c’est que des changements transformateurs sont nécessaires. On croit qu’on ne peut pas atteindre nos cibles à long terme uniquement en créant des aires protégées. Il faut entre autres s’intéresser aux causes sous-jacentes des menaces à la biodiversité, comme notre système économique et notre manière d’exploiter les écosystèmes. La collaboration internationale est cruciale, car on sait qu’avec les échanges commerciaux, l’impact d’un pays sur la biodiversité n’est pas limité à ses frontières.

Quelles sont les autres façons de favoriser la biodiversité ?

Dans les écosystèmes agricoles, on peut diminuer la fragmentation des milieux naturels en reliant les parcelles intactes par des réseaux de corridors écologiques. Ainsi, on préserve mieux les petits écosystèmes naturels à l’aide des écosystèmes transformés, tout en favorisant la dispersion des espèces partout sur le territoire. C’est d’ailleurs ce que des collègues et moi proposons dans le Plan Sud pour la biodiversité au Québec. Nous suggérons aussi des parcs en milieu urbain et des bandes riveraines et prairies naturelles intercalées entre les parcelles de production agricole.

Diminuer l’utilisation des pesticides est un autre facteur majeur. Ceux-ci induisent une perte de biodiversité en nuisant aux insectes et autres invertébrés, de petits organismes qui se trouvent souvent à la base des chaînes alimentaires et s’avèrent donc importants pour les animaux plus grands et plus « charismatiques » que l’on connaît bien.

Finalement, au Canada, on jette la moitié de la nourriture produite, ce qui signifie qu’en réduisant le gaspillage alimentaire, on pourrait diminuer l’intensité de la production. Et c’est sûr qu’on réduirait ainsi l’impact de notre économie sur nos écosystèmes. En ce moment, il y a un fort déséquilibre entre ce qu’on demande à nos écosystèmes et ce qu’ils sont capables de fournir. Il faut rééquilibrer le tout pour maintenir la biodiversité.

Sommes-nous vraiment en train de vivre la sixième extinction de masse ?

On parle d’une extinction de masse lorsque 70 % des espèces animales et végétales disparaissent. C’est arrivé cinq fois dans l’histoire de la vie sur Terre. Ces événements ont été causés par des phénomènes naturels très forts, comme des éruptions volcaniques ou l’impact d’un astéroïde.

En ce moment, parmi les 142 500 espèces répertoriées sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, 40 000 sont menacées d’extinction. Et le taux de disparition des espèces est de 10 à 100 fois plus élevé que le taux typique. Donc, si ça continue au rythme actuel, on va atteindre l’équivalent d’une extinction de masse. Ce qui est très différent cette fois, c’est que c’est une autre espèce, c’est-à-dire nous, Homo sapiens, qui est responsable de cette sixième vague de disparitions. 

En effet, nous avons fondamentalement bouleversé les milieux naturels et détruit des habitats comme des forêts, des milieux humides et des prairies pour transformer la surface de la planète en système de production. Les changements climatiques, la propagation d’espèces exotiques et invasives, l’exploitation directe de certains organismes et la pollution sont d’autres menaces à la biodiversité causées par l’activité humaine.

Pourquoi est-ce si important de protéger la biodiversité ?

Tout d’abord, les huit millions d’espèces avec lesquelles on partage la Terre revêtent une grande importance bioculturelle, entre autres pour les peuples autochtones et les communautés locales. Si on continue à contribuer à l’érosion de la biodiversité, ça entraînera des conséquences sur notre culture, notre bien-être, mais aussi sur notre santé, car les écosystèmes peuvent diminuer la pollution ou l’impact des vagues de chaleur. En ville, la nature est maintenant reconnue pour augmenter la qualité de vie. De plus, on sait aujourd’hui que plus il y a de biodiversité dans un écosystème, plus ce milieu naturel sera productif et résilient. Il pourra mieux récupérer après une perturbation, comme un événement climatique extrême.

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C’est triste à dire mais le Québec est un paria en la matière depuis un bon bout de temps. Nous sommes un peuple prédateur qui ne fait qu’exploiter la nature sans égard pour les torts que nous causons et nous élisons des partis politiques qui sont des ignares en la matière ou, pire, des exploiteurs sans vergogne de la nature. Les Atikamekw essaient de protéger leur territoire de la dévastation des coupes forestières mais le gouvernement caquiste ferme les yeux et laisse faire.

Encore hier, la CAQ permet la destruction des écosystèmes à Fermont pour une compagnie étrangère et au bénéfice de ses actionnaires alors qu’en retour on sacrifie notre environnement pour quelques emplois. C’est toujours la même rengaine, l’exploitation de la nature avant sa protection et nous avons un ministre des forestières qui semble complètement aveugle aux dommages causés à notre milieu de vie, surtout quand on parle des aires protégées.

Quand les Québécois éliront des gens qui ont à cœur leur maison et leur environnement, on pourra dire que notre peuple fait sa part mais on est loin d’être rendu là, surtout quand on sait que la CAQ de Legault va très probablement être reportée au pouvoir. À force de cracher en l’air, ça va finir par nous retomber sur le nez.