Bisphénol : faut-il arrêter les aliments en conserve?

Des chercheurs américains ont découvert des niveaux importants de bisphénol A dans l’urine de personnes juste après qu’elles ont consommé de la soupe en conserve, selon une étude publiée cette semaine dans le Journal of the American Medical Association.

Jenny Carwile, étudiante au doctorat à la Harvard School of Public Health, à Boston, a demandé à 75 étudiants de consommer des quantités contrôlées de soupe pendant cinq jours. La moitié d’entre eux ont avalé de la soupe faite à partir de légumes frais, l’autre de la soupe en conserve de marque Progresso dans la même quantité (12 onces par jour).

Puis la chercheure et ses collègues ont mesuré la quantité de bisphénol se retrouvant dans leurs urines.

Chez les mangeurs de soupe fraîche, la concentration de BPA dans l’urine était en moyenne de 1,1 microgramme par litre, contre 20,8 microgrammes par litre chez les mangeurs de conserve.

Selon les chercheurs, c’est la première fois que l’on retrouve autant de BPA dans l’urine de personnes, hormis chez celles qui sont exposées à cette substance au travail.

Ils parlent d’ailleurs d’une augmentation de 1000% du taux de BPA, un chiffre qui frappe l’esprit mais n’indique aucunement une hausse phénoménale du risque! (et c’est malheureusement ce chiffre qui va être retenu de leur étude par les alarmistes et paranoïaques en tout genre).

Plusieurs chercheurs ont déjà mesuré la concentration de bisphénol A dans les aliments en conserve, car cet adjuvant est utilisé dans le revêtement intérieur des boîtes.

Les taux relevés n’ont pas semblé jusqu’alors très alarmants. Dans une étude publiée en 2009 sur le taux de BPA dans les breuvages vendus en boîte au Canada, des chercheurs de Santé Canada avait trouvé qu’il faudrait consommer environ 1000 cannettes par jour pour atteindre le niveau jugé sécuritaire (soit 25 microgrammes par kg de poids corporel et par jour)!

L’étude américaine est la première à évaluer la quantité de BPA qui peut passer de la boîte à l’urine dans les heures qui suivent la consommation d’un produit en conserve.

De deux choses l’une: soit ses résultats sont aberrants, soit quelque chose de fondamental sur la manière dont le BPA passe du revêtement des boîtes à l’organisme humain a échappé aux chercheurs jusqu’à présent.

Dans les deux cas, cela mérite confirmation, compte tenu de l’omniprésence des aliments en conserve, particulièrement populaires auprès des gens les plus pauvres et donc les plus fragiles.

Il faudrait aussi vérifier l’impact sur la santé d’une augmentation importante du taux de BPA mais possiblement de courte durée (l’étude, et c’est bien dommage, ne donne pas d’information sur la quantité de BPA relevée chez les cobayes dans les jours ou semaines qui ont suivi).

Le bisphénol est soupçonné de pouvoir causer toutes sortes de troubles de santé, de problèmes hormonaux à l’obésité en passant par le diabète et les maladies cardiovasculaires.

Les études sont nombreuses chez les animaux de laboratoire, mais bien moins concluantes sur les humains – y compris chez les personnes travaillant dans les usines qui produisent les résines époxy que l’on retrouve dans les boîtes de conserve.

Cependant, si les résultats de cette étude étaient confirmés par d’autres, il y aurait probablement de bonnes raisons de vouloir diminuer ou de bannir le BPA d’au moins une partie des conserves (il est possible que la soupe, très acide, favorise particulièrement les transferts de BPA), qui constituent une des voies d’entrées majeures du bisphénol dans le corps humain.

En attendant, inutile de s’inquiéter outre mesure.

Mon seul bémol: si vous êtes en congé de maternité, profitez-en pour mitonner des soupes maisons (meilleures au goût, plus économiques et donc éventuellement plus sécuritaires que les soupes en boîte)! Selon le professeur Aziz Aris, le bisphénol pourrait affecter le développement des foetus.

Laisser un commentaire

Bonjour,

Si on est en congé de maternité, à moins d’être de nouveau enceinte, notre ex «foetus» ne devrait plus avoir avoir grand chose à craindre. Notre bébé en revanche peut-être, mais c’est une autre histoire 🙂

Personnellement je ne me fierai pas aux normes de Santé Canada, bien souvent inatteignables et donc sans danger… pour l’industrie. Le Bisphénol A agit comme perturbateur endocrinien même à très faible dose. Et nombreux sont les scientifiques qui s’interrogent sur l’impact des cocktails chimiques (Bisphénol A, phtalates, pesticides, etc)absorbés au quotidien. Des chercheurs observent d’ailleurs une baisse de l’âge de la puberté chez jeunes filles (dès l’âge de 6 ou 7 ans) ainsi qu’une baisse de la fertilité masculine et ces produits chimiques sont montrés du doigt même si le lien de cause à effet est difficilement démontrable.
Je suis d’accord avec vous qu’on ne risque pas de mourir demain en mangeant de la soupe en conserve, mais selon moi il y a quand même de quoi s’inquiéter.