Bloguer, c’est aussi de la médecine?

Un urgentologue, ça blogue à propos de quoi? De santé et de médecine, bien sûr. Mais encore?

J’ai la conviction qu’il faut sortir de temps en temps de la médecine pour devenir meilleur médecin. Mais me vous y trompez pas : j’adore ce métier, que je pratique avec bonheur depuis 1990. Je n’ai d’ailleurs aucun mérite, parce que je me sens bien à l’urgence, même quand ça va mal, ce qui explique tout.

J’aime y rencontrer des patients, les rassurer, les soigner. Les soulager souvent. Et les sauver, c’est vrai que ça arrive aussi. Je tenterai de vous montrer un peu de ce qui contribue à l’humanité de ce microcosme encore méconnu, même s’il se retrouve souvent à la une des journaux.

Au fait, je suis aussi chef d’une urgence. Ce qui veut simplement dire que j’essaie d’améliorer les choses autour de moi, pour que les patients reçoivent toujours de bons soins. Un défi dont l’intérêt ne s’est jamais démenti au fil des ans.

J’ai d’ailleurs souvent réfléchi à cette « question des urgences », encore irrésolue: pourquoi nos urgences sont-elles encombrées, quoi faire pour les améliorer, quels sont les liens avec ce qui se passe autour? Je vais donc sûrement vous en parler aussi.

Mais depuis 2008, je tente de réfléchir à mon travail sous une perspective plus large, afin de mieux comprendre et défendre notre système de santé public. J’ai même commis un essai sur le sujet : Privé de soins, dans lequel j’examine les faits et cherche les réponses, qui ne sont pas toujours si évidentes.

J’espère pouvoir en discuter avec vous, parce que j’apprends autant de ces échanges que d’expériences qui m’ont parfois, en apparence, plutôt éloigné de la médecine. Comme lorsque j’ai eu le grand bonheur de participer, avec Alexis Martin, à la création de la pièce Sacré-Coeur, dont l’action se déroulait, on ne se refait pas… dans une urgence bondée, avec des spectateurs cordés dans la salle d’attente, sous la surveillance d’un vrai médecin. Aider ces formidables acteurs à devenir des infirmières, des médecins et même des patients m’a permis d’approfondir le sens de ce que je fais pourtant chaque jour. Il faut dire que l’urgence est déjà tout un théâtre.

Autre récent voyage hors de la médecine, j’anime depuis trois ans l’émission Les Docteurs. On m’a parfois demandé pourquoi je passais toutes ces journées en studio. Ça m’est devenu évident au fil des mois: parce que c’est aussi de la médecine. La moitié de mon travail de médecin sert en effet à rassurer les gens, les convaincre que leur cœur ne va pas si mal, que ces palpitations ne conduiront pas à une mort subite et que rien ne leur arrivera de fâcheux cette nuit. J’y arrive tant bien que mal jour après jour, mais un patient à la fois.

Depuis 1990, j’ai soigné quelque chose comme 50 000 patients. Aujourd’hui, par la « magie de la télévision », je parle chaque jour à beaucoup plus, qui comprennent sans doute mieux, dans le confort et le calme de leur salon, ces conseils. Peut-être que ce n’est pas inutile, qui sait?

Je vois donc ce blogue comme une nouvelle façon, atypique comme j’en ai parfois la mauvaise habitude, de pratiquer mon métier. Il y sera question de médecine et de santé, bien sûr. Mais je déborderai souvent ce cadre, pour toutes les raisons mentionnées, mais aussi et surtout parce que les principaux déterminants de la santé sont plus souvent sociaux que médicaux – une réalité que bien souvent les médecins oublient.

Alors on verra jusqu’où cette aventure nous mènera. Merci à l’avance de m’y accompagner.

Alain Vadeboncoeur MD

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Bonjour docteur,
Bienvenue dans l’équipe de blogueurs de L’actualité. On vous suivra avec plaisir!

J’ai beaucoup aimé votre livre « Privé de soins ». Je trouve formidable que des professionnels de la santé comme vous s’investissent dans la défense du système de santé public, une valeur qui me tient à coeur!
J’ai hâte de continuer à vous lire!

Bienvenue Alain,

Vous êtes formidable et j’aime bien votre humour avec l’équipe « Les docteurs ». Je dirais que vous êtes un médecin sans frontières car vous touchez à tout 😉

Je me suis cassé l’épaule. Un bête accident de vélo
Je suis arrivé debout à l’urgence
Accueil glacial
Assoyez-vous.
Madame, j’ai mal à l’épaule.
Assoyez-vous
Deux minutes d’attente
On appelle mon nom
Non c’est pas pour voir l’infirmière. C’est pour vous voir la fille derrière le comptoir qui veut mon nom, ma carte-soleil, qui appeler en cas, etc
Retour à la salle d’attente
Cinq minutes d’attente. On appelle mon nom. Je vais voir un médecin. Ben non, c’est l’infirmière qui prend mon pouls,ma pression, le thermomètre… Combien d’attente garde?
Dur à dire. Une heure ou deux.
J’ai attendu deux heures. L’épaule est devenue bleue because l’ hémorragie interne. J’ai demandé de la glace. J’en ai eue.
On appelle enfin mon nom. La doc regarde ca: je vais vous donner deux Tilénol et je vais vous envoyer à la radio.
Une heure d’attente à la radio. Radios douloureuses parce qu’en plus j’ai deux côtes cassées
Retour à la salle d’attente. 30 min d’attente
La doc me donne un attèle. Cout: 25 piasses
Revenez demain matin voir le spécialiste pour voir s’il doit vous opérer…

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