Bouger et voir des gens pour réactiver ses neurones !

Le déconfinement est l’occasion de réveiller notre cerveau « endormi » par la sédentarité et l’isolement. Voici pourquoi vous devriez remettre l’activité physique à votre agenda dès maintenant. 

Thomas Barwick / Getty Images / Montage L'actualité

Depuis un peu plus d’un an, les trois vagues successives de COVID-19 ont bouleversé notre style de vie et nos comportements. Le confinement et la solitude qui en ont découlé ont généré, pour plusieurs d’entre nous, de l’angoisse et du stress. Certains ont même vécu des épisodes de dépression. La pandémie s’est également attaquée à notre forme physique. Les directives de la santé publique de fermer les gyms, les piscines et autres installations sportives ont accru notre sédentarité, alors que nos longues heures de télétravail nous immobilisaient déjà grandement. 

En février dernier, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a réalisé un sondage sur les répercussions du coronavirus sur les habitudes de vie, dont le niveau d’activité physique et la sédentarité. On constate qu’entre le 5 et le 17 février 2021, pour l’ensemble des groupes d’âge, la pratique d’activités physiques a diminué de 45 % par rapport à la même période l’année précédente. De plus, et ce n’est pas une grande surprise, le temps consacré aux écrans a augmenté de 62 %. 

Le déconfinement sera l’occasion d’inverser cette tendance, espère Marc Roig, professeur à la Faculté de médecine de l’Université McGill et responsable du laboratoire sur la neuroplasticité The Memory Lab. « Pour réussir son déconfinement, il faut remettre son cerveau en marche, et la meilleure façon d’y parvenir demeure un mélange d’exercice physique et de relations sociales », affirme-t-il. 

Objectif : multiplier les neurones

Ce chercheur spécialisé dans l’effet de l’exercice physique sur le cerveau rappelle que la recherche démontre maintenant les liens entre les deux. Le sport augmente la synthèse d’une protéine — le facteur neurotrophique dérivé du cerveau — qui stimule la croissance des neurones dans certaines régions du cortex, la couche de surface du cerveau, et de l’hippocampe, au centre du cerveau, là où se concentrent les neurones les plus sollicités pour la mémoire à long terme, l’attention et le contrôle de l’anxiété, entre autres. 

« Faire de l’exercice améliore la plasticité de notre cerveau », dit Marc Roig. Les neurosciences ont découvert qu’il ne s’agit pas d’un organe statique, ses cellules sont malléables et s’adaptent aux divers événements auxquels nous devons faire face tout au long de la vie. Par exemple, on a constaté que l’hippocampe est atrophié chez les personnes souffrant de dépression. Il ne serait donc pas surprenant que pendant la pandémie, le nombre de connexions et même le nombre de neurones aient diminué dans cette région chez une partie de la population.

La bonne nouvelle, c’est que la plasticité du cerveau lui permet de recouvrer ses fonctions sous l’effet de l’activité physique. « Elle fait augmenter le nombre de neurones et consolide leurs connexions dans les régions qui ont un effet bénéfique sur notre comportement et sur l’anxiété », explique Marc Roig. Stimulées par l’exercice, ces régions retrouveront leur taille d’avant la pandémie.

« Je n’ai pas de formule magique quant à la mise en forme nécessaire, mais un mélange d’exercices aérobiques et contre résistance offre la meilleure stimulation du cerveau », affirme Marc Roig, qui suggère de débuter par les recommandations d’usage, soit 150 minutes par semaine d’exercices modérés ou vigoureux. Ces deux formes d’activité physique contribuent à une meilleure oxygénation du cerveau et stimulent la formation de nouvelles connexions et de nouveaux neurones.

Moins de routine pour aiguiser la mémoire

Le manque de stimulation et d’interaction sociale que provoque l’isolement a, lui aussi, un effet négatif sur notre mémoire et notre comportement. Par exemple, lorsque nous vivons une expérience, comme lire cet article, notre cerveau enregistre deux informations simultanément. Il analyse le texte comme tel et, en même temps, il note le contexte, soit le support sur lequel se trouve l’article — une page Web —, le lieu et le moment de sa lecture. Cet effort additionnel permet au cerveau de consolider la mémoire de l’événement. Force est de constater qu’avec le télétravail toujours effectué devant le même ordinateur et au même endroit, notre mémoire s’est appauvrie. 

« Avec le déconfinement, il va falloir enrichir notre vécu d’expériences variées pour favoriser le retour à un fonctionnement normal de notre cerveau », lance le chercheur de McGill, qui ajoute qu’il n’y a rien de mieux que des activités diverses et stimulantes pour améliorer notre mémoire et notre humeur. D’ailleurs, de nombreuses études ont démontré un lien direct entre les interactions sociales en personne, les activités de groupe et l’amélioration du raisonnement, de la mémoire et de l’attention, entre autres.

Notre remise en forme pourrait même augmenter nos chances de mieux combattre la COVID. En mars dernier, une grande étude américaine avec une cohorte de plus de 48 000 patients a révélé que ceux qui étaient en meilleure forme physique avaient eu moins de complications liées à la maladie : hospitalisation, respirateur, soins intensifs et, ultimement, décès. Pour Marc Roig, le message de santé publique qui doit ressortir pour ce déconfinement, et à long terme pour mieux se préparer à une prochaine pandémie que personne ne souhaite, ressemble à l’adage « un esprit sain dans un corps sain ».

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Merci Monsieur Rochon pour cet article très éclairant sur le fonctionnement de notre cerveau et les liens avec l’exercice physique, les saines habitufes de vie et les interactions sociales. Un guide pour bien réussir son déconfinement!

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE