Budget fédéral en science : une stratégie payante?

Le budget fédéral déposé hier par le ministre des finances James Flaherty va encourager la recherche, mais surtout celle réalisée au profit des entreprises.

Dans son chapitre Investir dans la recherche et l’innovation de calibre mondial, le gouvernement commence par se féliciter de son action passée en présentant un graphique qui montre que le Canada est le pays du G7 pour les dépenses de recherche et développement dans l’enseignement supérieur en proportion de son PIB sont les plus élevées.

On peut certes s’en réjouir, sauf que cela vient essentiellement du fait que le Canada est parmi les pays du G7 qui investissent le moins en recherche gouvernementale et industrielle ! Alors que les NIH aux États-Unis ou le CNRS en France, ainsi que les entreprises, assument une part importante de la recherche, le Canada compte surtout sur ses universités.

D’ailleurs, quand on regarde le montant total que le Canada consacre à la recherche et développement en pourcentage de son PIB, il n’y a pas de quoi être si fier.

DIRD en pourcentage du PIB:

Canada : 1,74

Japon: 3,26 (en 2010)

Allemagne: 2,84

États-Unis : 2,77

France: 2,25

Royaume-Uni : 1,77

Italie : 1,25

Entre 2007 et 2011, en outre, les dépenses de recherche et développement des entreprises au pays ont diminué de plus de un milliard de dollars (de 13,8 milliards de dollars à 12,4 milliards), malgré des encouragements gouvernementaux à la hausse.

La faute à la crise économique ? Pas sûr : dans le même temps, aux États-Unis, les entreprises ont accru leurs dépenses de RD de 15 milliards de dollars (269 milliards de dollars à 284 milliards).

Ottawa n’a vraiment pas de quoi se vanter.

Une fois de plus cette année, le budget espère redresser la barre en privilégiant la recherche industrielle. Mais il n’accorde aucun financement additionnel à la recherche fondamentale.

Ottawa prévoit une augmentation des fonds subventionnaires fédéraux (15 millions pour le CRSNG, 15 millions pour les IRSC et 7 millions pour le CRSH), mais uniquement pour la recherche en partenariat. Cette hausse représente la moitié de la baisse de financement annoncée l’an dernier.

165 millions sur trois ans iront à Génome Canada. Là aussi, il s’agit pour les chercheurs de «livrer la marchandise», en transformant les découvertes en retombées commerciales.

La Fondation canadienne pour l’innovation est autorisée à utiliser 225 millions d’intérêt accumulés pour financé des projets, mais ne reçoit pas d’argent neuf. Ces montants iront au Fonds de l’avant-garde et des initiatives nouvelles, qui donnent de gros montants à une minuscule minorité de professeurs.

En 2012, seuls 75 professeurs pour tout le Canada (sur 42 000!) ont pu y accéder et se partager les 166 millions de dollars de subventions.

Les restructurations amorcées au Conseil national de recherche du Canada se poursuivent, alors que les 121 millions de dollars qui y seront affectés iront au soutien à la recherche industrielle.

En résumé, Ottawa maintient donc le cap en science : encourager la recherche industrielle avant tout et parmi les universitaires, encourager une élite plutôt qu’un grand nombre de chercheurs.

Une stratégie payante, d’après vous?

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