Budget fédéral : le pari de l’innovation

Sans surprise, les nouvelles mesures du budget fédéral pour le soutien à la recherche et développement visent surtout à accroître la compétitivité des entreprises dans ce domaine, traditionnellement faible au Canada, comme le recommandait le rapport Jenkins publié en octobre dernier (voir ce billet).

De tout temps, les entreprises canadiennes ont relativement peu investi dans la recherche et développement, profitant mal de toute la recherche menée dans les universités et les laboratoires gouvernementaux.

Certaines des mesures annoncées étaient attendues depuis longtemps, comme le doublement du budget du Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada,  qui va recevoir 100 millions de dollars de plus par année.

Ottawa injecte aussi 400 millions de dollars dans le capital de risque pour le démarrage d’entreprises, 95 millions sur trois ans pour rendre permanent le Programme canadien pour la commercialisation des innovations et y ajouter un volet d’approvisionnement militaire, et 67 millions pour aider le Conseil national de recherches du Canada à réorienter ses activités vers la recherche sous contrat pour les entreprises.

Tout cela va-t-il donner des résultats ? Rien n’est garanti, car il faudra un vrai changement de culture pour que les entreprises traditionnellement peu innovantes s’y mettent. Même si 105 millions de dollars seront investis sur deux ans pour encourager l’innovation dans l’industrie forestière, changer les mentalités prendra du temps.

Le gouvernement n’a pas repris l’une des recommandations clés du rapport Jenkins : la nomination au gouvernement d’un homme fort de l’innovation, capable d’avoir une vision d’ensemble.

Le budget est beaucoup moins détaillé quant à ce qui attend les scientifiques des universités et des laboratoires fédéraux, mais les coupures dans les ministères fédéraux soutenant le plus la science n’augurent rien de bon : -10 % au ministère de l’Agriculture et Agroalimentaire, -8,3% à l’Environnement, -6,4% à la Santé, -6,3% à l’Industrie, -7,4% à la Défense, -10,7% aux Transports.

Plus que l’ampleur des coupures, c’est la façon dont elles risquent d’être choisies qui inquiète.

En environnement, par exemple, le gouvernement supprime la Table ronde sur l’environnement et l’économie qui pouvait lui donner des conseils avisés dans ce domaine, parce que « il existe désormais une communauté bien évoluée et élargie d’intervenants du domaine de la politique environnementale, qui est à même de fournir des analyses et des conseils stratégiques au gouvernement». C’est surtout un regard extérieur et potentiellement gênant que l’on élimine.

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