Bye-bye masque ?

N’espérez pas trouver la date où vous pourrez allumer un grand feu de joie pour y brûler vos masques, car la réponse à cette question est : on ne sait pas. 

Photo : Christian Blais

En abordant avec notre chef de bureau science et santé, Valérie Borde, son grand dossier « Vivre avec le virus », j’avais une question en tête : quand arrêtera-t-on de porter un masque ?

Pas que la chose m’embête outre mesure. Je serais mal placée pour me plaindre, je le porte à peine une heure par jour, alors que les enfants et les travailleurs de multiples secteurs l’endurent à longueur de journée. Oui, c’est achalant, mais les bénéfices sur le plan de la santé publique dépassent largement les désagréments. 

C’est plutôt que la disparition du masque m’apparaît comme le symbole de la fin de la pandémie. À mes yeux, c’est lorsque j’expédierai à la poubelle notre collection familiale de couvre-visages que je pourrai vraiment me dire : ça y est, cette galère est terminée ! 

Hélas, Valérie n’est pas devin. Les scientifiques non plus. N’espérez pas trouver la date où vous pourrez allumer un grand feu de joie pour y brûler vos masques, car la réponse à ma question est : on ne sait pas. 

Il y a des pistes, des hypothèses, des scénarios. Et une certitude : la pandémie va finir par finir, comme les autres avant elle. Mais quand et de quelle façon précisément, personne ne peut le prédire. 

Je ne sais pas pour vous, mais moi, ignorer pendant combien de temps encore je vais devoir vivre dans l’incertitude me donne des bouffées d’angoisse. Je les calme en cherchant à mieux comprendre où nous en sommes à ce stade-ci de la pandémie, et ce sur quoi nous avons prise. C’est-à-dire nous-mêmes.

D’abord, il faut cesser d’attendre la grande fête dans les rues, comme il y en a eu tant à l’annonce de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il n’y aura pas de démarcation claire entre les étapes « la COVID paralyse nos vies », « le virus est toujours présent, mais gérable » et « on n’en parle plus ». Il serait bénéfique d’avoir ces marqueurs temporels pour passer à autre chose. Mais comme ils n’existeront pas, on doit plutôt se préparer à s’adapter graduellement à une nouvelle réalité. 

Ensuite, il faut réfléchir, individuellement et collectivement, à notre relation au risque. Car vivre avec le virus, c’est évaluer à quel niveau on trouve tolérable qu’il cause des morts, des hospitalisations et des cas de syndrome post-COVID. On le fait déjà avec plein d’autres saloperies microscopiques : on tient pour acquis que quelques milliers de personnes succomberont à l’influenza chaque hiver au Canada ; on voyage dans des pays où il est possible de choper la malaria, l’hépatite A ou la dengue ; on mange des légumes frais même s’il existe un risque (infime) qu’ils soient contaminés à l’E. coli

Une tolérance zéro à ces risques signifierait de consigner tout le monde à domicile. À l’inverse, une tolérance extrême serait synonyme d’absence de compassion envers ceux qui sont plus susceptibles de souffrir de complications, ainsi qu’à l’égard des malchanceux qui tireraient le mauvais numéro au jeu des statistiques. Le point de rencontre, que s’efforcent de trouver les gouvernements du monde et qui diffère selon les réalités et sensibilités régionales, est évidemment délicat à déterminer. Il s’agit en gros de ne pas virer fou avec les risques que posent ces maladies, tout en mettant en place les mécanismes nécessaires pour les endiguer : inspecter les aliments ; suivre les virus et leurs variants à la trace ; encourager la vaccination quand elle est possible ; couper la voie à un virus coriace avec des mesures sanitaires lorsque ça s’impose. 

Un jour, le SRAS-CoV-2 deviendra un virus comme les autres. On aura peut-être alors acquis l’habitude de porter un couvre-visage quand on est malade pour éviter de contaminer nos semblables, comme c’est le cas dans certains pays asiatiques. 

Aussi bien me faire à l’idée : des masques, je risque d’en racheter plutôt que d’en jeter. Et ce ne sera peut-être pas une si mauvaise chose, finalement. 

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