Cancer de la prostate : des avancées encourageantes pour les patients

Le cancer de la prostate tue encore des milliers d’hommes par an au Canada. Une nouvelle étude dirigée par un chercheur québécois permet cependant de croire à une augmentation de l’espérance de vie des patients au stade le plus avancé.

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Le cancer de la prostate est le plus fréquent chez les Canadiens, puisqu’un homme sur neuf recevra ce diagnostic au cours de sa vie. S’il a parfois la réputation d’être moins fulgurant que d’autres types de cancer (le taux de survie cinq ans après un diagnostic dépasse les 90 %), il emporte tout de même 4 500 hommes chaque année.

Le Dr Fred Saad, affilié au Centre de recherche du CHUM, a dirigé une équipe internationale qui a testé une nouvelle stratégie thérapeutique pouvant allonger l’espérance de vie des patients au stade le plus avancé.

Dévoilée récemment dans la prestigieuse revue médicale The Lancet Oncology, cette étude clinique issue d’une collaboration avec 167 hôpitaux de 17 pays a permis de tester la combinaison de trois médicaments pour traiter des personnes atteintes d’un cancer métastatique résistant à l’hormonothérapie, le stade terminal de la maladie.

Résultat ? La progression des métastases se trouve retardée et l’espérance de vie des malades augmente notablement.

L’actualité a discuté avec le Dr Saad de l’évolution de la recherche sur ce cancer qu’on surnomme encore « le tueur silencieux ».

Quel était l’objectif de votre recherche et comment s’est-elle déroulée ?

La plupart des cancers se traitent aujourd’hui avec une chimiothérapie qui combine plusieurs médicaments. Mais pour le cancer de la prostate, on utilise traditionnellement un médicament à la fois. On est en retard par rapport aux disciplines de l’oncologie. C’est en partie parce que le cancer de la prostate, même aux stades les plus avancés, n’évolue pas aussi vite qu’un cancer du poumon ou du rein. Les études prennent donc plus de temps. De plus, les hommes, historiquement, ne participent pas à la recherche autant que les femmes. Et la chimiothérapie n’est pas pour tout le monde. Le cancer de la prostate est un cancer du vieillissement. À 70 ou 80 ans, beaucoup d’hommes ne sont pas en état de recevoir un traitement de chimio ou le refusent carrément. 

Dans notre étude, on a combiné deux traitements d’hormonothérapie, pour voir si on pouvait faire mieux pour les patients au dernier stade de la maladie. On est donc parti de l’abiratérone, qui a déjà fait ses preuves en hormonothérapie et qu’on utilise depuis longtemps au Canada en combinaison avec la prednisone, un anti-inflammatoire comme la cortisone, et on y a ajouté l’apalutamide, un anti-androgène.

Les participants ont été séparés en deux groupes : un où les patients recevaient le duo classique abiratérone-prednisone, et l’autre où ils prenaient la combinaison apalutamide-abiratérone-prednisone.

L’étude visait d’abord à déterminer si on pouvait retarder la progression des métastases de façon notable. On peut dire qu’on a atteint cet objectif. Avec le trio de médicaments, nos patients sont demeurés dans un état stable deux ans après le traitement, contre 16 mois pour ceux qui ne prennent que la combinaison abiratérone-prednisone, sans effets secondaires plus importants. C’est très positif, parce que ça démontre qu’on peut prolonger la vie de patients âgés sans avoir à les soumettre à la chimio.

Cela laisse entrevoir que si on attaquait plus vigoureusement le cancer plus tôt avec ce type de traitement, peut-être serions-nous capables de ralentir encore davantage la progression de la maladie.

On parle de retarder la progression, mais pas de guérison ?

On guérit beaucoup d’hommes, presque 100 %, quand ils sont traités à un stade précoce et que le cancer est localisé. À un stade métastatique comme les sujets de l’étude, c’est impossible. À cette étape-là, on peut agir pour préserver la qualité de vie des patients et les garder en vie le plus longtemps possible. Mais la survie à ce stade ne dépasse pas les 30 % après cinq ans.

On aimerait tous pouvoir guérir le cancer à n’importe quel stade, mais si c’était mon seul objectif, je devrais arrêter de faire de la recherche en oncologie. Depuis une vingtaine d’années, on a changé notre philosophie : on ne vise pas à éliminer le cancer à tout prix, mais à transformer cette maladie mortelle en une maladie chronique avec laquelle on peut vivre longtemps, comme le diabète ou le VIH. Et c’est certainement atteignable.

Quels progrès a permis la recherche dans les dernières années ?

Ça fait presque 30 ans que je travaille dans le domaine et les avancées sont spectaculaires. Quand j’ai commencé, la moyenne des hommes au stade métastatique avait une espérance de vie de 6 à 12 mois. Aujourd’hui, je peux être optimiste et prévoir trois ans de survie pour ce type de patient. Et je vois régulièrement des malades qui survivent cinq ans et plus. L’encadrement avec des infirmières et des médecins spécialisés ainsi que de nouveaux médicaments nous ont fait faire des pas de géant.

On qualifie parfois le cancer de la prostate de « tueur silencieux », parce que lorsqu’on le détecte, il est souvent déjà trop tard pour le patient. Est-ce que les choses se sont améliorées sur le plan de la détection également ?

Énormément. Les hommes sont beaucoup plus ouverts à en parler et disposés au dépistage que par le passé. Et on travaille sur des biomarqueurs qui nous permettent de mieux prévoir le développement de la maladie. On repère même aujourd’hui des cancers à un stade tellement précoce qu’on décide de seulement surveiller leur progression plutôt que de les traiter d’emblée. Notre défi, c’est de ne pas « sous-traiter », mais de ne pas « surtraiter » non plus.

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Pour faire le dépistage, encore faut-il avoir accès à un médecin de famille ce qui n’est pas le cas pour 1,5M de Québécois. Dans une autre province on m’avait mis sur une liste à haut risque de cancer de la prostate avec suivi régulier mais j’ai eu le malheur de déménager au Québec il y a 2 ½ ans et malgré le fait que j’en ai informé les gens responsables de la liste, rien n’y fit, pas d’accès à un médecin et depuis 3 ans, aucune tentative de dépistage… Alors, tout ça c’est de la chimère et les soins de santé peuvent bien coûter si cher au QC vu qu’on attend que les gens soient très malades avant de s’en occuper dans le système de santé qui est plutôt un système très malade, quoiqu’en dise le père Legault.