Cancer : les études précliniques à revoir ?

La plupart des résultats expérimentaux obtenus en recherche sur le cancer au stade préclinique, c’est-à-dire avant tout essai sur des humains, ne sont pas reproductibles, avancent deux chercheurs américains dans la dernière édition de la revue Nature.

Glenn Begley, de Amgen, et Lee M. Ellis, de l’Université du Texas, dressent le bilan de 10 ans de recherches menées au sein de la compagnie Amgen, un des leaders mondiaux de la biotechnologie, pour tenter de reproduire 53 études précliniques publiées dans la littérature scientifique par d’autres équipes à travers le monde.

Ces études proposaient de nouvelles pistes de traitement du cancer ou des utilisations originales de traitement existants, vérifiées in vitro ou sur des animaux, et leur analyse par Amgen devait permettre à la compagnie d’orienter ses recherches vers les pistes les plus prometteuses, pour éventuellement poursuivre la recherche au stade clinique.

Seul hic : sur ces 53 études, seules 6, soit 11% ont pu être reproduites !

Glenn Begley et Lee M. Ellis  disent avoir été choqués par ce piètre score, même considérant le fait que la recherche préclinique est par essence assez hasardeuse et très délicate.

Dans leur commentaire publié dans Nature, les deux chercheurs proposent un plan pour réhausser la solidité des études précliniques. Ils demandent notamment aux scientifiques de procéder plus souvent en aveugle, de répéter les expériences clés avant de les envoyer pour publication et de publier toutes les données recueillies, et non seulement celles qui cadrent le mieux avec leur hypothèse.

Voilà une sérieuse mise en garde à l’intention des chercheurs, mais aussi des éditeurs de revues savantes : c’est bien beau de publier des résultats très prometteurs… mais encore faudrait-il qu’ils tiennent la route !

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Pour qu’une étude soit valide, elle doit être objective.

Qui dit objectivité, dit neutralité.

Par définition, si celui qui finance les études a besoin de conclusions favorables pour que des projets coûteux et rapportant gros soient enclenchés, la neutralité prend un peu le bord.

Bref, cela prendrait un organisme scientifique indépendant (que les parties scientifiques paieraient en commun, un genre de coop) qui ferait les études nécessaires pour la validation afin d’assurer un peu plus de neutralité. On parle quand même de produits qui deviendront des médicaments pour tout le monde, on ne peut pas laisser les intérêts économiques décider de l’importance ou non de la santé publique!

Dans le même numéro de Nature, on note qu’il y a 14 500 ans, l’océan montait à un rythme de 5 m par siècle. Aujourd’hui, l’océan monte à un rythme de 0,3 m par siècle.

Source: Nature 483: 549 (2012).

Je ne suis pas surpris de ce résultat car les chercheurs évoluent dans un environnement très compétitif où les publications et les brevets font état de leur compétence. L’exaltation suite à un premier résultat positif peut introduire un biais dans les analyses subséquentes et ainsi mener un chercheur à trop rapidement produire des conclusions qui peuvent s’avérer très fragiles. On n’a qu’à se rappeller toute la controverse entourant la découverte de la fusion froide vers les années 2000. Je ne crois pas que dans ce cas-ci les chercheurs aient agi par malveillance mais l’effervercence suite à une résultat positif peut affaiblir momentanément la rigueur scientifique.

L’étude soulève la question du suivi des travaux des étudiants et postdocs. Ce suivi est habituellement excellent dans les petits laboratoires (une espèce en voie de disparition), où le contact avec le « patron » est constant, mais très variable dans les gros laboratoires, où le « patron » est absent parfois 3 ou même 6 mois par année pour cause de « conférences », « invitations », « consultations », etc., et où il est peu disponible quand il est présent, de manière que certains « patrons » ne rencontrent leurs étudiants qu’en groupe et presque jamais individuellement. De toute manière, quand c’est individuellement, ce n’est que pour des discussions d’ordre général.

Vous croyez que ces patrons ont vérifié une seule fois les données brutes des étudiants? Vous rêvez éveillé, alors…

Mais qui va perdre sa subvention en premier? Celui qui a un petit laboratoire et qui a des contacts constants avec ses (ou son) étudiant.

Qui va garder sa subvention ou se développer? Celui qui n’a jamais jeté un coup d’oeil précis sur le travail de ses étudiants. Celui qui n’a vu que le produit final et qui est complètement inconscient de toutes les imperfections et raccourcis qu’il sous-tend.

Le directeur du gros laboratoire va dire que ses étudiants sont très bien formés à cause des interactions entre les divers étudiants du groupe. Il n’aura pas tort, mais il reste qu’il n’a aucune notion de la manière dont l’étudiant a fait ses expériences, de la manière dont il les a interprétées, et de tout ce que l’étudiant a choisi de NE PAS montrer ou avouer à son « patron », puisque, de toute manière, il n’avait pas le temps de l’entendre.

Après tout, un papier est un papier, who cares si 30 % des résultats sont incorrects, c’est le 70 % correct qui compte, ET l’accumulation dans le CV. Produire 10 publications dont le contenu est à 70 % correct est moins de travail qu’en produire 3 dont le contenu est à 90 % correct et une dont le contenu est à 98 % correct. Visons le 10 et non le 98 %: c’est la mentalité inavouée qui règne chez plusieurs scientifiques ambitieux.

J’avais toujours espéré que c’était la minorité qui se comportait ainsi. Cette étude me donne certains doutes. L’énorme surplus de scientifiques par rapport aux subventions de recherche disponibles ne facilite pas une amélioration des choses…