Ce que vous ne savez pas sur les .tv, .mu et autres .com

Le tv dans tou.tv signifie télévision, n’est-ce pas ? Pas du tout ! Pas plus que .mu n’a à voir avec la musique. Et derrière ces petites lettres se cachent parfois des enjeux commerciaux et géopolitiques.

Le tv dans tou.tv signifie télévision, n’est-ce pas ? Pas du tout ! Pas plus que
Photo : Istock

On appelle domaine principal ou domaine de tête les lettres placées à la fin de l’adresse, ou nom de domaine, d’un site Web. Il en existe deux types : ceux conçus pour des utilisations spécifiques (par exemple .com pour les entreprises et .org pour les organismes à but non lucratif) et ceux qui sont associés à des pays ou à des régions.

La réglementation et la distribution des domaines de tête sont la responsabilité de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN). Chaque pays en reçoit un de deux lettres. Il peut en assurer lui-même la gestion ou la déléguer à une entreprise privée. Il lui est aussi possible d’imposer les restrictions qu’il souhaite. Le .ca, par exemple, est limité aux entreprises et résidents canadiens. D’autres pays n’imposent aucune restriction.

Domaines de tête et gros sous

Les internautes ont parfois trouvé des façons inusitées d’utiliser les domaines principaux. Les pays qui ont su flairer la bonne affaire en ont profité, ce qui leur a rapporté des revenus impressionnants.

.TV

Îles Tuvalu
tou.tv, telequebec.tv, beauce.tv, vrak.tv, etc.

Pour les 10 500 habitants de ce petit archipel polynésien du milieu du Pacifique, le .tv a constitué une véritable bénédiction. En 2000, le pays a cédé pour 12 ans les droits de son domaine de tête à la compagnie américaine VeriSign en échange de redevances de près de 47 millions de dollars. Aujourd’hui, les revenus tirés de .tv représentent 10 % du budget annuel des îles !

.MU

République de Maurice
espace.mu, muse.mu, antoinegratton.mu, indica.mu, etc.

De plus en plus utilisé par les musiciens et les sites liés à la musique, le .mu appartient à la République de Maurice, un regroupement d’îles dont la plus grosse est la Maurice.

.FM

Micronésie
last.fm, choq.fm, bandeapart.fm, cime.fm, etc.

Y a-t-il une conspiration visant à donner à de petites îles les meilleurs domaines principaux ? Le .fm appartient à la Micronésie, un État d’Océanie composé de quatre îles. Il est très prisé, on l’aura deviné, par les radios et les sites qui diffusent de la musique.

.TO

Tonga
jazz.to, dine.to, feedyoursoul.to, etc.

Le .to est souvent employé par des sites ayant des liens avec la ville de Toronto. Pourtant, ses « propriétaires », les quelque 170 îles et îlots polynésiens qui forment le royaume des Tonga, sont à plus de 12 000 kilomètres de la capitale ontarienne.

.LA

Laos
downtown.la, plasticsurgery.la, archdiocese.la, lastadium.la, etc.

Sur le site www.la, on peut lire que .la est « le domaine principal officiel de Los Angeles ». Mais comme dans le cas de .to et de Toronto, il n’y a aucun lien entre .la et Los Angeles. Qui plus est, l’entreprise qui gère le domaine est établie en Angleterre. Et ces deux lettres brassent de grosses affaires. Vous voulez acheter sex.la ? Préparez-vous à casser votre tirelire, car il vous faudra débourser un million de dollars. Tv.la ? 50 000 $. Shopping.la ? 40 000 $.

.ME

Monténégro
mobile.me, me.me, naturesoundsfor.me, etc.

En 2008, le .me nouvellement créé pour le Monténégro, séparé depuis deux ans de la Serbie, a littéralement été pris d’assaut. Le site GoDaddy, un géant de la vente d’adresses, en a écoulé plus de 20 000 en 24 heures. Pour certains anglophones, l’idée d’ajouter un « moi » à leur nom de domaine était alléchante.

Fait amusant : avant de devenir un pays et de se voir octroyer le domaine .me, le Monténégro utilisait celui de la défunte Yougoslavie : .yu. « Me » a donc remplacé « you ».

Géopolitique du domaine de tête

Il arrive parfois que les conflits du monde réel se retrouvent sur Internet.

.LY

Libye
Bit.ly, ow.ly, etc.

La popularité de Twitter a propulsé celle des sites qui proposent de créer des adresses plus courtes, dont bit.ly et ow.ly. C’était avant le printemps arabe et les révoltes en Libye… Depuis quelques mois, plusieurs s’inquiètent de la stabilité de ce domaine. D’autant plus que .ly est géré par un organisme qui a à sa tête l’un des fils de Kadhafi.

.EH

Sahara occidental

Vous n’avez jamais croisé de .eh ? C’est normal. Le Maroc et le Front Polisario, qui souhaite obtenir l’indépendance du Sahara occidental, en réclament tous deux le contrôle. L’ICANN, qui n’est là que pour réglementer et attribuer les domaines de tête, n’est pas en mesure de trancher et a donc préféré en suspendre l’utilisation.

.SU

Union des républiques socialistes soviétiques (!)

Contrairement au .cs, disparu à la mort de la Tchécoslovaquie, et au .zr, mis au rancart quand le Zaïre s’est renommé République démocratique du Congo en 1997, le .su refuse de mourir. Plus d’une vingtaine d’années après la fin de l’Union soviétique, on le croise encore sur Internet. Bien que le domaine ait été retiré par l’ICANN en 1992, la Russie continue de le rendre disponible, et plus de 95 000 sites l’emploient. Comparativement, trois millions de sites lui préfèrent le plus moderne et moins soviétique .ru.

.AQ

Antarctique
ipev.aq, ats.aq, .caml.aq, etc.

L’Antarctique n’a peut-être pas de gouvernement, mais il dispose quand même d’un domaine principal. Celui-ci ne peut être attribué qu’à des organismes exerçant des activités sur le continent. Il est donc majoritairement utilisé par des organisations scientifiques.

.KP

Corée du Nord

.BU ou .MM

Myanmar

Eh oui, même les pays qui interdisent l’accès au Web sur leur territoire ont droit à leur domaine de tête. Ceux-ci sont, évidemment, très peu employés. Les résultats d’une recherche de sites nord-coréens sur Google tiendront ainsi en quelques maigres pages.

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