Cellulaires et cancer : l’échec de l’étude Interphone

Dix ans de recherche, 13 pays, 30 chercheurs, 14 000 volontaires… et zéro résultat, selon un communiqué émis aujourd’hui par l’Université de Montréal et le centre de recherche du CHUM. L’étude Interphone qui devait permettre de trancher sur le risque de cancer du cerveau associé à l’utilisation des téléphones cellulaires est un échec cuisant.

La seule chose que l’on peut en dire, c’est que s’il existe un risque, celui-ci doit être très très mince. Tellement mince que cette immense étude épidémiologique n’a pas été à même de l’évaluer. Ce qui est tout de même très rassurant !

Les résultats de l’étude Interphone auraient dû être publiés il y a plus de deux ans, mais il a fallu bien des tractations entre épidémiologistes pour aboutir à un accord avant la publication dans le International Journal of Epidemiology. Tous les spécialistes ne s’entendaient pas sur la méthodologie à suivre pour relever un défi aussi complexe.

Interphone est une étude cas-témoins, dans le jargon des épidémiologistes. Les cas, ce sont quelque 7 000 personnes atteintes de divers cancers du cerveau. Les témoins, ce sont des personnes ayant le même âge et sexe que les premières, mais n’ayant pas contracté ces maladies.

À toutes, les chercheurs d’Interphone ont soumis un questionnaire visant à déterminer leur profil d’usager du téléphone cellulaire. Puis ils ont analysé les différences entre les deux groupes.

C’est là que les choses se sont corsées. Car les données à analyser ne sont pas forcément fiables. Vous rappelez-vous précisément combien de temps vous avez utilisé votre cellulaire dans les dernières années ? Quelle marque utilisiez-vous ? Comment était-il conçu ? Il y a là matière à tellement d’erreurs qu’on peut faire dire n’importe quoi aux résultats !

En septembre dernier, le magazine français La Recherche publiait un article fort instructif sur les conflits d’intérêts et guerres internes entre les différents auteurs de l’étude Interphone.

Selon La Recherche, les investigateurs étaient divisés en trois camps : ceux qui croyaient à des effets significatifs des cellulaires sur le cancer du cerveau (Nouvelle-Zélande, France, Israel et Australie), ceux qui ne voyaient pas d’effets significatifs (Japon, Royaume-Uni, Allemagne, Norvège, Finlande, Danemark, Suède, Italie) et ceux qui préféraient ne pas se prononcer (Canada, Royaume-Uni [une autre équipe]).

Avec Interphone, les épidémiologistes se sont heurtés aux limites de leur discipline. Ils ont montré bien malgré eux qu’il existe des risques impossibles à estimer, même en étudiant des milliers de gens.

Et dire que du côté des fabricants de téléphone cellulaire comme de celui des militants « anti-ondes en tout genre », il y a des gens qui prétendent détenir la Vérité…

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Il s’agit d’une étude rétrospective ; c’est toujours délicat à traiter.

Même pour l’association entre cancer et tabac, ça a demandé des années, et des études faites et refaites… avant que les résultats soient vraiment probants.

Ce n’est vraiment pas évident de faire ces preuves… surtout avec une maladie multifactorielle comme le cancer.

Aussi, il y a la question du temps. Les utilisateurs de cellulaire auront-ils plus de cancers à 50, 60, 70 ans? C’est à ces âges qu’on voit le plus de cancers apparaitre, résultat d’années d’exposition à des agents multiples.

Je ne suis vraiment pas certaine que les épidémiologistes arriveront à construire une étude probante. Cela prendrait un temps fou et des moyens financiers très importants… et encore… Ils risquent d’avoir à subir des pressions immenses de certains groupes d’intérêt!