Chasse aux phoques : les arguments qui tuent

Faut-il interdire la chasse aux phoques pour des raisons éthiques ? La question est revenue dans l’actualité, alors que l’Organisation mondiale du commerce a jugé que l’embargo européen sur les produits du phoque était acceptable.

Photo : Barcroft Media / Getty Images
Photo : Barcroft Media / Getty Images

Faut-il interdire la chasse aux phoques pour des raisons éthiques ?

La question est revenue dans l’actualité, alors que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a jugé (rapport en pdf) que l’embargo européen sur les produits du phoque, bien que contraire aux règles du commerce, était acceptable parce qu’il peut être justifié par le souci du bien-être des animaux.

Est-ce vraiment le cas ?

Je n’en avais aucune idée avant de me plonger dans les documents justifiant cette décision, ne m’étant jamais longuement attardée à ce sujet (pas par manque d’intérêt, mais parce qu’on ne peut pas tout faire…) et ne faisant surtout aucunement confiance aux différents acteurs impliqués jusqu’à présent dans un débat aussi chargé émotivement, qui dure depuis des décennies.

Tous les jours sur la planète, l’homme tue des quantités astronomiques d’animaux de tous les genres pour les manger, pour s’amuser (pensez aux combats de coqs ou à la corrida), pour s’enrichir (le commerce d’espèces menacées est florissant).

Ou parce qu’il est persuadé que la chasse, activité pratiquée depuis la nuit des temps, a encore un rôle à jouer pour réguler les populations d’animaux sauvages et faire vivre des communautés, quand elle est pratiquée avec respect et dans les limites de quotas qui garantissent la bonne santé de l’espèce.

Savoir ce qui est éthique ou non dans tout cela est avant tout une question de norme sociale. Gaver des oies fait peu sourciller dans le sud-ouest de la France, tout comme chasser les phoques sur la banquise canadienne ou manger des chiens en Chine.

Sur la planète, on se soucie toutefois de plus en plus du bien-être des animaux, surtout dans les pays qui en ont les moyens. On reconnaît aujourd’hui que si tuer des animaux est acceptable quand ils ne sont pas menacés de disparition, les faire souffrir ne l’est pas.

On tolère encore (quoique de moins en moins) des activités aussi visiblement cruelles que la corrida.

Mais revenons-en aux phoques.

Depuis des décennies, les chasseurs de phoques sont devenus bien malgré eux les boucs émissaires des organisations de défense des droits des animaux, dont l’une des plus importantes au monde, le Fonds international pour la protection des animaux, a été fondée dans les années 1960 justement pour protester contre la chasse aux phoques au Canada.

Ces organisations ont joué un rôle important pour sensibiliser la population et les décideurs au bien-être des animaux.

Mais certaines d’entre elles ont pour cela eu régulièrement recours à des campagnes coups de poing, voire à des actes illégaux — par exemple, en vandalisant des labos recourant à l’expérimentation animale.

Bref, disons qu’elles ne sont pas réputées pour faire toujours dans la subtilité.

La chasse aux phoques est vite devenue leur fer de lance, pas parce qu’elle est particulièrement cruelle comparée à bien d’autres pratiques, mais parce qu’elle a tout ce qu’il faut pour émouvoir et, donc, servir la cause.

Elle vise un animal symbole des grands espaces — qui a largement été décimé en Europe —, et le contraste du sang des phoques sur le blanc immaculé de la banquise donne des images-chocs.

Les grands yeux du phoque, ses longs cils et ses mouvements maladroits lorsqu’il n’est pas dans l’eau en font aussi une victime extrêmement attendrissante.

Ajoutez à cela le fait que ne pas manger de phoque ne va pas manquer à grand monde (puisqu’on n’en trouve pas chez le boucher ou le poissonnier du coin), et vous obtenez l’animal le plus «vendeur» qu’on puisse imaginer pour une société de défense des droits des animaux.

Pas mal plus en tout cas qu’un taureau, cousin de la vache de boucherie, qui vous regarde droit dans les yeux en grattant nerveusement le sol — ou qu’un sanglier, avec ses petits yeux qui lui donnent un air assez vicieux…

Mais la chasse aux phoques est-elle objectivement aussi cruelle que ce qu’on voudrait nous faire croire ?

Le mot-clé, c’est «objectivement». Or, quand on regarde les «preuves» qu’avance l’OMC pour justifier l’interdiction des produits du phoque en Europe, on ne peut qu’être troublé par la faiblesse des arguments.

Pour justifier sa décision, l’organisation s’appuie principalement sur deux documents : une opinion émise par des experts réunis au sein de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2007, et une étude publiée par un chercheur britannique en 2012.

Or, ni l’une ni l’autre ne sont très convaincantes.

L’opinion de l’EFSA aboutit à certaines recommandations. Mais elle précise que :

Ethical, social, cultural, economic and some relevant management aspects do not form part of this opinion (as they are outside EFSA’s remit).

Autrement dit, les experts ont dit ne pas être en mesure de se prononcer sur les questions éthiques.

L’étude de Andrew Butterworth est intitulée «A review of animal welfare implications of the Canadian commercial sealhunt» et a été publiée dans la revue scientifique Marine Policy en 2012.

Elle a consisté essentiellement à compiler les résultats de trois études, dans lesquelles des échantillons de vidéos ont été soumis à des panels d’experts chargés d’estimer la cruauté des pratiques, dont celle réalisée par l’EFSA.

Mais cette nouvelle étude est aujourd’hui démolie en règle par l’équipe de Pierre-Yves Daoust, un chercheur de l’Université de l’île-du-Prince-Édouard, qui, avec trois autres chercheurs de Pêches et Océans Canada, accuse Butterworth et son équipe d’avoir sélectionné sans aucune rigueur scientifique les extraits vidéos montrés aux experts.

Cette nouvelle analyse a été aussi publiée dans Marine Policy, et ses conclusions sont pour le moins troublantes.

La bonne nouvelle, c’est que le débat semble donc maintenant se transposer sur la scène scientifique, où il va pouvoir être soumis à un regard beaucoup plus objectif que celui des ONG, des politiques ou des associations de chasseurs.

Il est encore trop tôt pour affirmer dans quel sens il va pencher, même si objectivement, les arguments des chercheurs canadiens semblent bien plus solides que ceux des Européens.

La science finira-t-elle par renverser cette décision de l’OMC ? Suite au prochain épisode…

 

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Cesont les images des phoques abbatus à coup de bàtons qui ont suscité leur défense. S’ils étaient chassé à coups de fusils ou autrement, la chasse serait peut-être acceptée. Personne ne peut supporter l’idèe de ces petits phoques blancs trainés dans le sang sur la neige blanche. C’est l’image qui est inacceptable.

On appelle les « petits phoques » des blanchons et ça fait autour de 25 ans qu’on en interdit la chasse et si on a des images qui sont plus récentes, ça signifie que ces gens ont soit orchestré une chasse illégale ou encore ils ont eu le concours de braconniers pour faire leur film. Pour ce qui est des outils des chasseurs, les Inuits qui sont aussi punis par cette politique européenne (malgré qu’ils en sont exempts, les règles les empêchent de toutes façons de jouir de l’exemption) utilisent seulement l’arme à feu de nos jours. Le bâton est utilisé par les chasseurs du « sud » et constitue une méthode sûre pour tuer un animal rapidement avec le moins de souffrances possibles. D’ailleurs les animaux de boucherie ne sont jamais tués à l’arme à feu.

Merci Madame Borde de nous résumer si bien la situation. Quant aux arguments qui tuent, j’aurais bien aimé en lire quelques-uns… Le titre me laissait croire que j’en aurais de nouveaux qui me permettraient de comprendre davantage la position européenne. Je crois qu’il me faudra lire les 107 pages du rapport…

Il est désolant de voir que les Européens sont d’une hypocrisie sans bornes. Il y a des pratiques beaucoup plus dommageables pour les animaux en Europe que la chasse au phoque mais les Européens ferment les yeux car leurs cultures et leurs intérêts économiques seraient en jeu. Par contre, quand il s’agit de pays étrangers, on ne se gêne pas pour s’en faire du capital politique, en particulier parmi les populations urbaines qui pour la plupart n’ont jamais vu une ferme ni l’abattage d’animaux qu’ils consomment.

Mais pour les Inuits qui, malgré l’exemption, sont aussi visés que les autres chasseurs, on ajoute l’insulte! En effet, ce sont les Européens (les coloniaux) qui ont encouragé la chasse pour les fourrures pendant des siècles quand ça faisait leur affaire et que ça garnissait leurs portefeuilles. Mais maintenant que les colonies se sont détachées des mère-patries d’Europe, ils se fichent bien du dommage qu’ils ont causé aux peuples autochtones du monde dans le passé et s’en lavent les mains. Le phoque est une ressource naturelle importante maintenant pour les Inuits et ça fait aussi partie de leur culture et cette décision contribue à leur perte de culture et d’identité pour des motifs extrêmement douteux.

Il n’y a pas de « science » derrière le bannissement des produits du phoque mais seulement une émotivité provoquée en grande partie par des ONG qui ont des intérêts dans cette affaire (ils recueillent beaucoup de fonds grâce aux images souvent truquées ou désuètes de chasse aux phoques) et des charlatans d’une supposée éthique à deux vitesses pour les animaux. La vraie éthique est contre TOUTE souffrance et toute tuerie d’animaux par les humains, pas pour seulement quelques espèces d’animaux, et soutient le végétarisme et le végétalisme. La vraie éthique est contre le gavage des oies, les corridas, les abattoirs industriels (on sait qu’ils stressent les animaux à outrance car ils savent qu’ils vont y être tués) etc. C’est ça la vraie éthique animale, pas une éthique à 2 vitesses qui ne protège que les animaux qui font leur affaire, et ça donne un très mauvaise exemple au reste du monde en la matière et va nuire au vrai mouvement pendant bien longtemps.

En effet, cet embargo est d’une hypocrisie qui n’égale que son relent colonialiste. Les Européens chassent eux aussi le phoque (et oui!), mais sans règlementations et gaspille cette ressource. Au Canada, la règlementation est stricte, les chasseurs formés pour assurer le respect de l’animal et nous utilisons la bête au complet (peau, viande et graisse). Après tout ça, l’Europe a le culot de nous dire que c’est nous les « immoraux ».
En plus de procurer du travail important pour les Inuits et les petites communautés côtières de l’est, la chasse sert d’outil de gestion des troupeaux de phoques qui se sont multipliés à outrance depuis cette controverse fabriquée de toute pièce par les animalistes. Un phoque mange pour plus de 4 000$ en valeur de poisson au débarquement. Les 400 000 du quota alloué consomment donc pour 1.6 milliard de dollars. Le troupeau de phoque au complet consomme 15 fois ce que la flotte de pêche de l’est au complet ne débarque par année.
La chasse aux phoques n’est pas seulement pérenne et moral, mais nécessaire à l’équilibre de l’écosystème marin.

En effet, il y a un peu d’hypocrisie, mais aussi et surtout beaucoup d’ignorance. La pêche commercial est cent fois pire au point de vue écologique que la chasse au phoque. J’ai déjà demandé à des européens combien de kilos de poisson ça mange par jour un phoque, puisque selon certains ça n’a aucun impact sur les stocks de poisson, ils n’avaient aucune idée ni du nombre de phoques qui remontent de plus en plus le St-Laurent. On devrait ouvrir des boutiques où on vendrait exclusivement des produits du phoque. Les européens qui adorent nos indiens et nos inuits et qui les privent de revenus substantiels depuis trop longtemps pourraient alors se racheter en se procurant des produits certifiés « chasse inuite ».

Le combat contre la chasse aux phoques a débuté par une piblicité de mme. Bardot, Brigitte, ce n`est pas elle qui a inventé la roue, ni ceux qui l`on suivi dans cette aventure. Tony.

Je suis allé aux ïles de la Madeleine cet été et les chasseurs de phoquessont victimes de démagogie
insensée. il y a 10 millions de phoques dans le golfe du St Laurent qui mangent 15 M de tonnes de morues, autres poissons et fruits de mer. Ils comm. encent même à aimer le homard. Les pêcheurs chasseurs de Maritimes ont de plus en plus de peine à vivre de leurs maigres pêches.
De plus, c’est confirmer par des experts la méthode de chasse est meilleure que la méthode Halal qui sévit partout en Europe et au Canada.
Si BB et quelques autres vedettes décidaient d’être honnêtes ont pourrait manger ces produits du phoques bons contre le cholestérol, la peau de phoque ( loup marin) est durable chaude imperméable mais à cause des embargos successifs
ENFIN, depuis plusieurs décennies on ne tue ni ne ramasse AUCUN blanchon ( bébé phoque ) la chasse se limite aux phoques adultes et même à plus de 250,000 bêtes il n’y a aucun risque à la survie du troupeau qui va OK à 5 M de bêtes.
Maintenant, c’est la survie des pêcheurs de Maritimes, des Îles, de la Gaspésie et de la région dont il est question.
Puyis

Bientôt à cause du trop grand nombre de phoques et des abus de la surpèche des navires usines européensil n’y aura plus rien d’utille à pêcher et les habitants des maritimes devront se trouver d’autres moyens de gagner leur vie.

Totalement en accord avec vous à propos de la chasse aux phoques. Mais votre dernière phrase donne l’impression que vous voyez la science comme un groupe de pression politique. Je ne crois pas que c’est à la science de renverser quoi que ce soit, la science étant simplement un exercice de logique basé sur des faits. Souhaitons plutôt que le processus politique sache utiliser les résultats de la démarche scientifique dans cet enjeu.

Vous dites: « …et ne faisant surtout aucunement confiance aux différents acteurs impliqués jusqu’à présent dans un débat aussi chargé émotivement, qui dure depuis des décennies » –
Pourtant, vos écrits sur les changements climatiques témoignent du contraire. Si je me souviens bien, votre confiance envers l’establishment du réchauffement anthropique semble très forte, même si la question climatique est aussi chargée émotivement, quelle que soit la position des intervenants. Deux poids, deux mesures?

Chère Valérie, je ne suis pas d’accord avec vous sur cet article, Comment l’humain peu-t-il devenir moins violent s’il perpétu a jamais la brutalité et la cruauté sur les animaux?
Nous souhaitons tous un monde plus paisible et moins violents alors comment se fait-il que la compassion est devenu un crime et que la cruauté elle est devenu si banalisée et a la mode ?

Tout est a notre portée aujourd’hui pour faire un virage compassionel ou il est possible de vivre de façon honorable et de créer des industries qui ne dépende pas de la cruauté animale tout en respectant notre environnement et pour cela, il faudra laisser derrière nous certaines traditions cruelles et indigne de notre statut humain du 21 ième siècle , bref, toute notre approche avec les autres espèces est a revoir et a méditer car même l’argent ne doit pas être un obstaclea l’avancement de l’humanité. Voici un billet intéressant sur le sujet :http://www.scienceshumaines.com/mepris-des-animaux-et-racisme-une-meme-logique_fr_30430.html

Il est désolant de voir un article présenté sans aucun souci d’impartialité. Le point crucial est que la chasse au phoque est le plus grand massacre de faune marine sur la planète est que le but principal est de tuer les animeaux pour leur peau et non pas pour la nourriture. Une étude de l’université Memorial a démontré que 80% des carcasses des animaux étaient simplement rejetées. Le but a toujours été de tuerles phoques pour leur peau. Peut-on vraiment se considérer une nation moderne et éclairée lorsqu’on tue des animaux pour leur peau ou fourrure? On ne peut appuyer la chasse aux phoques et ne pas appuyer également la tuerie d’animaux pour faire des manteaux de fourrure, par exemple.

Pour ce qui est de l’argument que les phoques appauvrissent les réserves de morue, il est démontré que la morue ne représente que 3% de la diète d’un phoque et qu’en fait un phoque se nourrit de prédateurs des morues. Et si on se plaint que les phoques se nourrissent de poissons, alors masscrons également tous les dauphins et épaulards de cette planète!

À savoir si la chasse est inhumaine, il suffit de visionner des vidéos pour s’en convaincre. Mais bien sûr, il faut une certaine humanité pour s’émouvoir de ce genre de spectacle.

C’est une chance qu’il n’y a as d’éléphants au Canada, certains défendraient leur massacre pour le bénéfice de la vente d’ivoire. On aurait pu espérer que le Canada ferait preuve de leadership et de de compassion dans le domaine animal. Il faudra probablement attendre que la voie soit montrée par d’autres nations.

Patrick Labelle
Quebec

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