Cigarette électronique : fumer sans fumer ?

Décriée par certains médecins, la cigarette électronique est pourtant l’occasion unique d’éradiquer l’un des plus grands fléaux de santé publique, dit le médecin français Philippe Presles. Il explique pourquoi. 

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La cigarette électronique contient un liquide auquel on ajoute des arômes (tabac, fruits, etc.). Une pile le chauffe et il émet de la vapeur quand on l’aspire. – Photo : Mauro Grigollo / iStockphoto

« La cigarette électronique pourrait être l’invention qui sauvera le plus de vies au XXIe siècle », affirme le médecin français Philippe Presles, auteur de La cigarette électronique : Enfin la méthode pour arrêter de fumer facilement (Éditions de l’Homme).

Ce dispositif, inventé par le pharmacien et ingénieur chinois Hon Lik en 2003, imite une cigarette. Mais au lieu d’être fait de tabac et de papier qui se consument, il contient une pile qui chauffe un liquide parfumé. Celui-ci émet de la vapeur quand on aspire.

Au Québec comme dans le reste du monde, le nombre de « vapoteurs » — surnom donné aux utilisateurs de cigarettes électroniques — a explosé ces dernières années. Certains analystes prévoient que d’ici 10 ans les ventes de cigarettes électroniques pourraient dépasser celles des produits du tabac.

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Pour l’instant, les autorités de santé restent prudentes et déconseillent encore le vapotage, faute d’études sur ses risques. Aux États-Unis, plusieurs États, dont le New Jersey, et la Ville de New York ont interdit la cigarette électronique dans les lieux publics intérieurs. Mais les médecins sont de plus en plus nombreux à y voir une solution réellement efficace pour aider les fumeurs à écraser.

En octobre, Philippe Presles, ex-fumeur, a signé avec 99 autres médecins français un appel pour la reconnaissance de la cigarette électronique. Des Québécois l’appuient, dont le cardiologue Martin Juneau, directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal. Même le Dr Derek Yach, un des pionniers de la lutte contre le tabagisme à l’Organisation mondiale de la santé, est aujourd’hui persuadé qu’on ne doit pas passer à côté de cette occasion d’éradiquer le tabagisme, qui, si rien n’est fait, causera un milliard de décès dans le monde au XXIe siècle.

Pourquoi placer autant d’espoir dans la cigarette électronique ?

Pour la première fois, j’ai vu des gens cesser de fumer avec le sourire grâce à elle ! Avec les médicaments, les timbres et gommes contenant de la nicotine, il est souvent difficile de se défaire de cette dépendance, dans laquelle le plaisir et les habitudes jouent un rôle central. La cigarette électronique permet de préserver ces plaisirs. La majorité des fumeurs qui l’essaient cessent de fumer sans souffrir des symptômes du manque. Du jamais-vu !

Mais n’y a-t-il pas de risques à vapoter ?

On n’a pas assez de recul pour le savoir, mais le risque semble très mince. Chose certaine, c’est bien moins dangereux que de fumer ! Je déconseille aux non-fumeurs de vapoter, mais les fumeurs dépendants devraient essayer la cigarette électronique, en s’assurant de l’utiliser à bon escient.

Pourquoi est-ce un bon choix ?

On croit souvent que le tabac ou la nicotine sont ce qu’il y a de dangereux dans une cigarette. C’est faux ! C’est la combustion de la plante, à une température d’environ 650 ˚C, qui engendre une fumée extrêmement dommageable pour l’organisme. Elle contient du monoxyde de carbone, des goudrons cancérigènes et des particules fines, à l’origine d’à peu près toutes les maladies associées au tabagisme, telles que les cancers, les maladies cardiovasculaires et respiratoires.

Or, dans une cigarette électronique, il n’y a pas de combustion. Le vapoteur inhale de la vapeur d’eau résultant du chauffage à 60 ˚C d’un mélange de propylèneglycol et de glycérine, substances utilisées dans les produits alimentaires, les médicaments ou les cosmétiques. Le propylèneglycol condense la vapeur d’eau contenue dans l’air. Comme il n’a aucun goût, on lui ajoute des arômes (tabac, fruits, chocolat…), qui contribuent au plaisir de vapoter et dont l’inhalation est peu risquée. Les fumeurs qui passent à la cigarette électronique retrouvent leur souffle en quelques semaines, et leur risque d’infarctus ou de cancer cesse d’augmenter. Leur « fumée » secondaire n’est pas toxique.

Peut-on devenir dépendant ?

Les fabricants incorporent dans certains « e-liquides » de la nicotine, substance qui ne provoque aucune des maladies associées au tabagisme. La nicotine agit sur les neurotransmetteurs du cerveau et elle cause seulement la dépendance. Incorporée aux cigarettes électroniques, elle prévient les symptômes du manque. Et parce qu’elle est inhalée, elle apporte aux fumeurs le vrai plaisir dont ils ont tant de mal à se passer : cette espèce d’euphorie de la première bouffée, que tous reconnaîtraient entre mille. C’est cela qui facilite l’abandon du tabac quand on vapote. Alors, oui, on peut devenir accro à la cigarette électronique si elle contient de la nicotine, mais cette dépendance est infiniment moins dommageable que le tabagisme !

Est-elle vraiment efficace ?

Pour l’instant, une seule étude en double aveugle a été publiée sur son efficacité. Elle n’a pas montré de bénéfice supérieur aux autres méthodes de sevrage. Mais les auteurs ont utilisé un modèle de cigarette dépassé, qui laissait les fumeurs en manque de nicotine. En revanche, depuis 2010, plusieurs études ont permis de suivre des centaines de fumeurs qui se sont mis à vapoter. Résultat : plus des deux tiers ont arrêté de fumer !

Comment ce produit devrait-il être réglementé ?

Il y a beaucoup d’enjeux économiques associés à ce marché, qui grossit très rapidement dans les pays industrialisés, et les lobbys sont très actifs pour répandre toutes sortes de rumeurs ! La demande est forte, mais l’offre est encore en train de s’organiser. En France, on estime qu’un million de personnes ont commencé à vapoter en 2013, et les ventes de cigarettes ordinaires ont reculé de 9 % ! Depuis deux ans, les grands industriels du tabac ont entrepris de racheter des fabricants de cigarettes électroniques pour pallier l’érosion de leurs ventes. Ils poussent à la normalisation de ce produit, qu’ils aimeraient voir considéré comme un médicament. Mais les fabricants actuels sont majoritairement des industriels chinois et de petites entreprises, qui ont intérêt à ce que le marché reste libre de contraintes.

Il faut préserver ce libre marché et maintenir l’offre de cigarettes électroniques afin de profiter de la possibilité qu’elles représentent de mettre fin à l’hécatombe du tabagisme. La concurrence encourage aussi l’innovation, qui a engendré des produits plus performants. Aujourd’hui, la technologie évolue principalement en fonction de ce qui se dit dans les forums de discussion de vapoteurs, qui vantent les meilleurs dispositifs ou liquides et dénoncent les arnaques. Cette confrérie d’anciens fumeurs est sans doute la mieux placée pour aider les fumeurs à écraser !

Certains voudraient restreindre l’accès à la cigarette électronique, par crainte que les jeunes ne soient incités à la « fumer ».

On diabolise beaucoup la cigarette électronique au nom de la protection des adolescents, mais ce faisant, on nuit aux fumeurs qui voudraient arrêter ! Bien des jeunes vont essayer la cigarette électronique, comme ils essaient le tabac, et certains y prendront goût. Mais je ne crois pas les oiseaux de malheur qui s’imaginent que le nombre de jeunes accros à la nicotine va exploser ! Je pense plutôt qu’au lieu d’avoir 40 % des jeunes de 18 ans qui fument, comme c’est le cas en France, on aura peut-être d’ici quelques années 20 % de jeunes qui fument et 20 % qui vapotent. Ce sera mieux que 40 % de fumeurs !

 

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Que dit la loi ?

Au Canada, la vente de cigarettes électroniques est autorisée, mais les fabricants doivent obtenir une approbation du ministère fédéral de la Santé s’ils veulent y ajouter de la nicotine. Aucun n’a présenté de demande pour l’instant, et la plupart des cigarettes électroniques en vente ne contiennent donc pas de nicotine. Des boutiques en ligne, dont quelques-unes ont aussi pignon sur rue, offrent cependant des produits nicotinés, en vente libre aux États-Unis et dans certains pays d’Europe.