Cigarette électronique : réglementer, puis étudier

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est à l’industrie de la cigarette électronique de fournir les preuves scientifiques des bénéfices de ce produit. Compte tenu de l’enjeu, les autorités de santé et les organismes qui financent la recherche auraient aussi tout intérêt à s’en mêler — et à subventionner des études.

Photo: Alberto Pizzoli/AFP/Getty Images
Photo: Alberto Pizzoli/AFP/Getty Images

Sante_et_scienceL’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié cette semaine un rapport (pdf) très attendu sur la réglementation qui devrait encadrer la cigarette électronique, dont la popularité augmente rapidement.

Selon l’OMS, les ventes d’inhalateurs électroniques de nicotine, de l’ordre de 3 milliards de dollars dans le monde en 2013, pourraient atteindre 50 milliards de dollars d’ici 2030.

D’emblée, l’OMS reconnaît que l’effet qu’ont ces nouveaux dispositifs ne fait pas consensus chez les spécialistes de la lutte au tabagisme, et que la science ne permet pas pour l’instant de trancher, car on ne dispose pas d’assez de recul.

Alors que certains y voient un outil très intéressant pour réduire la consommation de tabac, d’autres craignent que la cigarette électronique ne vienne saper des années d’efforts dans la lutte au tabagisme, en «renormalisant» la consommation de nicotine.

De ce rapport, les médias ont surtout retenu que l’OMS préconise l’interdiction du vapotage dans les lieux publics fermés et de la vente de cigarettes électroniques aux mineurs. Par crainte de l’effet que la nicotine puisse avoir sur le développement du cerveau, l’OMS la déconseille aussi fortement aux femmes enceintes.

Ce qui inquiète visiblement surtout l’OMS, c’est que le marché des cigarettes électroniques — dominé à ses débuts par de petites entreprises qui n’avaient aucun intérêt à voir se perpétuer la vente de tabac — est en train de passer rapidement sous la houlette des multinationales de la cigarette, passées maîtres dans l’art de manipuler leurs produits et de tirer profit de la moindre faille dans les lois pour se trouver des clients… quitte à les tuer à petit feu.

Initialement dominé par des sociétés sans lien avec l’industrie du tabac, le marché des inhalateurs électroniques de nicotine appartient de plus en plus aux cigarettiers. Toutes les grandes sociétés transnationales productrices de tabac vendent des inhalateurs électroniques de nicotine et se livrent une bataille sans merci sur le marché en plein essor de la cigarette électronique, l’une d’entre elles ayant attaqué ses rivales en justice en alléguant la contrefaçon de brevets. Le fait que les transnationales du tabac tiennent de plus en plus le marché des inhalateurs électroniques de nicotine est très préoccupant compte tenu de l’histoire des sociétés qui dominent ce secteur d’activité.

Alors que l’absence ou le non-respect des réglementations sur les produits contenant de la nicotine, mais pas de tabac, a permis l’essor de la cigarette électronique, l’OMS craint aujourd’hui que les cigarettiers n’en profitent pour glisser dans les liquides nicotinés quelques-uns de leurs ingrédients plus ou moins secrets. Des produits dont on sait aujourd’hui qu’ils ont incité des millions de gens à se mettre à fumer et rendent le sevrage plus difficile. Les arômes de bonbons, par exemple, ont particulièrement la cote auprès des jeunes.

L’OMS recommande aussi d’interdire les allégations «santé» sur ces produits tant que leurs bénéfices dans la cessation tabagique n’ont pas été clairement démontrés, et d’encadrer beaucoup plus sévèrement la publicité.

La plus grande prudence s’impose. Même si rien ne prouve aujourd’hui que la cigarette électronique peut jouer le rôle de porte d’entrée pour les jeunes vers les produits du tabac, et que :

Il est probable que l’utilisation d’inhalateurs électroniques de nicotine aidera certains fumeurs à passer complètement de la cigarette à ces dispositifs. Mais pour un nombre appréciable de fumeurs, leur utilisation aura pour effet de diminuer la consommation de cigarettes plutôt que l’arrêt complet, avec pour résultat l’usage en parallèle d’inhalateurs électroniques de nicotine et de cigarettes.

Selon nombre de cardiologues et pneumologues, la cigarette électronique donne effectivement des résultats spectaculaires chez certains fumeurs.

Ne grillons pas les étapes, leur dit en substance l’OMS, qui affirme que réglementer ce produit est un préalable indispensable pour établir une base scientifique solide en permettant des études en bonne et due forme, dans lesquelles on peut contrôler tous les paramètres.

Aujourd’hui, compte tenu de l’extrême diversité des produits — dispositifs électroniques et e-liquides — et de l’évolution rapide de la technologie, force est de constater qu’il est bien difficile de déduire quoi que ce soit des études menées jusqu’à présent.

Selon l’OMS, c’est à l’industrie de la cigarette électronique de fournir les preuves scientifiques des bénéfices de ce produit.

Néanmoins, compte tenu de l’enjeu, il me semble que les autorités de santé — et les organismes qui financent la recherche — auraient aussi tout intérêt à s’en mêler et à subventionner des études.

Même si cela n’a pas valeur de preuve scientifique formelle, le fait que des centaines de médecins à travers le monde rapportent voir régulièrement des accros au tabac se libérer enfin de ce poison en se mettant au vapotage devrait inciter les autorités à regarder de près cette solution potentielle — fût-elle bien imparfaite — à un problème de santé publique qui tue chaque année 6 millions de personnes dans le monde.

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À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

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Je n’arrive pas à partager l’enthousiasme de certains sur la cigarette électronique.
Je comprends qu’elle aide des gens à cesser de fumer la cigarette traditionnelle; par contre, il me semble qu’ils remplacent simplement une dépendantce par une autre. Cessent-ils aussi d’utiliser la cigarette électronique après un certain temps? Pas dans les témoignages que j’ai lus.
D’accord, la version électronique semble définitivement moins dommageable. Mais il reste que le liquide contient de la nicotine, et la nicotine a un effet sur le coeur, et elle crée et maintient une dépendance. Il n’y a plus les milliers de substances toxiques et cancérigènes de la cigarette traditionnelle, d’accord, mais il reste une composante qui n’est pas anodine.
Par ailleurs, la vapeur contient des composés qui, apparemment, peuvent être irritants en grande quantité pour les gens aux alentours.
Je crois donc que la cigarette électronique devrait être soumise aux mêmes restrictions pour la consommation en public que la cigarette traditionnelle, et j’espère que les autorités de santé publique iront dans cette direction. Cela a pris des années pour se débarasser de la fumée de cigarette partout, ce serait une très désagréable régression de revenir en arrière avec la version électronique.
En outre, dois-je rappeler que pendant des décennies, la plupart des médecins croyaient sincèrement que la cigarette électronique n’était pas néfaste, voire même bonne pour la santé? Qui sait ce qu’on découvrira ultérieurement – et comment ça prendra de temps avant que ça ne puisse devenir public? La toxicité et la dangerosité de la cigarette était pourtant connue des cigarettiers dans les années 1930…

En outre, dois-je rappeler que pendant des décennies, la plupart des médecins croyaient sincèrement que la cigarette électronique n’était pas néfaste, voire même bonne pour la santé? La cigarette électronique n’existe pas depuis des décennies. Vous faites preuve de mensonge afin de tenter de donner de la crédibilité à vos arguments : je sais mieux que vous ce qui est bon pour vous.

Enfin un article intéressant sur le sujet! Le bout » l’OMS craint aujourd’hui que les cigarettiers n’en profitent pour glisser dans les liquides nicotinés quelques-uns de leurs ingrédients plus ou moins secrets » me semble extrêmement pertinent et inquiétant… Je vape depuis plus de 2 ans…

J’utilise la cigarette électronique depuis le 10 juin 2014. J’étais une fumeuse invétérée plus d’un paquet de cigarette par jour.
J’avais essayé d’arrêter plusieurs fois avec des patchs, avec l’acuponcture et médicament mais aussitôt que venait un stress important je recommençais à fumer. Je toussais énormément il fallait que je trouve le moyen d’arrêter avant d’en crever. La cigarette électronique m’a donné le moyen de ne plus toucher au tabac, je ne tousse plus depuis 1 mois et je me sens beaucoup mieux. J’ai aussi réduit le degré de nicotine par rapport à ce que j’inhalais avant. C’est certain que moi aussi je m’inquiète de ce que peut faire les compagnies de tabac avec ce nouveau produit et je m’aimerais pas retrouver des poisons cancérigènes dans les e-liquide que les marchands nous vendent présentement. De plus je n’aimerais pas que le manque à gagner en taxe du gouvernement de la vente de cigarettes se retrouve sur les e-liquide.

Je comprends que santé canada ne veut pas que les fumeurs passent d’une cigarette à un produit qui lui aussi contient de la nicotine. Mais nicotine ou pas est-ce que les cigarettes électroniques sont sécuritaires et non nocives à la santé? Je cherche à savoir et nulle part je trouve une réponse claire. Et est-ce que les cigarettes électroniques avec liquide sont les seuls qui sont recommandable, ou celles en vente dans les dépanneurs (Vapur, Evo) qui n’ont pas de liquide sont elles aussi sécuritaires? Merci d’avance.

Fumer une cigarette électronique doit être interdit partout ou fumer du tabac est interdit. On n’a pas à respirer la vapeur secondaire plus qu’on a à respirer la fumée secondaire.

Vous avez peut-être raison M. honorable, alors si nous n’avons pas à respirer la vapeur secondaire, pourquoi ne pas règlementer les parfums qui aussi transmettent des odeurs nocives dont je suis allergique.
Pour ma part, la vapeur de e-cigarette ne me dérange vraiment pas et l’odeur me semble vraiment moins prononcé que ces maudits parfums toxique que certain utilise.

Ouais…et on devrait aussi interdire de faire cuire vapeur, de prendre des bains chauds, ce qui embue les miroirs et les poumons, les autocuiseurs, la brume matinale, etc…

À mon commentaire précédent, j’ajouterai qu’il faudrait tout d’abord, comme le dit le titre, soumettre la cigarette électronique aux mêmes réglementations et restrictions que la cigarette traditionnelle. Ainsi, si les études scientifiques, à long terme, démontrent l’absence d’effet néfaste de la vapeur dégagée, il sera alors possible d’assouplir la réglementation.
J’ajouterai aussi, à ceux qui louent la cigarette électronique pour les avoir débarassés de la cigarette traditionnelle, que le but devrait être de vous débarasser également de la cigarette électronique, et d’en venir à vivre sans avoir besoin de fumer quoique ce soit.