Cimenterie de Port-Daniel et environnement : 6 choses à savoir

Le gouvernement, par l’entremise d’Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et placement, va injecter un total de 450 millions dans ce projet d’un milliard de dollars.

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Photo : Ciment McInnis

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Le gouvernement Couillard a déposé, jeudi, un projet de loi pour s’assurer que la cimenterie de Port-Daniel-Gascons ne sera pas soumise au Bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE).

La cimenterie est actuellement en construction et devrait ouvrir ses portes en automne 2016.

1. Quels seront les répercussions de la cimenterie sur l’environnement ?

Selon une étude commandée par les promoteurs du projet, la cimenterie pourrait émettre jusqu’à 1,76 million de tonnes de gaz à effet de serre (GES) chaque année.

Ces 1,76 million de tonnes ajouteraient 6 % au total des émissions de GES du secteur industriel québécois, et un peu plus de 2 % à toutes les émissions de GES du Québec chaque année.

Ce sera le projet le plus polluant de l’histoire de la province.

2. Qu’est-ce qui pollue autant dans la production du ciment ?

Pour produire du ciment, il faut faire cuire de la pierre de calcaire, du sable et de l’argile à 1470 °C, ce qui est extrêmement énergivore. L’énergie est produite en brûlant du charbon et, surtout, de la coke de pétrole. La coke de pétrole, un sous-produit du raffinage, est un combustible qui émet encore plus de GES que le charbon.

3. Y a-t-il eu des études environnementales qui ont été produites jusqu’à maintenant ?

Le gouvernement de Pauline Marois a décidé de s’appuyer sur les certificats émis en 1996, quand Ciment McInnis a amorcé son projet. Le gouvernement actuel est lié par cette décision et il n’est pas en mesure de lui imposer une étude du BAPE.

Il faut cependant savoir qu’en 1996, on évaluait que la cimenterie n’allait produire qu’un million de tonnes de ciment par année. Le projet actuel vise à en produire le double.

Une fois construite, la cimenterie ne sera soumise qu’à la Loi sur la qualité de l’environnement.

4. Pourquoi faudrait-il une loi pour protéger la cimenterie contre une étude du BAPE ?

La cimenterie fait l’objet d’une poursuite visant à faire annuler le certificat d’autorisation des travaux de construction. Intentée par le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), Environnement Vert Plus et Ciment Lafarge, la poursuite devrait se retrouver devant un juge très bientôt.

En début de semaine, Ciment McInnis s’est entendu à l’amiable avec la CDQE et Environnement Vert Plus, ce qui ne laisse que Ciment Lafarge pour poursuivre. La loi pourrait rendre le recours judiciaire caduque.

À l’automne dernier, Ciment McInnis a menacé d’abandonner son projet de cimenterie s’il devait être soumis au BAPE.

5. A-t-on besoin d’une nouvelle cimenterie au Québec ?

La question se pose. Le Québec possède déjà quatre cimenteries, qui produisent annuellement entre 2,5 et 3 millions de tonnes de ciment. Depuis quelques années, ces cimenteries ne fonctionnent qu’à 60 % de leur capacité.

6. Quelle est l’implication du gouvernement dans le projet ?

Le gouvernement, par l’entremise d’Investissement Québec et de la Caisse de dépôt et placement, va injecter un total de 450 millions de dollars dans le projet d’un milliard.

C’est le gouvernement péquiste qui a d’abord annoncé l’investissement, en janvier 2014. Révisé par le gouvernement Couillard depuis, il se décline ainsi :

–       Un prêt de 250 millions de dollars par Investissement Québec
–       Une participation de 100 millions de dollars en capital-actions par Investissement Québec
–       Un investissement de 100 millions de dollars en capital action par la Caisse de dépôt et placement

* * *

Cet article a été revisé depuis sa publication initiale afin de corriger des inexactitudes.

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1. Le fait que deux groupes soucieux de l’écologie qui poursuivaient McInnis soient parvenus à une entente à l’amiable avec McInnis ne vous rassure pas ? moi oui.

2. Les dirigeants de McInnis ont dit et répétés qu’ils en ciblaient pas le marché du Québec mais bien celui de l’Est des USA et le marché international pour écouler ce qu’il produira à Port-Daniel, il a dit aussi que les acheteurs de ciment au Québec sont les mêmes qui possèdent « les autres cimenteries du Québec » alors même si McInnis tentait de leur vendre une partie de sa production ces acheteurs refuseraient (ces cimenteries existantes sont en plein contrôle de la situation, McInnis n’aura aucun impact sur elles et leurs employés contrairement à ce que vous laissez sous-entendre.

3. Ces cimenteries existantes au Québec qui fonctionnent à 60% de leur capacité ont bien dû, mais n’ont pas réussi à percer d,autres marchés que celui du Québec, celui de l’Est des USA par exemple, pourquoi vous pensez ? Elles ne sont peu-être plus concurrentielle a) à cause de la technologie qu’elles utilisent et b) des coûts de transport (transport terrestre dans leur cas, tandis que McInnis pourra compter sur un port de mer et du transport maritime moins coûteux pour exporter sa production. McInnis ne peut être tenu responsable des déboires des autres cimenteries du Québec. Il faudrait trouver « la vraie raison » qui amène ces autres cimenteries du Québec à faire obstruction au projet McInnis, par exemple si leur propriétaire dessert déjà les marchés ciblés par McInnis à partir d’autres cimenteries qu’il possède dans le monde… et si c’est bien le cas, c’est de bonne guerre de leur part d’essayer de bloquer McInnis, mais McInnis et ses partenaires sont aussi en droit de réaliser leur projet s’ils le jugent rentable.

4. Il est bien possible que les besoins du Québec en ciment ne justifie pas une autre cimenterie, je ne le sais pas, mais même si c’est le cas ce n’est pas une raison pour ne pas exploiter une ressource que nous possédons en ciblant l’exportation. Y’a plein d’entreprises au Québec qui produisent essentiellement pour l’exportation.

5. C’est vrai le niveau de pollution de cette usine là sera considérable, même si elle exploitera les dernières technologies et qu’elle sera au moins 20% moins polluantes que les usines plus vieilles d’ici et d’ailleurs; il y a un prix à payer pour le Québec en GES à laisser construire cette usine, il faudra trouver moyen de compenser ailleurs si on veut respecter nos engagements en terme de réduction des GES au Québec.

6. C’est juste, les québécois à travers les institutions qu’ils possèdent ont a) fait un prêt à McInnis et b) investi (pris une part de l’actionnariat de McInnis) pour deux raisons principalement : 1) assurer de la création d’emplois dans une région qui en a bien besoin et 2) faire un investissement qu’ils estiment rentable (la CDPQ n’est pas réputée pour investir les yeux fermés). Une majorité de politiciens du Québec ont d’ailleurs déjà reconnu qu’en investissant directement dans une entreprise qui exploite nos ressources naturelles c’était le meilleur moyen d’en obtenir de vraies retombées économiques, le cas de la mine de diamant de Stornaway a été un des premiers de la série, et il y en aura d’autres.

il faut savoir ça aussi sur le projet McInnis avant de porter un jugement dessus.

Bonjour,

Je ne vois pas où se trouve le jugement négatif dans cet écrit. Ce billet parle de faits auxquels on s’attend avec le projet.

Ce billet n’a pas l’air de présenter l’accord entre McInnins et les environnementalistes comme négatif, juste qu’il y a un accord entre eux et que la loi attendue rendrait la poursuite encore menée par Lafarge caduque. Sans plus, vraiment.

Que la cimenterie exporte son produit, ce billet n’en dit rien ; c’est vous qui soulignez ce point (pertinent à savoir pour ceux et celles qui ne le sauraient pas). Mais ne pas en parler ne signifie pas que l’on voit ça en mal. En fait, j’imagine que si exporter c’était mal pour les auteurs de ce billet, ils auraient glissé un mot là-dessus.

Si les autres cimenteries ne fonctionnent qu’à 60%, ce chiffre porte plus à penser à ce qui pourrait être fait pour en augmenter la production. Même si vos explications sur le pourquoi de cet état soient valables, il n’est nullement dit que cela soit mal, encore moins que la mention dans ce billet puisse être un jugement.

Que le Qc ait besoin ou non de ce ciment ne fait pas l’objet ou l’enjeu de ce billet. À mon avis, l’augmentation des émissions de GES est beaucoup plus significative pour le Qc et c’est le point central du papier avec les autres gravitant autour. Mais aucun jugement n’est porté ici non plus.

Le prix a payer pour compenser l’augmentation des GES est critique dans ce projet. Qui devra faire les efforts de mitigation et comment ? Mon petit 2$ que c’est le contribuable mais je ne gagerais rien sur le comment… Quoiqu’il en soit, (se) poser la question est nullement émettre un jugement ; ce billet ne fait qu’inciter à se poser la question.

Enfin, présenter la participation du Qc dans le projet ne constitue pas un jugement mais un état des lieux.

Étant donné que ce billet ne présente pas de conclusion ni de tentative de récapitulation de ces énoncés en un argumentaire disant que le projet soit bon ou pas, y trouver un jugement négatif c’est fabuler. Mis à part certains points (la raison que VOUS suggérez pour ce 60% de production des autres cimenteries, rappeler le but du projet, soit exporter le ciment), votre commentaire n’éclaire pas grand chose. Vous auriez dû élaborer sur les quelques points fort plutôt que de faire de votre commentaire un procès d’intention.

Cette cimenterie est une autre niaiserie de nos politiciens qui deviendra vite un éléphant blanc. Et très polluant en plus!!!

C’est encore une façon d’acheter des votes en région (i.e.: éoliennes, petits barrages, Alcan, Gaspésia, etc…) avec l’argent durement gagné par les contribuables des villes et qui finira bien sûr par nous coûter la peau des fesses.

Les Québécois sont les plus écolos du Canada ….sauf quand c’est chez eux . Les sables bitumineux…une catastrophe écologique, les oléoducs…inacceptables, mais le projet le plus polluant de l’histoire du Québec… aucune objection.

Va falloir se la fermer sur nos objections sur tous les autres projets albertains etc au moins pour être crédibles , sinon qui va nous écouter ?

Curieux. Les gouvernements successifs s’obstinent à interdire par des moratoires sans fin l’exploitation de ressources telles que schistes, qui constitueraient des choix stratégiques en raison des effets d’entraînement à long terme sur l’économie, mais permettent un degré de pollution élevé en échange d’un investissement qui en est un d’opportunité, puisqu’il s’agit d’ accéder à un marché qui est lié à des conditions particulières et limitées dans le temps.
Faut-il que les « amis » du réseau Québec Inc. aient de l’influence sur « leur » gouvernement provincial! Je constate par ailleurs que les environnementalistes font désormais parti de ce club sélect de l’achat chez nous.

Il n’y a pas que les émissions de gaz a effet de serre qui soient domageables pour l’environnement dans le cas des cimenteries. Il y a aussi l’utilisation du sable. En effet, ce matériau si commun provient le plus souvent de l’extraction des fonds marins avec des effets sur la qualité des plages et leur résistance aux vagues, ainsi que sur les habitats des animeaux marins. Voir le lien http://wiklimat.developpement-durable.gouv.fr/index.php/Extraction_du_sable_marin_:_menace_pour_nos_rivages

Oups la madame confond les choses, le sable est bel et bien un intrant dans le béton (ex: 1 partie de ciment et 2 parties de sable) mais il n’y aura pas de sable comme intrant à l’usine de Port-Daniel, ce sont donc plutôt les clients de la cimenterie de Port-Daniel qui consomment du sable.

Le sable est donc un autre débat, connexe mais un autre débat.

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