Climat : le dossier noir de Québec

Si Philippe Couillard veut vraiment laisser sa marque dans la lutte contre les changements climatiques, c’est le moment de s’attaquer sérieusement à notre dépendance à l’essence.

Photo: Joe Raedle/Getty Images
Photo: Joe Raedle/Getty Images

Sante_et_scienceAlors que le Sommet des Nations Unies sur le climat se tient à New York, on critique beaucoup – et à raison – l’absence du Premier ministre canadien Stephen Harper. Le gouvernement du Québec, lui, se montre beaucoup plus proactif, alors que le Premier ministre Philippe Couillard et son ministre de l’environnement David Heurtel participent au Sommet.

Les deux soulignent le bon coup que représente l’instauration d’un marché du carbone au Québec, en collaboration avec la Californie. Mettre un prix sur les émissions de gaz à effet de serre est effectivement considéré comme une des mesures potentiellement les plus efficaces pour convaincre le secteur industriel de diminuer ses émissions.

Pourtant, quand on regarde l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre 1990-2011 du Québec, publié en mai dernier, on constate que le plus gros du problème est ailleurs.

En 2011, les émissions industrielles ont représenté 31,3 % des 81 millions de tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre émises au Québec.

Entre 1990 et 2011, elles ont diminué de 18,2 %.

Durant la même période, les émissions provenant du transport ont, elles, augmenté de 29,5 % pour atteindre 44,3 % du total. Le transport routier émet à lui seul 27,4 Mt eqCO2, en hausse de 32,9 %. Nos voitures et VUS sont responsables des deux tiers de ces émissions.

Même si les performances des moteurs s’améliorent, l’augmentation du poids des voitures et de la distance parcourue, ainsi que du nombre de véhicules en circulation, fait que les émissions des transports vont continuer d’augmenter sans un sérieux coup de barre.

Selon les statistiques de la SAAQ (PDF), de 2006 à 2011 seulement, le nombre de «véhicules de promenade» par 100 habitants au Québec est passé de 63 à 68, et le poids moyen de chacun de 1371 kg à 1448 kg.

Le transport consomme les trois quarts des carburants fossiles au Québec, l’essence et le diesel comptant pour 80 % des 13,4 milliards de litres consommés en 2011.

Le marché du carbone ne permettra aucunement de faire baisser les émissions liées au transport avant que les retombées qu’il génèrera ne soient réinvesties dans l’aménagement urbain et le transport collectif. Mais cela risque de prendre du temps.

D’ici là, faire diminuer la consommation d’essence liée au transport individuel devrait être la priorité absolue au Québec en matière de lutte aux changements climatiques.

M. Couillard semble prêt à prendre toutes sortes de mesures impopulaires pour rétablir l’équilibre budgétaire.

S’il veut vraiment laisser sa marque, aussi, dans la lutte contre les changements climatiques, c’est le moment de s’attaquer sérieusement à notre dépendance à l’essence.

Taxer encore un peu plus le carburant ferait sans doute mal à la classe moyenne, tant que le transport en commun n’est pas une solution de rechange pratique pour de très nombreuses personnes.

Mais plusieurs autres mesures à coût nul pour le gouvernement pourraient donner des résultats rapides.

On peut par exemple faire plus pour inciter les Québécois à acheter des voitures qui consomment moins, qu’elles soient ou non à moteur hybride ou électrique, en augmentant les taxes sur les véhicules énergivores tels que les VUS.

Et on devrait exiger des constructeurs automobiles qu’ils offrent aux Québécois leurs modèles les moins polluants – qu’ils réservent pour l’instant à des marchés comme l’Europe et la Californie.

C’est le moment, aussi, de soutenir beaucoup plus efficacement le transport en commun interurbain – alors que Keolis en arrache pour maintenir un réseau qui devrait pourtant être un pilier fort des infrastructures de transport au Québec.

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

4 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Le transport des marchandises est responsable d’une plus grande augmentation des émissions de GES au Québec que le transport des personnes. La somme des émissions supplémentaires dues aux véhicules de transport commercial est de plus de 5 Mt sur un total de 7,19 Mt d’augmentation des émissions dues au transport routier entre 1990 et 2010. Soit environ 70%. C’est énorme!

Les camions légers commerciaux consomment plus de 40% du carburant et produisent plus de 40% des GES produits par l’ensemble des camions légers. On peut aussi calculer que les véhicules lourds et les camions légers à usage commercial produisent plus de 40% des GES émis par le transport routier. Ce ne sont donc pas les 2/3 mais 60% des émissions qui sont dues au véhicules de promenade puisque qu’une part importante des camions légers sont utilisés pour le transport des marchandises.

Contrairement à l’opinion de Valérie Borde, il faut s’attaquer non pas seulement aux émissions des véhicules de promenade mais aussi à celles des véhicules servant au transport des marchandises. Le mode de vie dans des banlieues étalées induit une forte utilisations de véhicules de promenade. Il est aussi lié à une surconsommation de biens matériels dont le transport produit 40% des émissions sur les routes. Et les émissions causées par le transport des marchandises augmentent beaucoup plus vite que celles des véhicules des particuliers.

Euh pourquoi se plier à toutes ces exigences pendant que le gouvernement accepte à Cacouna l accord de brûler de la coke de pétrole qui va être pire que n importe quoi d autre…????

On devrait obliger de faire inspecter annuellement tous les véhicules de plus de 5 ans et interdire les démarreurs à distance. De plus, on devrait donner des contraventions pour tout véhicule stationné et en marche. Il ne sert à rien de faire tourner le moteur plus d’une minute par temps froid. C’est en roulant que la température du moteur va augmenter et par le fait même le chauffage de l’habitacle.

Le Québec se pète les bretelles pour avoir abaissé la production de GES avant 2011, alors que c’est beaucoup en raison de fermetures d’usines dans le fer, le magnésium, le cuivre etc…C’est la disparition de l’industrie de transformation qui a causé cette belle performance. Il n’existe qu’un seul moyen pour amener les consommateurs à faire des choix « propres »: une taxe sur le carbone, comme en Colombie-Britannique. Tous doivent payer, les sociétés de transport comme ceux qui veulent fuir la densité urbaine à bord de leurs gros SUV ou chauffent leurs piscines jusqu’en octobre. C’est ainsi que les véhicules efficaces envahiront nos routes et qu’on lèvera le pied. Pour conserver leurs marchés, les entreprises se hâteront d’améliorer les véhicules moteurs (voir l’Europe) ou de les transformer pour consommer du gaz naturel, du diesel, des huiles recyclées, soyez-en certains. La technologie existe ou est à portée de main. Depuis toujours, nécessité est mère de l’invention. Money talks! Les beaux discours et les réglementations ronflantes et édifiantes sont peu efficaces.
À l’heure actuelle, les québécois paient leur essence au prix fort par rapport à certaines provinces, mais pour de mauvaises raisons: parce que l’État du Québec se trouve à cours de moyens, ou qu’il s’obstine à intervenir pour soutenir des entreprises désuètes. De bons exemples: interdire Uber dans l’industrie du taxi, ou persister à maintenir le prix-plancher de l’essence visant à protéger les petits détaillants du coin. Ces mesures dilatoires sont aussi bêtes que la couleur de la margarine ou le prix-plancher du livre ! De la même catégorie: l’entêtement de la population à refuser le gaz de schiste, alors que sa production aide à faire la transition vers les énergies propres (déplacement du charbon d’abord réduction du pétrole brut « sale »).