Tendances 2015 – Climat : les petits montent au front

Devant l’échec des gouvernements à lutter contre les pollueurs, groupes de citoyens et instances locales ont appris le langage de leurs adversaires. Et leur riposte fait mouche.

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Illustration : Carol-Anne Pedneault

Neuf ans après l’annonce du Northern Gateway, les projets d’oléoducs destinés à transporter le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta s’engluent dans une mare de protestations, malgré le soutien actif d’Ottawa à l’industrie. Environnementalistes, autochtones, scientifiques, élus municipaux et simples citoyens participent à des marches, déposent des mémoires, occupent l’espace médiatique de Cacouna à Kitimat en passant par Washington.

Un nouveau mode de gouvernance de l’environnement émerge. Plutôt que de se laisser dicter quoi faire par des autorités dépassées, la population prend les choses en main. Cette mobilisation « par le bas » peut freiner les émissions de gaz à effet de serre bien plus efficacement que les ministères de l’Environnement, souvent minés par les lobbys et étranglés par les déficits, lit-on dans L’état du monde 2014 du groupe de réflexion américain Worldwatch Institute. La clé de la réussite, c’est l’« écolittératie », la capacité de chacun de comprendre comment fonctionnent les systèmes naturels qui rendent possible la vie de l’être humain sur terre.

« La plupart des États sont aujourd’hui convaincus qu’on a un très sérieux problème, mais ils ne trouvent pas la solution », explique Philippe Le Prestre, professeur à l’Université Laval, à Québec, et spécialiste des politiques internationales en environnement. Il observe d’ailleurs la même impasse devant d’autres menaces planétaires, comme la perte de biodiversité.

Cette stratégie qu’est l’écolittératie fonctionne surtout quand la population s’attaque aux entreprises qui ont une importante part de responsabilité dans le réchauffement climatique. C’est le cas des sociétés pétrolières, contre lesquelles une véritable armada d’associations locales, de simples individus et de groupes environnementaux mènent une guerre de tranchées en s’appuyant sur les réseaux sociaux.

À New York, en septembre dernier, un demi-million de personnes ont marché pour le climat. Même en Chine, des manifestations populaires font capoter des projets d’usines polluantes. Du jamais-vu !

Aux États-Unis, les groupes environnementaux ne s’y trom­pent pas, note le Worldwatch Institute. Alors que, depuis 20 ans, certains avaient misé sur le lobbyisme auprès des gouvernements, ils reviennent à des stratégies de mobilisation semblables à celles des années 1970. À l’époque, c’étaient les manifestations qui avaient incité le gouvernement américain à donner du mordant au Clean Air Act, loi qui a fait diminuer radicalement les émissions polluantes des usines et des voitures.

Les autorités locales semblent, elles aussi, plus performantes que les États, car elles s’attaquent à des problèmes qui les touchent directement. En Europe et en Asie, les villes combattent la congestion automobile et le smog en investissant des milliards de dollars dans les transports en commun et les voies cyclables. Elles trouvent des solutions en échangeant des idées au sein d’organisations mondiales, comme l’Alliance des villes pour la durabilité, qui regroupe environ 1 000 villes dans le monde, ou le C40, un regroupement de 40 villes-pilotes pour le climat, véritable moteur pour l’adaptation des villes aux conséquences des changements climatiques.

Quoi que fassent désormais les États, les champions de demain dans la lutte contre les changements climatiques ne seront pas la Suède ou le Canada, mais bien New York, Baie-Saint-Paul, votre voisin… Et vous?

Le défi Nadeau-Dubois

L’ancien leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois n’a rien perdu de son pouvoir de mobilisation… Moins de 24 heures après qu’il eut invité la population à se joindre à lui pour financer la lutte contre le projet de pipeline Énergie Est, plus de 9 000 personnes avaient répondu à son appel et environ 250 000 dol­lars avaient été amassés ! Les dons variaient de 1 à 1 000 dollars.

«  C’est ce qui arrive quand les gouvernements insultent l’intelligence des gens », dit le biologiste Jacques Tétreault, porte-parole du mouvement Coule pas chez nous !, bénéficiaire des dons, qui s’oppose au transport du pétrole par pipeline.

Gabriel Nadeau-Dubois, lauréat d’un prix littéraire du Gouverneur général et d’une bourse de 25 000 dollars pour son essai Tenir tête, a annoncé fin novembre à l’émission Tout le monde en parle sa décision d’investir cet argent dans la lutte contre les sociétés pétrolières. Il avait alors invité la population à doubler la mise. En date du 28 novembre, le site doublonslamise.com avait accumulé 362 000 dollars.

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Si la tendance se maintient…

L’actualité de juillet 2032, selon Mathieu Charlebois

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CLIMAT : JAMAIS MIEUX SERVI QUE PAR SOI-MÊME

Ils étaient des milliers dans les rues, en mai dernier, à scander leur slogan maintenant célèbre : « Laissez faire, on va s’en occuper nous-mêmes ! » Le message, évidemment, était adressé aux politiciens de toute la planète.

Parmi la foule, un Américain résume bien la grogne : « La Floride est sous l’eau depuis cinq ans, et le président préfère encore parler d’un fort taux d’humidité, plutôt que de changements climatiques. Ça va faire ! »

Il aura ensuite suffi de deux jours pour ratifier un nouvel accord de Kyoto… signé par l’ensemble des résidants de Kyoto.

 

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Écolittératie. C’est bien de pouvoir donner un nom au mouvement dans lequel on est embarqués par la force d’inertie de nos gouvernements. En fait, ça donne du pouvoir. Merci pour ce texte.