Climat : vers des extinctions massives ?

Alors que les papillons monarques sont invisibles au Québec cette année et que les fous de Bassan peinent à se reproduire sur l’île Bonaventure, doit-on craindre une extinction massive des espèces sous l’influence des changements climatiques ?

Dans le dernier numéro du magazine Science entièrement consacré au climat, des chercheurs estiment que la rapidité des changements actuels est sans équivalent depuis au moins 65 millions d’années, soit depuis l’extinction des dinosaures.

Selon les derniers modèles de prévision, ils s’attendent à un réchauffement moyen d’au moins 4 degrés pour la période 2046-2065 comparée à la période 1986-2005 pour les latitudes élevées, de plus de trois degrés pour de grandes zones de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie et de plus de 2 degrés pour la plupart des autres régions du monde.

Le prochain rapport du GIEC, dont un premier chapitre sera publié fin septembre, apportera des données plus précises et détaillées.

Il y a 55,8 millions d’années, la Terre a aussi connu une hausse brutale des températures au moment du maximum thermique Paléocène-Éocène. Mais le processus a été 100 fois moins rapide que ce à quoi on s’attend pour les prochaines décennies !

Fait rassurant, cette époque reculée n’a pas connu d’extinction massive, preuve que les espèces vivantes ont su s’adapter à une transition relativement rapide, selon la revue de littérature scientifique publiée dans Science à ce sujet.

Mais chose certaine, les prochaines décennies vont voir le début d’un réarrangement massif des relations entre les espèces vivantes, selon un autre article signé entre autres par Jessica Blois, de l’Université de Californie.

Et il va falloir un énorme effort de recherche pour comprendre tout cela car pour l’instant, la science est incapable d’anticiper ces changements autrement que de manière très parcellaire.

La chercheure dégage plusieurs priorités.

D’abord, éviter de se concentrer sur l’analyse de l’impact des changements pour une espèce vivante en particulier, mais regarder de plus près comment se comportent des groupes d’espèces liées entre elles – incluant proies, compétiteurs et prédateurs.

Elle cite entre autre le cas des études sur l’omble chevalier. Celles qui ont pris en compte les espèces concurrentes de ce poisson ont montré que même si la température plus élevée des lacs nordiques pouvait lui bénéficier, il risque de se retrouver quand même en difficulté.

Ensuite, fouiller le passé pour voir comment des changements dans les écosystèmes ont pu redéfinir les relations entre espèces, en analysant l’échelle de temps sur laquelle les changements se sont produits..

En Suisse, par exemple, des palmiers ornementaux ont commencé à envahir les forêts depuis que les hivers sont moins rigoureux.

Pour appréhender l’impact d’espèces invasives comme celle-ci, les chercheurs doivent mieux comprendre la réaction des écosystèmes du passé à l’introduction d’espèces nouvelles.

Car même des changements a priori anodins peuvent rapidement avoir des conséquences de grande ampleur, comme l’ont montré notamment les recherches sur l’île Christmas, dans l’Océan indien.

À cet endroit, une espèce de fourmi, Anoplolepis gracilipes, a été accidentellement introduite dans les années 1930. En quelques décennies, elle a anéanti la population de crabes rouges terrestres, ce qui a eu pour conséquence de transformer du tout au tout la forêt tropicale.

Le sous-bois auparavant dégagé, a été entièrement envahi par des végétaux buissonnants. La jungle y est méconnaissable.

Selon la chercheure, on doit particulièrement surveiller les interactions très étroites entre espèces – comme le mutualisme ou le parasitisme – qui pourraient rapidement changer avec le climat.

Cette année comme l’an passé, les fous de Bassan, dont les jeunes se nourrissent de principalement de maquereaux, n’en trouvent plus car le réchauffement de l’océan semble déjà pousser ces poissons vers le nord, ou vers de plus grandes profondeurs auxquelles ces oiseaux sont incapables de plonger. Les fous vont-ils changer leur régime alimentaire et finir par s’adapter? Impossible à dire pour l’instant.

Et les monarques ? L’an dernier, ces papillons ont déjà eu du mal à se reproduire le long de leur trajet de retour du Mexique l’an dernier, notamment parce que les plantes dont se nourissent exclusivement leurs chenilles, les asclépiades, étaient beaucoup moins abondantes à cause de la sécheresse.

Tous ces changements dans le monde du vivant font avoir des impacts majeurs sur les humains, rappelle Science.

On observe déjà des modifications dans la distribution de plusieurs  microorganismes ou insectes à l’origine de maladies infectieuses telles que la malaria, le choléra ou la maladie de Lyme, qui remontent vers les hautes latitudes et altitudes, explique la chercheure Sonia Altizer.

Les cultures sont bien évidemment aussi sensibles à ces variations climatiques.

Si certaines pourraient bénéficier des hausses de températures, notamment sous nos latitudes, on ne sait comment elles réagiront à des vagues de chaleur plus nombreuses ou à de nouveaux insectes.

Selon le chercheur Tim Wheeler, dont Science publie la revue de littérature à ce sujet, la recherche est encore beaucoup trop embryonnaire sur l’impact du climat sur l’insécurité alimentaire.

Pourtant, explique-t-il, on sait déjà que les conséquences de la déstabilisation de l’agriculture amenée par le réchauffement toucheront d’abord et avant tout les régions du monde qui sont déjà les plus fragiles.

En Afrique, rappelle-t-il, on s’attend à une baisse des rendements de 17% pour le blé, 5% pour la maïs et 15% pour le sorgho.

Sans des investissements massifs pour faciliter l’adaptation des populations, la lutte contre la faim dans le monde risque de ralentir très nettement ses progrès.

 

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Le dernier numéro de Nature nous renseigne sur les sables bitumineux: les réserves prouvées de sables bitumineux représentent 11 % du total global pour le pétrole, et le développement complet des sables bitumineux augmenterait la température globale de 0.03 degrés de plus que le développement sans sables bitumineux (N. C. Swart and A. J. Weaver Nature Clim. Change 2, 134–136; 2012). (Nature 500, 136-137 (2013)).

trois CENTIÈMES de degré. C’est écrit dans Nature. Les écolos et les journalistes alarmistes nous cassent la tête sur les sables bitumineux pour 3 CENTIÈMES de degrés!

Une douche froide pour les climatoalarmistes et les climatistes.

Climatisme: forme de racisme prétendant que certains climats, particulièrement le climat présent ou, mieux, celui de 1850, sont supérieurs à d’autres, particulièrement quelque climat qui soit un peu plus chaud ou un peu plus froid que le climat présent ou celui de 1850.
 
« L’antiracisme est à notre siècle ce qu’était le communisme au 20 ème » (Alain Finkielkraut)
 
Je compléterais ainsi: 
l’antiracisme et le climatisme sont à notre siècle ce qu’était le communisme au 20ème siècle: 2 doctrines qui attirent les bien pensants en mal de pensées et de réflexion.

Arrêtons de tergiverser sur réchauffement climatique ou pas. Le phénomène est bel et bien là.
La NOAA a un très beau site démontrant le phénomène (http://www.ncdc.noaa.gov/cag/time-series/global)
On y observe que le réchauffement s’est accru d’une manière quasi-exponentielle depuis les années 1940 et la tendance est toujours présente aujourd’hui.
D’ailleurs le site de météomédia nous montre les extrêmes des derniers jours (http://www.meteomedia.com/nouvelles/articles/records-de-chaleur-en-europe/10836/)
Est-ce que c’est relié à la main de l’homme? Le débat est ouvert.
Une chose est certaine, il y a réchauffement, qu’on le veuille ou pas ET cela aura inévitablement un impact sur la biodiversité locale. Les espèces autochtones demandant un plus long temps d’adaptation, périront ou migreront ainsi est la loi d ela Nature.
J’aimerais bien, comme les négationnistes, recevoir cette douche froide. Malheureusement, depuis plusieurs années, j’ai l’impression que la douche est plutôt à « HOT ».