Climat : de Varsovie au pont Champlain

Alors que la Conférence de Varsovie sur les changements climatiques a abouti à des résultats à peu près nuls, il est de bon ton de fustiger l’inaction du gouvernement Harper qui n’a pas fait le moindre effort pour faciliter les négociations. Mais il est loin d’être le seul en cause…

Alors que la Conférence de Varsovie sur les changements climatiques a abouti à des résultats à peu près nuls, il est de bon ton de fustiger l’inaction du gouvernement Harper qui n’a pas fait le moindre effort pour faciliter les négociations.

Mais il est loin d’être le seul en cause. Le problème est bien plus vaste, et il semble de plus en plus vain de vouloir régler la crise climatique au niveau international, puisque chacun campe sur ses positions.

Les pays du Nord ne veulent pas payer pour leur responsabilité historique dans l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, et ceux du sud, Chine y compris, veulent qu’on leur laisse la chance de se développer avec des technologies polluantes — comme les centrales au charbon —, mais qui leur donnent une chance de rattraper rapidement le niveau économique des pays riches.

Depuis le tout début des négociations, rien, ou presque, n’a changé.

Il est aussi relativement inutile, comme l’ont fait des chercheurs récemment, de dénoncer les 90 plus gros responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Comme on pouvait s’y attendre, on retrouve bien évidemment en tête de liste toutes les grandes entreprises productrices de pétrole — Chevron, Exxon, BP et Shell, entre autres —, qui, depuis le début des discussions internationales sur le climat, n’ont cessé de tenter de mettre des bâtons dans les roues des négociateurs.

Mais cela ne change rien au fait que nous sommes tous responsables. Ce sont les gouvernements que nous avons élus qui ne parviennent pas à négocier, et nos voitures qui font vivre l’industrie du pétrole.

Alors, on fait quoi maintenant?

À défaut d’une solution globale, il est clairement démontré aujourd’hui que ce sont les actions locales qui ont le plus de chances d’être efficaces, aussi bien pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre que pour s’adapter aux changements climatiques.

Et même si c’est triste à dire, le plus gros moteur de changement… ce sont les catastrophes.

Ce qui poussera la Chine à moins polluer, ce ne sont pas les grandes négociations, mais le fait que ses villes sont en train de devenir complètement invivables à cause du smog.

Pour la première fois de son histoire, le gouvernement chinois a récemment mis une limite à ses plans de construction de centrales au charbon, après que plusieurs grandes villes eurent été complètement paralysées par le smog.

Sur les 363 nouvelles centrales planifiées en 2012, 48 vont être abandonnées ou soumises à des normes de pollution beaucoup plus sévères, selon une analyse du World Resources Institute. C’est peu, mais c’est un début.

Aux États-Unis, c’est l’ouragan Sandy qui a eu des répercussions marquées sur la manière dont les villes envisagent les changements climatiques.

Le livre Bloomberg’s Hidden Legacy, qui sort ces jours-ci, raconte très bien comment cette catastrophe a permis à l’ex-maire républicain de New York, Michael Bloomberg, de faire valoir son plan d’action contre les changements climatiques, considéré aujourd’hui comme un modèle.

À Montréal, le délabrement du pont Champlain, s’il va faire enrager les automobilistes, pourrait bien jouer ce rôle de catastrophe qui éveille les consciences et accélère les changements.

Même si on aurait sans doute pu éviter d’en arriver là, nous voilà aujourd’hui avec une excellente occasion pour rationnaliser les transports dans la métropole !

On peut agir et obtenir rapidement des résultats.

Pendant quelques semaines, voire quelques mois, des milliers d’automobilistes vont peut-être se «tanner» d’embouteillages monstres et accepter de troquer — faute de mieux — le volant contre une place dans l’autobus ou le train de banlieue.

Il va falloir tout faire pour les y encourager et leur rendre l’expérience agréable !

Et leur expliquer, aussi, que c’est le meilleur geste à poser pour faire leur part contre les changements climatiques.

Selon un bilan réalisé en juin dernier, le transport à Montréal a été responsable de 39 % des émissions de GES dans l’agglomération en 2009, ce qui a représenté 5,5 millions de tonnes équivalent CO2.

Les émissions dues au transport routier ont augmenté de 8 % par rapport au niveau de 1990, alors que Montréal s’est engagée, en 2005, à réduire ses émissions de 30 % d’ici 2020.

Pour le maire Coderre, les travaux sur le pont Champlain représentent une occasion en or d’accélérer les changements déjà prévus dans le Plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la collectivité montréalaise 2013-2020 (pdf) publié plus tôt cette année, sans trop se mettre à dos la population.

Monsieur Coderre, c’est le moment de faire un Michael Bloomberg de vous !

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