Colorants artificiels : des peurs exagérées

Je viens enfin de prendre le temps de lire l’article que le magazine Protégez-Vous consacre dans son édition de novembre à l’épineuse question des colorants artificiels. Et j’avoue honnêtement avoir été déçue.

Comme bien d’autres écrits à ce sujet, le dossier part de deux prémisses fort discutables.

1. Les substances artificielles sont généralement plus mauvaises pour la santé que les substances naturelles.

2.  Une étude qui a établi un lien entre la consommation de colorants artificiels et l’hyperactivité chez les enfants devrait justifier l’interdiction de ces produits.

Je ne m’éterniserai pas sur le premier point qui relève d’un cours de chimie de base. Rappelons toutefois que l’effet sur la santé d’une molécule n’a rien à voir avec son origine. Il est seulement déterminé par la structure de la molécule.

La très grande majorité des 50 millions de produits chimiques qui nous entourent sont d’origine naturelle, et tous ne sont pas bons pour nous, loin d’en faut.

Tout est dans la quantité. Comme le rappelait le chimiste de l’Université McGill Ariel Fernster au dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, une pomme, même fraîche cueillie d’un verger bio, contient entre autres molécules de l’acétone et du formaldéhyde, des produits connus pour être hautement toxiques…. à plus forte dose.

Les colorants naturels ne sont pas des enfants de choeur. Voyez par exemple comment on obtient le rouge cochenille, un colorant «naturel» connu pour provoquer à l’occasion des réactions allergiques.

Voyons maintenant cette étude décisive sur les colorants artificiels dont parle Protégez-Vous.

En 2007, l’équipe de Jim Stevenson, professeur de psychologie à l’Université de Southampton a publié dans la revue The Lancet les résultats d’une étude menée auprès d’environ 260 enfants¸âgés de 3 ans ou de 8-9 ans., qui a permis de conclure que les colorants artificiels augmentent l’hyperactivité.

Quand on lit attentivement cette étude, on s’aperçoit qu’il faut nuancer.

Les chercheurs n’ont ainsi trouvé aucune différence dans les scores d’hyperactivité entre les enfants de trois ans qui avaient consommé un placébo et ceux qui avait bu leur Mix B, un mélange contenant la quantité moyenne de colorants artificiels qu’un petit Britannique de trois ans consomme quotidiennement (et que, pour l’expérience, les enfants ont bu d’un coup).

En revanche, ils ont trouvé des différences significatives dans l’hyperactivité rapportée pour tous les enfants qui avaient consommé le Mix A, un autre mélange, et pour le Mix B chez les 8-9 ans.

Bien d’autres études seraient nécessaires pour valider les résultats de celle-ci.

Mais médiatisée à outrance, la conclusion plutôt radicale de cette étude a rendue l’opinion publique extrêmement méfiante en Grande-Bretagne. En réaction, le gouvernement a décidé de demander aux industriels de bannir ces colorants sur une base volontaire, ce que la plupart ont fait pour ne pas perdre leurs clients.

L’Union Européenne, elle, a exigé des fabricants qu’ils inscrivent une mise en garde sur leurs produits… ce qui a eu à peu près le même effet.

Au Canada, rien. Seule la mention «colorant» est obligatoire.

Faut-il le dénoncer vigoureusement comme le fait Protégez-vous?

Je ne suis pas sûre.

Dans l’état actuel des connaissances, je ne vois guère l’intérêt de remplacer les colorants artificiels par des colorants naturels dont rien ne prouve qu’ils soient meilleurs pour la santé.

Je serais d’ailleurs curieuse de savoir si le bannissement des colorants artificiels en Angleterre a eu un effet sur le taux d’hyperactivité rapportée dans ce pays.

Entendons nous. Je ne suis absolument pas une fan de ces produits, préférant de loin ma popote maison aux produits industriels en tout genre.

Le vrai danger avec tous ces colorants, c’est qu’ils servent essentiellement à vendre des produits trop gras, trop salés ou trop sucrés.

Que le Fanta soit coloré au rouge allura et au jaune soleil FCF aux États-Unis ou à la carotte et à la citrouille en Europe, comme nous l’explique Protégez-vous, importe peu.

Le problème, c’est le taux astronomique de sucre qu’il contient.

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Recentrage intéressant!
Il arrive que l’on fasse les bonnes choses pour les mauvaises raisons (ou, à tout le moins, de moins bonnes raisons). On peut se dire que ce n’est pas grave, que l’objectif est atteint. Mais on y perd tout de même quelque chose. Notre capacité de discernement. Ce qui pourrait éventuellement nous jouer de biens vilains tours.
Salutations.

Je comprends votre scepticisme, mais dites-moi les colorants chimiques sont-ils utiles, favorables à la machinerie cellulaire ? Sont-ils indispensables à l’amélioration de la santé ? Participent-ils à un meilleur rendement des vois métaboliques. En présente de ces charmantes molécules(pet, phtalates, bisphènol,pcb, pesticides) se joignent-ils à ces « gentilles molécules » pour les rendrent encore plus agressives ou atténuer leur nocivité ?
J’attends bien volontiers une réponse ou plus précisément une démarche sientifique pour en être sûr.

Vous dites que la prémisse suivante est fort discutable: «Les substances artificielles sont généralement plus mauvaises pour la santé que les substances naturelles». Telle qu’énoncée, elle est effectivement fort discutable.

Le problème survient plutôt quand des substances artificielles ou naturelles qui n’ont jamais été présentes dans l’alimentation humaine sont testées très partiellement et sur un petit nombre d’années seulement avant d’être introduites dans nos supermarchés.

On peut penser, bien souvant avec raison mais pas toujours, que les produits de synthèse sont des substances qui n’ont pas été présentes dans l’alimentation humaine au cours des siècles précédents, et qui n’ont donc pas subi un test rigoureux d’utilisation prolongée.

Et les gens se méfient de certains tests approuvés par Santé Canada et d’autres organismes officiels, et avec raison quand on voit les congédiements qui ont suivi les mises en garde de certains employés scientifiques à Santé Canada.

Pour moi, il y a des nuances à faire mais un principe de précaution plus sévère devrait s’appliquer lors de l’introduction de nouveaux composants alimentaires.

Étant grand amateur des saveurs et couleurs originales, j’opine que les colorants artificiels, chimiques ou naturels, me sont inutiles et plutôt dérangeants, puisque dissimulant la réalité.

De plus, j’opine aussi que toute matière modifiée par quelque moyen humain que ce soit n’est plus naturelle. La compote de pommes n’est pas un produit que l’on trouve telle quel dans la Nature, alors que la pomme me semble un produit typiquement naturel.

Moi aussi, donc, j’apprécierais beaucoup que l’on cesse de cacher les défauts importants derrière des qualités très accessoires. Je n’ai nul besoin de ces colorants, tant chimiques que naturels et encore moins de la façon dont ils sont généralement utilisés.

Le problème est aussi un certain ‘néovitalisme’ derrière des controverses comme celle-ci…

On présente l’ ‘artificiel’ comme TOUJOURS dommage, comme si il y avait des qualités ‘magiques’ au naturel.

Juste un petit commentaire, mon fils est ADHD, avec des notes scolaires de D et moin. J’ai coupé tout aliment avec du colorant, sirop de mais (corn syrup) et tout truc artificiel, depuis je n’ai aucun besoin de médicament, et ses notes sont A et B. Aucun besoin de longue recherche, juste a regarder les résultats visuels en moin de 15 jours!!!

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