Comment gérer son anxiété en attendant un examen diagnostique ?

Le délestage dans les hôpitaux augmente les délais pour obtenir un examen diagnostique, créant du stress notamment chez ceux qui craignent d’avoir un cancer. Voici des conseils pour garder le moral pendant cette période d’attente. 

Photo : ArtMarie / Getty Images

Une bosse dans le sein, une masse qu’on palpe dans son ventre, un grain de beauté déformé… Est-ce un cancer ? Bien des symptômes peuvent faire penser à cette maladie, mais il y a aussi de nombreuses autres explications que l’on n’envisage pas, parce qu’elles sont le signe de troubles bénins dont on entend moins parler et qui font moins peur.

Seuls les examens diagnostiques et l’investigation d’un médecin permettront d’avoir l’heure juste. Mais le délestage dans les hôpitaux dû à la pandémie allonge les délais. Quoi faire entre-temps pour mieux affronter cette période de stress intense ? Voici des conseils rédigés avec l’aide de Josée Savard, professeure-chercheuse en psycho-oncologie à l’Université Laval.

Je trouve ça vraiment difficile d’attendre. C’est normal ?

Oui ! L’anxiété d’anticipation est souvent bien plus pénible que les moments d’angoisse qui suivent l’annonce d’un diagnostic de cancer, à laquelle la plupart des gens s’adaptent.

Où puis-je me renseigner sur le Web ?

Voici les deux pires choses à faire pour nourrir son anxiété : taper la liste de ses symptômes dans un moteur de recherche, et poser des questions ou consulter des échanges dans un groupe de discussion. « Parmi tout ce qu’on va lire, il y aura des faussetés et des descriptions horribles de cas extrêmes, ce qui est très anxiogène. Rien n’indique que c’est ce qui vous attend », rappelle Josée Savard. Mieux vaut visiter, par exemple, le site de la Société canadienne du cancer, qui donne des informations validées sur les différents types de cancers, sur les examens diagnostiques et sur certaines tumeurs qui ne sont pas malignes. Une fois qu’on a lu sur ce sujet, il est préférable d’arrêter ses recherches.

J’ai de plus en plus de douleur et on dirait que ma bosse grossit. C’est signe que le mal progresse ?

Pas forcément. La recherche montre que quand on se concentre sur des symptômes somatiques, comme de la douleur à un endroit, les sensations augmentent. Si on demande à une personne qui est en pleine forme de décrire ce qu’elle ressent dans son corps, elle va peut-être dire qu’elle a un peu mal au ventre ou que son cœur ne bat pas à un rythme parfait. Si elle y porte attention, ces sensations vont augmenter en intensité. Il faut trouver le bon équilibre entre négligence et diligence : si vous avez une bosse dans le sein, par exemple, la palper tous les jours va juste accroître votre stress. Une fois par semaine, c’est une surveillance suffisante.

J’ai parfois l’impression que si j’y pense trop, le cancer va progresser encore plus vite. Ça se peut ?

C’est vrai qu’il y a des liens entre les émotions et la manière dont le corps réagit, mais les cogitations ne donnent pas et ne guérissent pas les cancers. Il faut se méfier de la pensée magique ! En clinique, on voit souvent des gens persuadés d’avoir un cancer ou que leur cancer est en train de revenir, parce que cette idée les obsède. Parfois, en consultation, on peut les aider en leur faisant faire l’expérience d’une pensée catastrophiste : on leur demande, par exemple, d’imaginer très fort qu’ils vont avoir un accident de la route. Puis on les revoit quelques jours plus tard… et ça ne s’est pas produit ! À l’inverse, certaines personnes croient qu’on peut aider à guérir le corps par la pensée positive, mais on a démontré que cela n’avait aucune incidence. 

J’ai beau essayer de me raisonner, je pense toujours au cancer. Comment faire ?

Tenter de contrôler ses pensées est une stratégie d’évitement, et on sait que cela ne fonctionne pas. C’est ce qu’on appelle l’effet chameau : quand, dans des expériences, on demande à des gens de songer à n’importe quoi sauf à un chameau pendant 30 secondes, ils vont à tous les coups… penser au chameau ! Plus on tente de chasser une idée, plus elle revient. Par contre, on peut essayer de réfléchir à tous les scénarios qui pourraient expliquer les symptômes que l’on ressent et les conséquences qu’on appréhende, en s’efforçant d’adopter une attitude que Josée Savard qualifie d’optimiste réaliste : est-ce que ça peut être un cancer (peut-être), est-ce que ça peut être quelque chose de bénin ou qui sera vite réglé (oui), est-ce que je vais mourir si c’est un cancer (pas forcément), est-ce que mes enfants vont s’en sortir s’ils deviennent orphelins (probablement), etc.

C’est quand même difficile de lutter contre la peur de mourir ! 

Au Canada, une personne sur quatre va mourir d’un cancer, et l’incidence des cancers tend à augmenter, à cause du vieillissement de la population : 96 % des décès attribuables au cancer se produisent chez des gens de plus de 50 ans. Mais il faut réaliser que cette maladie se traite de mieux en mieux : un diagnostic n’équivaut pas à une condamnation ! Le taux de mortalité à cinq ans et le pourcentage de récidive diminuent d’année en année pour la majorité des cancers. Par exemple, environ 65 % des personnes atteintes d’un cancer colorectal survivront au moins cinq ans à la suite du diagnostic. Un pourcentage qui monte à 92 % si le cancer est pris au stade 1.

Oui mais avec le délestage, mon risque va augmenter !

Si vous avez vraiment un cancer, c’est possible. Il faut toutefois réaliser qu’il y a une priorisation très détaillée des diagnostics et traitements en fonction de la dangerosité des cancers : les cas les plus urgents sont pris en charge rapidement, ceux qui ont le plus de chances d’être moins graves ou d’évoluer lentement sont retardés. Les priorités sont inscrites dans les directives en oncologie édictées par le ministère de la Santé et des Services sociaux, avec l’aide des oncologues. 

Puis-je vraiment avoir confiance dans cette priorisation ?

Elle est faite avec sérieux, mais le système de santé n’est pas à l’abri des erreurs. Vous devez vérifier régulièrement si votre nom est bien toujours sur la liste d’attente, en trouvant un juste milieu entre le harcèlement et la négligence. Josée Savard croit qu’en appelant toutes les deux ou trois semaines, on prend part à son suivi, sans déranger.

Devrais-je apprendre le yoga ou la méditation pour mieux vivre cette attente ?

Il faut surtout exercer des activités qui vous font habituellement du bien, même si le choix est limité en raison des restrictions liées à la pandémie. Si vous n’avez jamais médité, essayer de vous y mettre à ce moment-là est aussi considéré comme une stratégie d’évitement qui risque de conduire à l’échec, à cause de l’effet chameau. Mais si vous êtes déjà amateur de méditation, alors c’est un bon choix ! Vous pouvez aussi tenter de vous souvenir de ce qui vous a fait du bien si vous avez traversé une autre période difficile dans votre vie.

Dans une série que je regarde, une personne a le cancer. Est-ce que je ferais mieux de changer de poste ? 

Non, les stratégies d’évitement ne vont qu’alimenter votre anxiété. 

Qui peut m’aider ?

Si vous êtes très inquiet, vous pouvez essayer de parler à votre médecin ou à un psychologue. Vous pouvez également recourir, par téléphone, courriel ou clavardage, à la Ligne d’aide et d’information sur le cancer de la Société canadienne du cancer, dont les spécialistes en information pourront vous renseigner sur les diagnostics, les tumeurs, cancéreuses ou non, et les ressources disponibles dans votre région. « Nous recevons environ 300 appels par semaine en français de tout le Canada, et nous sommes capables de répondre à la grande majorité des demandes », précise Véronique St-Laurent, gestionnaire principale de la Ligne d’aide. La Fondation québécoise du cancer a aussi une ligne Info-cancer

Que peut faire mon entourage ?
Dans cette période d’attente, vos proches seront plus ou moins inquiets que vous, ou pas du tout s’ils ne sont pas au courant. Exprimer vos préoccupations peut vous faire du bien. « La meilleure chose que chacun d’entre nous puisse faire pour les patients en attente d’un diagnostic ou en traitement contre le cancer, c’est de minimiser les risques d’attraper la COVID pour réduire le fardeau sur le système de santé et préserver sa capacité à dépister et traiter les cancers », rappelle Josée Savard.
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J’ai travaillé longtemps dans une autre province et je suis revenu au Québec il y a quelques années. Dans l’autre province, j’étais suivi par l’agence du cancer car j’étais à risque élevé. Arrivé ici, j’ai avisé les autorités médicales de mon état et je fais maintenant partie des 600 000 Québécois qui n’ont toujours pas de médecin de famille, donc pas de suivi médical pour les risques de cancer que je cours.

De toute évidence, la province ne veut pas investir dans la prévention mais seulement dans le traitement comme le dit l’article quand on donne la priorité aux cas les plus graves. Le mien était contrôlé ailleurs, maintenant je ne sais pas ce qu’il en advient, ne pouvant faire de suivi. Ici, on préfère gaspiller les fonds publics avec des cas lourds au lieu de prévenir ces cas avec un suivi préventif. On appelle ça de la médecine de brousse et peut-être que Québec devrait faire appel à Médecins sans frontières.

Monsieur NPierre, votre situation me conforte dans ma décision de garder mon médecin régional au lieu de le laisser tomber et tenter de m’en trouver un en ville. Ma conjointe demeure dans le Bas St-Laurent et moi à Québec. Mon médecin actuel est dans le B.St-L. J’en conclue donc qu’il m’est plus aisé de me taper 350 kM à chaque visite (aller-retour) que de risquer de ne pas m’en trouver un en ville.
Vous pourriez peut-être envisager cette solution pour vous même si possible.
Bonne chance.

« diagnostique » est la conjugaison à la troisième personne du singulier du verbe « diagnostiquer » au présent (le médecin diagnostique). Le nom commun issu du verbe « diagnostiquer » est « diagnostiC » ((le médecin émet un diagnostic).

Bonjour Pascal, l’emploi du mot diagnostique dans le titre, apposé à «examen», est correct. Il s’agit ici d’un adjectif. «On écrit diagnostic lorsqu’il s’agit d’un nom, mais on écrit diagnostique quand il s’agit d’un adjectif. Une analyse diagnostique. Un signe diagnostique. Qu’il soit masculin ou féminin, l’adjectif s’écrit diagnostique.» Source: http://www.cce.umontreal.ca/capsules/2567.htm

Bonjour Anne-Marie, vous avez en effet raison et mon message impétueux est parti avant que je ne lise l’article en entier et me rende compte que le nom commun « diagnostic » était correctement orthographié par ailleurs. On a si souvent l’occasion de voir « diagnostique » au lieu de « diagnostic » ou « fabriquant » pour « fabricant » !
Il faut avouer cependant que l’expression « examen diagnostique » est étrange alors que « diagnostic » suffit. Je trouverais quant à moi le nom composé « examen-diagnostic » plus logique.