Comment la Chine tente de réécrire l’histoire sur l’origine de la COVID-19

Le gouvernement chinois a fortement freiné toute tentative d’enquêter sur l’origine de la COVID-19 – tant à l’interne que par des experts étrangers. Et cela n’est pas près de changer.

Un militant pro-démocratie à Hong Kong tient une photo de Zhang Zhan, une journaliste citoyenne condamnée à quatre ans de prison en Chine pour ses reportages sur l'épidémie de COVID-19 à Wuhan. (Photo : Miguel Candela/EPA)

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a envoyé une équipe en Chine la semaine dernière pour enquêter sur l’origine du SRAS-CoV-2 — virus qui a fait à ce jour près de 2 millions de victimes sur la planète. Mais il ne faut pas s’attendre à de grandes conclusions de cette visite, soutient l’expert en santé Dale Fisher, président du Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie, affilié à l’OMS.

Un peu plus d’un an après l’apparition du nouveau coronavirus dans la ville de Wuhan, en Chine, le monde entier se pose encore beaucoup de questions sur sa provenance.

Le gouvernement chinois a fortement freiné toute tentative d’enquêter sur l’origine de la COVID-19 — tant à l’interne que par des experts étrangers —, tout en faisant circuler d’autres hypothèses selon lesquelles la pandémie aurait pris naissance ailleurs qu’en Chine.

Pour les hauts dirigeants chinois, filtrer l’information sur l’origine de la pandémie est nécessaire pour conserver l’emprise du gouvernement sur la population et redorer la réputation de la Chine à l’échelle internationale.

Les enjeux sont importants pour la Chine, car le gouvernement attribue sa maîtrise de la pandémie au pouvoir centralisé du Parti communiste, ce qui renforce ainsi sa légitimité.

Cette situation contraste avec les efforts désastreux déployés pour endiguer la propagation de la maladie aux États-Unis, sous l’administration du président Trump. Le Global Times, journal d’État chinois, a décrit les États-Unis comme l’« enfer sur terre » en parlant des répercussions de la COVID.

Compte tenu de ces tensions, Yanzhong Huang, chercheur principal au Conseil des relations étrangères, un groupe de réflexion américain non partisan, est d’avis que l’équipe d’enquête de l’OMS devra user de stratégie politique et tirer des conclusions acceptables pour toutes les parties.

Faire disparaître les dissidents

Le Parti communiste chinois a filtré l’information en arrêtant de nombreux journalistes citoyens qui ont sonné l’alarme à propos du virus dès son apparition. Ces derniers ont exposé les tentatives du gouvernement d’étouffer l’histoire et ont critiqué sa manière radicale de combattre l’épidémie.

À la fin de décembre 2020, une journaliste citoyenne, Zhang Zhan, a été condamnée à quatre ans de prison pour « provocation aux troubles ».

Cette ancienne avocate s’était rendue à Wuhan en février pour interviewer les habitants sur leurs habitudes de confinement. Elle a partagé des vidéos, y racontant ce qu’elle observait, entre autres que les gens craignaient davantage les agissements du gouvernement que le virus lui-même.

Dans une entrevue donnée avant sa détention, elle a révélé : « Peut-être que j’ai une âme rebelle… Je ne fais que documenter la vérité. Pourquoi ne puis-je pas montrer la vérité ? »

Zhang Zhan n’est qu’une des nombreuses voix dissidentes que le gouvernement a tenté de faire taire.

Un professeur de droit chinois, Xu Zhangrun, a été détenu par la police pendant une semaine après avoir signé des articles critiquant le président chinois Xi Jinping, puis licencié par son université. Il reste sous surveillance et s’est vu interdire de quitter Pékin, mais il continue d’écrire.

D’autres ont tout simplement disparu. L’avocat et journaliste citoyen Chen Qiushi s’est évaporé après avoir fait un reportage à Wuhan en février et n’est réapparu qu’à la fin de septembre. Il demeure sous la « surveillance stricte » des autorités.

Enfin, on est toujours sans nouvelles de l’homme d’affaires de Wuhan Fang Bin, qui a été arrêté au début de février après avoir diffusé des vidéos tournées dans des hôpitaux et montrant des patients infectés par la COVID.

Utiliser le système de sécurité et les tribunaux pour viser la société civile

Sous la direction de Xi Jinping, le matraquage officiel de l’idéologie du Parti communiste chinois a trouvé une nouvelle vigueur et s’érige contre toute forme de critique.

Dans un discours prononcé en 2013, Xi soulignait l’importance de la propagande et de la « direction idéologique » pour le pays. La pandémie aura permis à l’État chinois d’étendre sa mainmise doctrinale sur les tribunaux, éliminant ainsi toute leur prétention à l’autonomie.

Cette manipulation de l’appareil juridique se manifeste par la poursuite de journalistes citoyens comme Zhang Zhan et de toute autre personne qui remet en question ou critique la ligne officielle du Parti.

Les universitaires marxistes et les propagandistes du Parti affirment qu’il n’y a pas de contradiction entre l’idéologie de ce dernier et « l’État de droit ».

En Chine, disent-ils, il n’est pas nécessaire d’avoir une séparation juridique des pouvoirs pour garantir la justice, car le Parti est l’expression ultime de la volonté du peuple en matière d’ordre public. En substance, pour eux, le Parti communiste « est » l’État de droit, avec des caractéristiques chinoises.

Le Parti a longtemps utilisé les forces de l’ordre et les tribunaux de cette manière afin de « tuer le poulet pour effrayer les singes » (une maxime chinoise signifiant « punir un individu pour donner un exemple aux autres »).

Dans le passé, les cibles étaient généralement des dissidents politiques importants, tels que Liu Xiaobo et Wei Jingsheng, et des avocats spécialistes des droits de la personne.

Ce qui est nouveau et inquiétant, c’est le recours à cette tactique pour éradiquer toute dissidence et toute menace perçues dans la société civile à l’encontre du pouvoir du Parti. Parmi les personnes visées ces dernières années figurent l’écrivain sino-australien Yang Hengjun, le magnat des médias de Hong Kong Jimmy Lai et la journaliste sino-australienne Cheng Lei, ainsi que de nombreux étrangers.

Jimmy Lai est accusé de collusion étrangère
Jimmy Lai (au centre) est accusé de collusion en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale de Hong Kong. (Photo : Kin Cheung/AP)

Le silence imposé ne signifie pas la croyance du public

Ce contexte politique national pourrait rendre la tâche des chercheurs de l’OMS plus difficile. Il est peu probable qu’ils soient autorisés à étudier pleinement toutes les hypothèses quant à l’origine du coronavirus, comme celle voulant qu’une fuite à l’Institut de virologie de Wuhan soit en cause.

Bien que la virologiste chinoise Shi Zhengli, dite « la femme chauve-souris », ait déclaré qu’elle serait heureuse que l’équipe de l’OMS aille au laboratoire, des documents gouvernementaux ayant fait l’objet d’une fuite racontent une autre histoire.

Selon ces documents publiés par l’Associated Press, le gouvernement surveille les résultats des scientifiques et exige que toute recherche soit approuvée par un groupe de travail sous l’autorité directe du président Xi Jinping avant d’être publiée.

Le cas de Zhang Zhan révèle comment les contestations des récits officiels sont désormais traitées en Chine. Il montre également que les citoyens chinois ne se rangent pas toujours du côté des versions officielles et qu’ils n’avalent pas l’idéologie des propagandistes sans la critiquer. Le silence imposé ne veut pas dire que les gens croient à la ligne officielle du Parti.

Les citoyens chinois — et le monde entier — méritent de connaître la vérité sur l’origine de la COVID-19, et non de faire les frais d’une propagande politiquement utile.La Conversation

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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Comment la Chine tente de réécrire l’histoire sur l’origine de la COVID-19
Ceci fait bien plus peur que la Cofid, en effet :o(

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La vérité finit tjrs par apparaître et triompher, malgré les tentatives de contrôler et de cacher.
Peut-on faire confiance aux menteurs? Aux voleurs de technologie? Aux prédateurs du pouvoir à tout prix au détriment des droits humains? Il est temps que l’occident se méfie de ces élites hypocrites, ennemis de la démocratie, qui, sous leurs sourires amicaux, ne veulent qu’étendre leur domination communiste au monde entier.

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On devrait mentionner que des traces de COVID ont été trouvées en Europe et aux Etats-Unis datant d’avant le mois de décembre 2019.
On peut donc se questionner sur I’origine de la COVID sans accuser la Chine de désinformation. Espérons que l’enquête de l’OMS nous fournira des réponses.

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Bien sur encore un article a charge contre la Chine qui fait peur !! j’aurai aimé plutôt voir la réaction des occidentaux bien sur eux auraient vus tout de suite que cette chose inconnue c’est le covid 19 c’est dangereux il faut confiner….. etc….Interrogez vous sur une apparition que vous ne connaissait pas,que vous ne savez pas gérer et arrêter accuser les autres les jaunes de mensonges car vous vous mentez a vous mèmes comment aurez-vous réagis ????

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