Comment le cerveau génère-t-il des idées créatives ?

Il existe des façons d’améliorer sa créativité. Deux spécialistes de la psychologie cognitive expliquent comment s’y prendre. 

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Pier-Luc de Chantal est professeur de psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et Claudelle Houde Labrecque y est doctorante.

Vous êtes-vous déjà réveillé un matin avec une solution miracle à l’un de vos problèmes, ou même avec une idée audacieuse pour réinventer le pain aux bananes ? Les idées créatives ont des origines variées, mais environ une personne sur deux croit qu’elles sont le fruit d’une inspiration soudaine.

Ce mythe laisse penser que les idées créatives naissent d’elles-mêmes, sans qu’il soit possible de les maîtriser ; comme si le cerveau travaillait de manière inconsciente.

Qu’en est-il vraiment ?

En fait, la créativité serait le reflet d’une collaboration entre le travail conscient et le travail inconscient du cerveau.

Chercheur et chercheuse en psychologie, nous tenterons de résumer plusieurs années de recherche en psychologie cognitive et en neurosciences pour décrypter comment le cerveau produit des idées créatives.

Qu’est-ce qu’une idée créative ?

Une idée créative doit être à la fois originale et utile. La farine peut servir de savon à plancher — une idée originale, mais très peu pratique. En revanche, la farine peut également être transformée en balle antistress : il suffit de la mélanger avec de l’eau, puis de la glisser dans un ballon d’anniversaire dégonflé. C’est une idée originale, et plutôt utile si vous n’avez pas de balle antistress à la maison. Y aviez-vous pensé ?

La créativité d’une idée s’évalue à la lumière de sa qualité, mais également selon le processus employé pour la produire et les connaissances de la personne qui la réalise. Autrement dit, la même idée peut être créative pour une personne et banale pour une autre. Les idées créatives auxquelles vous pensez tous les jours ne resteront sûrement pas dans les annales de l’histoire. Il ne faut pas vous attendre à ce que votre nouvelle recette de pain aux bananes soit exposée à côté des idées révolutionnaires de Léonard de Vinci.

Pourtant, il s’avère que les processus à l’origine de ces idées ne sont pas si différents, puisqu’ils sont soumis à des règles semblables.

Voyons certaines de ces règles.

Le cerveau produit rarement des idées créatives en premier

Les idées sont en compétition les unes avec les autres, et les idées peu originales sont souvent les premières produites. Si l’on vous demande de trouver des façons originales d’utiliser de la farine et du lait, votre cerveau générera spontanément une idée de recette en premier. Les idées originales surviennent souvent par la suite.

Pourquoi est-ce ainsi ?

Tout d’abord, le cerveau travaille de manière inconsciente. Il organise les connaissances de façon à activer les souvenirs et les connaissances qui sont fortement liés les uns aux autres. Par conséquent, le cerveau a rapidement accès à des idées peu originales, puisqu’elles sont facilement disponibles.

Si vous ouvrez votre garde-robe, vous verrez que les vêtements les plus proches sont probablement ceux que vous portez le plus souvent. Vous devrez aller plus loin dans votre armoire pour changer de vos vêtements habituels. Par analogie, vos vêtements sont à votre garde-robe ce que vos souvenirs et vos connaissances sont à votre mémoire.

Or, contrairement au choix d’un vêtement, l’activation des connaissances se ferait en partie indépendamment de la volonté de la personne, de manière automatique et relativement inconsciente. Cette activation met du temps — il faut donc persévérer pour trouver des idées créatives.

Le cerveau travaille également de façon consciente. On doit parfois faire un effort mental et utiliser des stratégies divergentes pour trouver des idées créatives. Par exemple, si l’on vous demande d’imaginer plusieurs recettes à base de crème, vous penserez peut-être, au bout d’un moment, à transformer la crème en beurre plutôt que de l’utiliser dans son état naturel. C’est une nouvelle stratégie !

L’effort mental permet également d’éliminer les idées peu originales et répétitives qui viennent naturellement à l’esprit. C’est ce que l’on appelle la gestion des interférences. En fait, quelques études de neuro-imagerie ont montré que l’effort mental dans la créativité est associé aux parties du cerveau responsables des fonctions qui permettent de planifier, d’organiser et de réguler les comportements et les pensées.

Le cerveau a besoin de faire des pauses

La créativité implique un travail du cerveau à la fois conscient et inconscient. Les pauses facilitent les deux, soit en permettant au cerveau de récupérer, soit en laissant l’activation des souvenirs et des connaissances se dérouler naturellement.

Plusieurs études ont montré que la distraction peut favoriser le processus créatif. Lorsque nous cessons de penser consciemment à un problème et que nous nous distrayons, le cerveau continue à tisser des liens entre les idées et n’est pas affecté par nos pensées conscientes. Quand nous revenons au problème, l’accès à des idées éloignées est facilité.

Par exemple, si vous souhaitez élaborer de nouvelles recettes à partir de vos restes, ces idées seront peut-être plus créatives au terme d’une pause de quelques minutes après avoir dressé la liste des ingrédients.

Le cerveau se fixe sur les exemples

Les exemples sont risqués, puisque votre attention risque de s’y fixer ! Environ 8 personnes sur 10 pensent que le remue-méninges est utile à la créativité. Au contraire, éviter la fixation sur les idées des autres, surtout si elles ne sont pas très originales, exige du cerveau un travail conscient et maîtrisé important. Il est préférable de commencer à réfléchir par soi-même, puis de combiner ses idées avec celles des autres ensuite !

Si vous désirez créer une recette de pain aux bananes et que, par un malheureux hasard, vous découvrez celle de votre grand-mère, vous aurez peut-être du mal à en imaginer une qui s’en éloigne.

Le cerveau créatif fonctionne selon des règles, et lorsque nous connaissons ces règles, nous pouvons les utiliser à notre avantage. Cependant, il faut aussi reconnaître que la créativité consiste souvent à enfreindre les règles.

Il n’y a pas 100 manières de faire du pain aux bananes… ou peut-être que oui ?

Cet article est republié à partir de La Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

La Conversation

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