Commotions cérébrales : les femmes plus vulnérables

Le sport, c’est la santé. Mais les jeunes filles sont plus vulnérables aux commotions cérébrales que les garçons. Il faut en tenir compte pour éviter des blessures et de lourdes séquelles.

skynesher / Getty Images

On entend parfois que s’il y a plus de commotions cérébrales chez les filles, c’est parce qu’elles font davantage part de leurs symptômes que les garçons. Rien n’est plus faux. « Nous avons trouvé que 80 % des athlètes féminins et masculins ne déclarent pas leurs symptômes », dit Dave Ellemberg, professeur à l’Université de Montréal et neuropsychologue spécialisé dans les commotions cérébrales.

Une étude américaine révèle d’ailleurs qu’après la puberté, les adolescentes sont près de deux fois plus susceptibles de faire une commotion cérébrale, tous sports confondus, que les garçons. « Ça fait 20 ans que les recherches montrent un risque accru de commotion cérébrale chez les femmes, et pourtant, le protocole de prévention et de traitement est encore uniquement basé sur des sportifs masculins », précise Dave Ellemberg.

Cette situation expliquerait peut-être la mort de la boxeuse mexicaine Jeanette Zacarias Zapata, 18 ans, à la suite d’un violent K.-O. au début du mois de septembre. L’une des hypothèses, la plus plausible selon le professeur Ellemberg, veut qu’elle ait été victime du syndrome du second impact. L’athlète avait en effet subi une commotion cérébrale au mois de mai, laquelle n’aurait pas complètement guéri. Son deuxième K.-O. a alors probablement causé une enflure, puis un saignement cérébral qui lui a coûté la vie.

« Nous savons que la récupération est plus longue pour les sportives que pour les sportifs, poursuit le chercheur. Les conséquences, comme un déficit des fonctions cognitives exécutives (par exemple, la planification), demeurent présentes plus longtemps. »

Une étude américaine de 2013 montre notamment que huit jours après une commotion, les joueuses de soccer ressentent davantage de symptômes et font moins bien aux tests de mémoire que leurs collègues masculins. « Nous avons observé la même chose après six mois », souligne Dave Ellemberg.

« On ne connaît pas encore tous les facteurs impliqués, mais on sait que des différences biologiques et biomécaniques seraient en cause autant pour expliquer le risque plus élevé de commotions que les conséquences », ajoute l’expert.

Plusieurs facteurs de risque

Au moins trois facteurs de risque désavantagent les filles lorsqu’il est question de commotions cérébrales. La physiologie y est pour quelque chose, une chercheuse anglaise ayant observé que le cou des femmes est 47 % plus faible que celui des hommes.

« Les femmes absorbent moins bien les coups à cause de leurs fibres musculaires du haut du corps, explique Dave Ellemberg. Malheureusement, on ne prépare pas bien les sportives. Il faudrait privilégier un entraînement particulier pour les épaules et le cou, et leur apprendre comment encaisser les coups. » Le chercheur croit également que les jeunes filles ne devraient pas faire tout de suite des « têtes » au soccer et qu’il serait pertinent de repenser la structure du ballon pour qu’il ait un impact moins important.

De récents travaux révèlent aussi que le squelette des neurones serait plus petit, et donc plus fragile, chez les femmes. Notamment, la structure des axones, les fibres nerveuses qui transmettent les signaux électriques entre les cellules, est beaucoup plus mince, soutient une étude américaine. Un coup à la tête ferait ainsi plus de dommages chez les athlètes féminines : enflure, perte de fonctions et éventuellement déchirure irréversible de certains axones, avec toutes les conséquences qui s’ensuivent, comme un déficit cognitif.

De plus, « les fluctuations hormonales rendent les femmes plus vulnérables aux commotions cérébrales », note Dave Ellemberg. Une étude américaine donne à penser que les coups à la tête seraient plus dangereux quand ils ont lieu dans la seconde moitié du cycle menstruel, soit après l’ovulation, alors que le niveau de progestérone est plus élevé.

Sensibiliser la population

« Il y a encore du travail à faire pour bien comprendre les commotions cérébrales chez les filles et sensibiliser les gens, dont les entraîneurs et les athlètes, sur les différences biologiques », soutient Dave Ellemberg.

Le hic, c’est que les symptômes — maux de tête, étourdissements, nausées, sensibilité à la lumière et aux sons — peuvent ne survenir que plusieurs heures, voire jusqu’à deux jours après l’impact. « Donc, si on a un doute de commotion cérébrale, on ne prend aucun risque et on attend avant de revenir au jeu, même si on se sent bien », conseille le neuroscientifique.

Selon ses travaux, un sportif sur quatre se remettrait à jouer trop tôt après une commotion. « Le cerveau n’est pas fait pour recevoir des coups. Chaque commotion laisse des séquelles. Il ne faut pas prendre cela à la légère. »

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.