Congrès de l’AAAS : honte au Canada !

L’image du Canada a pris toute une claque au congrès de l’American Association for the Advancement of Science (AAAS) vendredi à Vancouver, alors que scientifiques et journalistes venus d’un peu partout dans le monde ont pu suivre un atelier consacré au muselage des scientifiques par le gouvernement Harper. Belle publicité !

Depuis que le Parti conservateur est au pouvoir à Ottawa, le gouvernement a revu ses politiques de communication de façon à ce qu’il soit très difficile, voire impossible, pour un journaliste d’obtenir une entrevue avec un chercheur à l’emploi du gouvernement fédéral.

Ce baillon imposé aux scientifiques prend des proportions sans précédent, comme l’ont rappelé les signataires d’une lettre ouverte au Premier Ministre Stephen Harper publiée vendredi.

Vous pouvez regarder l’intégralité de cette table ronde (en anglais) ici, et en lire des compte-rendus dans la presse francophone et anglophone au Canada, et ailleurs dans le monde.

En empêchant les chercheurs de communiquer au grand public ce qu’ils font, le gouvernement Harper leur enlève toute légitimité.

Rendu là, on se demande s’il ne serait pas plus cohérent de tous les mettre à la porte !

À quoi sert en effet de payer 20 000 scientifiques si le fruit de leur travail doit se limiter à produire des travaux qui ne pourront pas être relayés sur la place publique et seront aussitôt tablettés par le politique s’ils ne correspondent pas à l’idéologie ambiante ?

Et pouvez-vous m’expliquer pourquoi il faut longtemps réfléchir avant d’autoriser un chercheur qui a étudié une inondation datant de 14 000 ans à en parler à une journaliste ?  Où est le danger ? Est-ce parce que ça ne correspond pas aux dates du Déluge? C’est n’importe quoi!

De nombreux universitaires canadiens et étrangers se sont dits très inquiets du contrôle que le gouvernement Harper impose à ses scientifiques. 

Pour Stephen Hwang, professeur à la faculté de médecine de l’université de Toronto, empêcher les scientifiques de parler librement de leur recherche est aussi grave que retirer la liberté de la presse dans une démocratie.

Et ce n’est malheureusement pas tout.

Le congrès de l’AAAS se déroule au Canada pour la première fois cette année depuis 30 ans. Depuis jeudi, c’est une grande fête de  la science où la journaliste scientifique que je suis ne sait plus où donner de la tête tellement il y a à voir et à entendre.

Des conférenciers de réputation mondiale sont dans les salles. Mike Lazaridis, inventeur du BlackBerry  et fondateur du Perimeter Institute. Vinton Cerf, l’un des inventeurs de l’internet, Carl Wieman, Prix Nobel de physique et conseiller scientifique du président Obama, James Hansen, directeur du NASA Goddard Institute for Space Studies, Frans de Waal, un des plus grands spécialistes des primates et de l’évolution sociale…

C’est le gratin de la science américaine et internationale (50 pays sont représentés) qui nous rend visite. Il y a des milliers de chercheurs, plusieurs centaines de journalistes, et les activités publiques comme les Family Science Days attirent une foule impressionnante.

Mais le ministre de la science et de la technologie Gary Goodyear n’a pas mis les pieds sur place. Ni aucun autre membre du gouvernement fédéral !

Le ministre s’est contenté d’un bref communiqué d’une platitude affligeante.

À la réception offerte par le président de l’AAAS, le Gouverneur général, le très Honorable David Johnson, a quant à lui livré un vibrant plaidoyer pour la science. En voici quelques extraits :

Dans notre monde moderne et planétaire, le bien‑être des nations sera fonction de leur degré de développement et d’avancement du savoir. En d’autres termes, le savoir — contrairement à la puissance militaire ou au PNB, par exemple — sera la nouvelle devise et le nouveau passeport assurant le succès.

Le partage de l’information n’a jamais été aussi universel et aussi peu coûteux. Ce partage du savoir, que j’aime bien appeler la diplomatie du savoir, peut aider à orienter les relations entre les pays et améliorer notre bien-être dans un monde planétaire et interconnecté. 

Plus les idées sont partagées et mises à l’épreuve, meilleures elles sont.

Un message à rappeler d’urgence au Premier ministre Harper !

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Mme Borde,

S’ils ne peuvent parler avec des journalistes, leur présence à des conférence de ce genre, en tant que conférencier, était sans doute fort limité.

À l’exception de cet atelier, combien y avait-il de chercheurs à l’emploi du gouvernement canadien qui ont fait des présentations?

Comment est-ce que cela se compare par rapport aux conférences précédentes?

« …empêcher les scientifiques de parler librement de leur recherche est aussi grave que retirer la liberté de la presse dans une démocratie »

Retirer la liberté de presse? N’ayez crainte, c’est déjà en chemin 🙁

Lorsque les Talibans ont démolis les grandes statues de Boudha millénaires au nom de leur idéologie extrémiste je me suis dit que la situation deviendrais terrible dans leur pays. Puis le 11 septembre est arrivé avec Al-Quaida.

Cette nouvelle au sujet des conservateurs m’ébranle plus que les autres.

Ce gouvernement n’est pas qu’une droite économique. J’ai très peur des valeurs conservatrices religieuses, populistes, militaristes, obscurantistes, royale, environnementale etc. C’est un retour à la grande noirceur. C’est le contraire de la liberté.

Je trouve incroyable qu’une idée telle que l’avancement de la science soit en péril ici au canada.

La lumière s’éteint tranquillement et personne ne bouge. Le modèle de gauche a peut-être trop déçu.

@GastonDeGatineau
Ils étaient en effet peu nombreux (moins de 10, à vue de nez). Moins que les années passées ? Honnêtement je ne sais pas, il faudrait regarder les anciens programmes de l’AAAS et les compter…
J’ai cependant assisté à une présentation très intéressante d’un chercheur de la Commission géologique du Canada sur ce que le séisme de Tohoku (celui qui a provoqué le tsunami au Japon en 2011) permet de comprendre du risque de séisme sur la faille Cascadia (qui longe la côte Pacifique du Canada). Des travaux ô combien pertinents, et qu’il serait dramatique d’arrêter…

La vraie question c’est: Mais qui est-ce qui a bien pu élire un tel président (je dirais même pire… ré-élire)?

Si je comprends bien, l’absence du ministre s’explique par le petit nombre de scientifiques qui travail pour son ministère! IL me semble que des scientifiques ne retrouvent pas seulement au ministère d’État aux Sciences et à la Technologie !

Quelqu’un peut me nommer un seul chercheur subventionné par le CIHR qui n’a pu publier ses résultats parce que le parti conservateur a fait de la censure ?

Vous pouvez Mme Borde ? J’en doute…

Les « scientifiques » qui ce sont plaints sont probablement plus des activistes du type Hanson…

@Paul Robert,
Une petite précision s’impose: les scientifiques subventionnés par les Instituts de recherche en santé du Canada (CIHR en anglais) ne sont de universitaires qui ne sont pas à l’emploi du gouvernement. Les subventions sont pour payer les coûts de la recherche, pas pour payer leurs salaires.

@V. Borde
Attention, n’exigez pas la mise à pied des scientifiques du gouvernement, vous pourriez l’obtenir! D’ailleurs, il y a un moment qu’on se questionne sur les laboratoires fédéraux dans ce gouvernement Harper.

Ce gouvernement en est un de religieux d’extrême droite, peu s’en faut! Ils en seront bientôt à restreindre la liberté d’expression, celle de la presse. Que ceux qui ne se sont pas rendus compte à quel point ce gouvernement est obscurantiste et arrièré se réveillent. Ces gens-là sont d’horribles hypocrites qui veulent façonner le pays comme ils l’entendent (c’est déjà fait pour plusieurs domaines). Méfiez-vous! Toutes les dictatures ont commencé ainsi. Ne soyez pas naïf! Le Canada n’est pas à l’abri de ces fous. N’oubliez pas non plus que Harper croit au créationisme, qu’il ne croit pas en la recherche scientifique, qu’il est d’accord avec la censure de toutes sortes et appuie la peine de mort etc. Toutes ces idées ne sont pas seulement rétrogrades, elles sont issues de régimes totalitaires. Et n’allez pas croire que je suis alarmistes et non, les américains ne nous sauveront pas.

Ce gouvernement avec ses créationistes et évangéliques est en train de reculer le Canada sur tout les plans.

Au rythme où les choses se détériorent, nous serons arriérés par le tonnerre dans quelques années et les scientifiques fuiront.

Ce gouvernement est anti-savoir anti-instruction.

On n’a plus de mots pour qualifier les agissements de Stephen Harper et de sa coterie. Les sciences, les arts, la justice, tout passe à la moulinette rétrograde de ces créationistes ennemis de la communication et de la démocratie.
Ils sont majoritaires en sièges et tout est dit!
Les autres politiciens auront-ils un sursaut salvateur qui leur ferait passer par-dessus les partis, au moins pour un court moment, le temps de trouver de nouvelles façons de gouverner? On peut toujours rêver!

Qui sont ces « nombreux universitaires » très inquiets du contrôle de l’information scientifique par le gouvernement? À part ce docteur Hwang qui est cité? Lequel d’ailleurs ne mentionne pas le gouvernement Harper. Les signataires de la « lettre ouverte » ne sont pas des chercheurs, mais des journalistes et des communicateurs assûrément frustrés de n’avoir pas assez de pain à se mettre sous la dent. La question de fond qu’on doit poser est: les communications scientifiques doivent-elles nécessairement passer par les journalistes? En effet, ces derniers choisissent souvent dans les déclarations des chercheurs ce qui fait leur affaire, ce qui conforte l’idéologie qu’ils défendent. Il arrive que des scientifiques préfèrent se taire plutôt que d’être mal cités ou interprétés. Et, où est le baillon? De quel muselage scientifique parle-t-on? À ce que je sache, il ne s’agit que de difficultés pour des journalistes à obtenir des entrevues, difficultés qui ne sont pas nécessairement le fait du gouvernement. Qu’on me cite un seul cas d’un chercheur à qui on interdirait de donner une entrevue à un journaliste? À la lecture des derniers articles de Valérie Borde, on se rend compte que la journaliste a entrepris une croisade contre ce gouvernement au mépris de l’objectivité la plus élémentaire. Sa profession n’en sort pas grandie.

Étonnant qu’on s’étonne encore des agissements de ce gouvernement. Avant de nous en rendre compte, nous serons revenus à l’âge de pierre.

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