Conservateurs mutants et cosmétiques

«Les parabènes utilisés comme conservateurs dans de nombreux cosmétiques peuvent muter et produire des radicaux libres sous l’effet des rayons UV, causant un vieillissement de la peau et potentiellement des cancers.» Voilà ce qu’affirmait récemment The Daily Mail, dans un article pas très rassurant consacré à la toxicité des cosmétiques.

Le quotidien britannique s’est rapidement fait épingler par l’organisation Sense about science, une ONG britannique qui  encourage les scientifiques à réagir aux controverses et inexactitudes scientifiques colportées sur la scène publique (j’en profite pour remercier Alexandre Martin pour m’avoir indiqué ce lien fort intéressant…).

L’organisme publie sur son site la réaction de deux chercheurs universitaires à l’article du Daily Mail. Certes, explique en substance le pharmacologue Gary Moss, les recherches montrent que le méthylparabène, quand il est exposé aux UV et dégradé par des enzymes, peut produire des radicaux libres susceptibles d’endommager l’ADN.

«Mais ces études de laboratoire n’ont pas été réalisées sur des cellules de peau et n’ont donc pas pris en compte la manière dont les parabènes pourraient être absorbés ou détruits par les cellules de la peau. Celles-ci sont exposées à de nombreuses autres sources de radicaux libres contre lesquels elles disposent de mécanismes de réparation. Utiliser le mot «muter» pour désigner ce processus est donc très émotif et parfaitement incorrect», écrit le chercheur.

Rappelons au passage que le mot «mutation», qu’on utilise parfois à tort et à travers désigne en biologie une modification de l’ADN. Il ne s’applique qu’à des organismes vivants… donc pas aux parabènes !

Les parabènes se sont taillés une sombre réputation depuis que certaines études les ont associés à un risque potentiel de cancer ou de troubles de fertilité. Ils restent cependant autorisés partout dans le monde, aucune recherche n’ayant clairement démontré leur toxicité à ce jour. Ces substances pourraient effectivement se lier avec des récepteurs hormonaux dans le corps humain, mais leur potentiel perturbateur serait extrêmement faible.

Les parabènes entrent dans la composition de la plupart des produits d’hygiène et de beauté depuis plusieurs décennies, ainsi que dans de nombreux médicaments et des aliments. Ils sont aussi présents à l’état naturel, par exemple dans les bleuets. Qu’un parabène soit produit par synthèse ou d’origine naturelle ne change évidemment rien à son éventuelle toxicité.

Même s’ils restent autorisés, certaines compagnies ont surfé sur la peur et proposent désormais des produits qui ne contiennent pas ces conservateurs, pour rassurer leurs clients et attirer à elles les plus méfiants. Sachez toutefois qu’un produit cosmétique annoncé «sans parabène» contient à coup sûr d’autres conservateurs, qui n’ont peut-être pas été aussi bien étudiés du point de vue toxicologique…

Voyez sur le site de Sense about science ce qu’il advient d’une crème pour le corps ne contenant vraiment aucun conservateur. Pas très ragoutant…

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Les journalistes sont les moins bien informés au niveau scientifique mais ce sont eux qui ont le droit de parole !
J’en ai entendu des conneries de la part des journalistes pour qui, par exemple, un million et un milliard , c’est pareil !

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