Copenhague : un sommet semé d’embûches

Les 192 pays participant au Sommet de Copenhague entament les dernières négociations en vue d’un accord qui succédera au protocole de Kyoto. Voici les propositions et revendications des poids lourds de cette conférence internationale.

Copenhague : un sommet semé d’embûches
Photo : Anja Niedringhaus/AP

Les 192 pays membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques sont toujours loin d’un consensus en vue d’un accord mondial qui succédera au protocole de Kyoto en 2012. Pendant deux semaines, les 15 000 participants – avec en tête les ministres de l’Environnement, les émissaires spéciaux et les chefs d’État ou de gouvernement – ont travaillé d’arrache-pied pour s’entendre sur quatre grands dossiers : réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), aide aux pays en développement, distribution de cette aide, cadre légal du traité.

À un jour de la fin du Sommet, l’adoption d’un nouveau traité reste hautement improbable, mais la plupart des pays espèrent à tout le moins en venir à une entente dont les détails seraient revus au cours de la prochaine année.

Union européenne : le diligent leader

Troisième plus important émetteur de GES (11 % de toutes les émissions)

– S’engage à réduire de 20% ses émissions sous le niveau de 1990 d’ici 2020, ou de 30% si d’autres émetteurs majeurs se fixent des objectifs élevés.

– Veut que les pays riches réduisent leurs émissions de GES de 80% à 95% par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2050.

– Demande aux pays en développement de ralentir la croissance de leurs émissions.

– Propose un plan d’aide annuel qui pourrait atteindre 160 milliards $ d’ici 2020; entre 35 et 80 milliards seraient alors payés par les pays riches, et le reste, par le privé et les pays en développement.

États-Unis : le géant réticent

Deuxième plus important émetteur de GES (15,5 %)

– Barack Obama vise une réduction de GES d’«environ» 17% d’ici 2020 par rapport au niveau de 2005, tel que stipulé dans un projet de loi adopté par la Chambre des représentants. Mais le projet de loi à l’étude au Sénat, qui vise plutôt une réduction de 20%, n’a pas encore été adopté.

– Demandent à la Chine, à l’Inde, au Brésil et à l’Afrique du Sud de s’engager à ralentir la croissance de leurs émissions.

– Sont hostiles aux sanctions légales en cas de non-respect de l’accord.

– Veulent à tout prix éviter de reproduire l’échec subi par Bill Clinton. L’ex-président avait signé le protocole de Kyoto en 1997, et le Congrès avait ensuite refusé de ratifier l’entente.

Japon : le zélé envers et contre les industriels

Septième plus important émetteur de GES (3,3 %)

– Plus ambitieux que son prédécesseur, le premier ministre Yukio Hatoyama veut réduire de 25% ses émissions sous le niveau de 1990 d’ici 2020, si d’autres pays s’y engagent. Le puissant milieu industriel japonais s’y oppose fortement.

– L’«initiative Hatoyama» prévoit d’accroître l’aide financière et technique aux pays en développement.

– Préfère que chaque pays fixe ses propres objectifs.

Chine : le mastodonte exigeant

Plus important émetteur de GES (20,7 %)

– Refuse de réduire ses émissions de GES de façon absolue, mais s’engage à en ralentir la croissance en diminuant de 40% à 45% d’ici 2020, et par rapport au niveau de 2005, la part de GES qu’elle émet pour chaque unité de PIB qu’elle produit.

– Considère que les pays riches sont responsables du réchauffement climatique et demande qu’ils fassent chuter d’ici 2020 leurs émissions de 40% par rapport au niveau de 1990.

– Demande que les pays riches consacrent 1% de leur PIB à aider les pays plus pauvres à lutter contre le réchauffement climatique, et qu’ils transfèrent leurs technologies «vertes».

Inde : l’éléphant allié du mastodonte

Sixième plus important émetteur de GES (5 %)

– Refuse de réduire ses émissions de GES de façon absolue, mais s’engage à en ralentir la croissance en diminuant de 20 % à 25 % d’ici 2020, et par rapport au niveau de 2005, la part de GES qu’elle émet pour chaque unité de PIB qu’elle produit. Elle pourrait mettre la barre plus haute si un accord «équitable» est conclu à Copenhague.

– Comme la Chine, l’Inde est contre l’imposition d’objectifs contraignants pour les pays en développement.

– Blâme les pays développés pour le réchauffement climatique et réclame une réduction draconienne de leurs émissions de GES.

– Demande une aide financière aux pays développés et un transfert de technologies.

Canada : l’objecteur

Huitième plus important émetteur de GES (1,9 %)

– Puissance secondaire dans la diplomatie du climat, le Canada s’attend à essuyer les critiques des autres pays quant à la dérogation qu’il demande pour son industrie pétrolière et à son scepticisme à l’égard des propositions ambitieuses présentées notamment par l’Europe, l’Inde et la Chine. Son bilan mitigé en matière de réduction des GES en fera aussi une cible de choix.

– S’en tient pour l’heure à son objectif annoncé en 2007 de réduire ses émissions de GES de 20% d’ici 2020 par rapport au niveau de 2006.

– Veut aligner sa cible de réduction des GES sur celle des États-Unis, arguant que les deux pays sont interdépendants sur les plans environnemental, économique et énergétique. Les objectifs annoncés par le président Obama sont très proches de la cible fixée par Ottawa en 2007.

– Attend l’après-Copenhague pour adopter un cadre réglementaire contraignant, mais estime que les objectifs canadiens de réduction des GES doivent être moindres que ceux du Japon ou de l’Europe, en raison de l’industrie pétrolière et de la population croissante du pays.

– Refuse de signer un accord qui n’imposerait pas d’objectifs chiffrés de réduction des GES à la Chine, à l’Inde et au Brésil.

– Considère avec scepticisme le plan annuel d’aide de 100 millions d’euros proposé par l’Union européenne. La note serait de 3 milliards par année pour le Canada.

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