En vacances ? Mettez K.-O. les réseaux sociaux en 42 secondes !

Je suis comme vous. Ou en fait, sans doute pire que vous : un peu trop accroché, comme on dit. Beaucoup trop, préciserait ma blonde. Ben là…

Aux « réseaux sociaux », bien entendu. Mais voilà, j’ai réussi à décrocher. Je suis actuellement en décrochage. Enfin, je ne le suis plus, raison du pourquoi je peux vous en parler, mais je l’étais. Complètement. Voici comment, c’est fort simple et ça ne coûte pas un rond en thérapie.

Mais avant, mise en contexte. Ça prendra plus de 42 secondes à lire, mais les pressés peuvent se rendre aux derniers paragraphes.

Il faut d’abord dire pourquoi. Pourquoi avoir été trop « branché, connecté, plogué, etc. ». La maladie. Duquel on déduit pourquoi décrocher. La thérapie.

Je ne suis pas allergique aux « réseaux sociaux ». Un peu cyberdépendant, le gars, je l’admets. Ça remonte à loin.

Dès 1987 (pas sûr à 100% de l’année). J’avais acheté un  PC Phillips avec disque dur de 40 megs +  bouton « turbo » (je me suis toujours demandé pourquoi ce n’était pas « turbo » par défaut). Depuis ce temps, j’ai été très ordi. D’ordi à accroché, octet vite franchi.

Faut dire que l’informatique m’aidait: affublé par une écriture franchement rebelle et jouant un peu de piano, le clavier d’ordi ne pouvait que devenir un instrument idéal pour vaincre mon handicap.

Bien sûr, adieu l’odeur de l’encre fraiche et le crissement d’une plume sur le papier, et tout cela, comme on dit.

Émotion de mon premier traitement de texte : Word 1.0, me semble. En caractères orange, un des premiers logiciels PC en mode objet: avec cadre, menus déroulants, contrôle souris, etc. Pas Mac, faut dire que les Macs, à l’époque, coûtaient beurrée pour mon budget d’étudiant.

Puis, de fil en CPU, j’ai appris à dompter le turbo tandis que je restais sobre côté grosse mécanique. Je garde tout de même un souvenir ému de ma vieille Honda Civic rouge achetée vraiment pas cher à mon cousin, avec raison, dont j’avais remplacé les essuie-glaces par des bas de sport blancs et qui s’est éteinte (black-out / moteur coupé) sur le pont Champlain, par une belle nuit de janvier dans une épouvantable tempête de neige où les 18 roues me frôlaient à toute allure, moi devenu invisible, mais c’est une autre histoire.

J’ai donc poursuivi mon évolution branchée. Et là, tenez-vous bien, le 19 janvier 1996 fut un choc! Je suis entré pour la première fois en contact avec des « réseaux sociaux » – encore mystérieux mais très peu sociaux.

Émerveillement de discuter ainsi virtuellement avec un aborigène australien, qui en réalité, était un Abitibien croyant que j’étais moi-même de Sydney et s’efforçant en anglais.  Nous étions tous deux branchés à un serveur australien, comme ça se faisait dans le temps.

Trop fort : une sorte d’illumination. Alors je me suis mis à réseauter furieusement. J’étais déjà addict.

Le 19 mai 1996, j’ai lancé une bouée virtuelle en médecine d’urgence: URG-L, liste de diffusion francophone qui fonctionne toujours, sans beaucoup plus d’abonnés qu’il y a 10 ans because pas mal moins sexy que Facebook, Twitter et compagnie. Mais utile pour échanger, comparer, s’obstiner (c’est des Français, quand même). Mon vieux pote français virtuel Axel m’a même prêté un appartement à Montparnasse il y a quelques semaines, c’est vous dire si c’est utile de réseauter.

Février 1997, réseautage toujours: avec une firme appelée Conceptis, vendue depuis au site américain WebMD, j’ai participé à ce qui serait la première conférence médicale interactive réalisée sur Internet. Qu’y disent. Les nerds se souviendront des défis du streaming RealAudio, qui balbutiait. On diffusait la voix du conférencier, les présentations étaient sur le WEB et les auditeurs posaient des questions par chat. Primitif, mais fonctionnel. Il y avait même des Français. Tout ça est devenu plus tard les « Cybersessions ».

Réseauter, réseauter. Pour alors c’était surtout professionnel. Donc le goût de créer un vrai site de médecine d’urgence, toujours Conceptis. C’est devenu URGENeT, plus tard site de l’Association des médecins d’urgence du Québec (AMUQ), emporté par sa belle mort quelques années plus tard à bout de contenu, le comité scientifique s’étant montré particulièrement virtuel après la première mouture. Ce qui ne nous a pas empêchés de gagner un ti-prix Octas en 1999.

Le chat, à l’époque, c’était quelque chose. Avec mIRC débutant à l’époque, les canaux, les webmaster qui vous bottaient out selon leur bon vouloir. Mais très réseautant. J’ai même commis une réunion du conseil d’administration de l’AMUQ en chat, c’est vous dire. Quelque part git la transcription de cet échange où les dinosaures répondaient quelques sujets en retard. Très rigolo.

Bon, la suite vous la connaissez, jusqu’à la fameuse émergence du WEB 2.0, suite logique de 1.0, on s’entend. Où on pouvait enfin répondre directement sur les pages WEB.

Puis, calamité, voilà l’arrivée des vrais réseaux sociauxMySpace et autres cousins disparus, détrônés par Facebook, lui-même aujourd’hui challengé par Twitter, sans parler pas de Tumblr, que je ne connais pas trop – ma fille dit que je n’y comprends rien.

Pour Facebook, tiens, j’ai d’abord hésité, mais c’était amusant, et si on arrive un peu à oublier ce qu’ils font avec nos données personnelles avec PRISM par exemple, on finit par plus pouvoir s’en passer. Hélas.

Je suis arrivé plus récemment à Twitter, en avril 2012. Vrai que je m’y étais branché des années plus tôt, 2008 ou 2009. Mais je ne voyais pas l’intérêt. Durant la grève étudiante je m’y suis remis, par hasard. Quand l’actualité bouillonne, Twitter devient un puissant vecteur d’information, plus rapide, précis et réactif que nos « grands médias traditionnels ». J’ai plus que réseauté, j’ai été happé par des déferlantes informationnelles, vissé au fil Twitter tandis que défilaient live sur mon écran les images  de CUTV plongé au cœur de l’action. On était loin du serveur australien.

Durant l’élection de septembre 2012, l’autoroute Twitter m’a aussi donné une perspective unique pour tout voir passer en temps réel. Je m’y suis intéressé comme jamais. Sans compter que j’arrivais occasionnellement à influencer le trafic.

D’où la pertinence de ma question qui démarrait ce texte diablement tangentiel et que vous avez déjà oubliée: comment décrocher?

Avec difficulté. Au fait, c’était plus facile, avant. Quand je vais au chalet, pas d’ordi. Donc, avant, pas de réseautage possible. Coupure nette. Il y avait bien la petite visite hebdomadaire à la bibliothèque du village pour tâter le courriel en basse vitesse, mais rien là de bien envahissant.

Avant! Maintenant, c’est impossible! Parce que les ordis ne sont plus nécessaires.

C’est qu’un téléphone intelligent, c’est pratique en voyage. Or, depuis quelques étés, je parcours au mois d’août un peu de Québec avec mes ados. Trouver un camping ouvert ou une chambre dispo à 11h le soir quand on roule en Gaspésie sous la pluie battante, c’est pratique. Planifier deux courses rapides sans manquer le dernier traversier de la journée pour l’Ile Verte, c’est possible.

Mais au chalet, l’an dernier, veux veux pas, je finissais toujours par prendre mes courriels sur mon cellulaire. Point de vue décrochage, c’est une calamité.

Alors j’ai trouvé cette année le moyen de fermer tout ça. Dret net sec. Certains ont peut-être simplement plus de volonté que moi.

Mon truc: remplacer mes mots de passe par un long code à 20 chiffres impossible à retenir. Sur tous mes comptes envahissants: courriel, Facebook, Twitter, Google, Chrome, etc. Blocus.

Autothérapie! Ce qui m’a pris grosso modo 42 secondes, d’où le titre inspiré. Mais je pouvais quand même chercher un terrain de camping en ligne ou un magasin de crème glacée ouvert.

Et j’ai placé le code en trois enveloppes distinctes: une cachée par ma blonde, l’autre par moi et la troisième que je me suis envoyée par la poste, parce qu’on ne sait jamais.

Alors? Le bonheur. On se sent vraiment bien, quand on sort du trafic. Après quelques heures, on se tâte un peu, puis on réalise qu’on est toujours vivant.

Et on se dit qu’on se porterait peut-être mieux sans tout ce réseautage extrême. Surtout notre pauvre cerveau surchargé d’hyperliens.

J’ai donc réussi à décrocher un mois! Grand bonheur.

Je vous prescris le même genre de break. Changez vos mots de passe.

Le monde sera toujours là quand vous vous rebrancherez. Bon, j’ai eu comme un doute.

Mais savez-vous quoi? Quand je me suis rebranché, ce matin, le monde était toujours là.

Pour me suivre sur Twitter (je sais, c’est un réseau social): @Vadeboncoeur_Al

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