Courez, vous vivrez plus longtemps!

Est-il risqué de courir un marathon? Le Dr Alain Vadeboncœur déboulonne quelques mythes.

Photo: Skeeze/Pixabay
Photo: Skeeze/Pixabay

La femme de 34 ans marchait le 21 km au marathon 2015 de Montréal. Elle aurait éprouvé des malaises. Et après quelques kilomètres, elle est tombée comme une masse, sans vie. Les secours sont intervenus rapidement, mais n’ont rien pu faire. Son décès a été constaté à l’hôpital.

Les conditions de course étaient pourtant idéales: température fraîche, sans humidité, donc peu de risques de déshydratation ou d’hyperthermie, du moins pour quelqu’un de bien entraîné. Apparemment, ce n’était pas une athlète, mais une femme voulant simplement se remettre en forme. Triste histoire.

Ce genre de nouvelle effraie généralement bien des gens, qui se posent alors cette question légitime: est-il risqué de courir? La réponse est non, évidemment.

Il faut rappeler ce point essentiel: l’exercice régulier, y compris la course à pied, protège de la mort subite. Il n’y a absolument aucun doute là-dessus. Les coureurs, comme tous les sportifs, sont moins à risque de mort subite que les personnes sédentaires. Ce qui ne les rend pas invulnérables, bien entendu.

Selon des données américaines, le décès d’un sportif demeure un événement très rare. On compte environ 4,5 décès pour un million de sportifs chaque année. Bien moins que dans la population en général.

À titre de comparaison, au Québec, tous âges confondus, environ 7 500 personnes sur un million meurent chaque année, toutes causes confondues. Autrement dit, 4,5 décès, ce n’est pas beaucoup. Mais bon, on ne s’attend pas à ces décès de sportifs.

On peut aussi comparer avec le risque d’autres activités jugées «acceptables» socialement. Par exemple, on a compté 361 décès en 2015 sur les routes du Québec — le deuxième meilleur bilan de l’histoire —, soit 57 décès pour un million de conducteurs. Le risque de mourir en conduisant sa voiture est donc bien plus élevé qu’en faisant du sport.

Pourquoi on meurt subitement

De manière générale, avant 35 ans, une «mort subite» est souvent due à une condition génétique ou à une anomalie congénitale (de naissance) affectant le cœur. La conséquence est une arythmie grave («maligne») qui cause alors l’arrêt cardiaque et le décès.

Si on a plus de 35 ans, le mécanisme est plus souvent l’athérosclérose (blocage) des artères du cœur, qui se manifeste alors par un infarctus compliqué d’un arrêt cardiaque. C’est d’ailleurs le mode de présentation de la maladie cardiaque athérosclérotique (angine de poitrine), une fois sur cinq.

Les morts subites surviennent donc aussi dans la population en général, où elles sont d’origine cardiaque la plupart du temps. Mais quand elles surviennent à domicile, on en parle moins dans les médias.

Ceux qui font un arrêt cardiaque pendant une course éprouveraient par ailleurs souvent des symptômes, qui doivent plutôt les pousser à interrompre leur envolée, demander de l’aide et consulter rapidement. Ces symptômes devraient être autant de signaux d’alarme: un essoufflement exagéré, une douleur dans la poitrine à l’effort, des palpitations, des étourdissements et une perte de conscience durant l’exercice.

L’exercice est donc le contexte d’apparition (pas le plus fréquent) et non la cause de l’arrêt cardiaque. En réalité, la majorité des morts subites surviennent plutôt au repos. Par exemple, la mort subite ayant frappé ces personnes aurait pu arriver à un autre moment, dans les jours ou les semaines suivants et à la maison plutôt que lors d’une course.


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La réponse des équipes d’urgence

Un autre élément rassurant: les marathons sont équipés pour répondre aux urgences cardiaques. On pourrait même affirmer que c’est l’endroit «idéal» pour qu’un tel drame survienne. Les médecins, paramédicaux, infirmières et bénévoles sont partout, prêts à agir et disposant de tout le matériel requis.

La réponse d’urgence est très bien organisée. Reconnaissance rapide, massage cardiaque rapide et coup de défibrillateur dans la minute suivant l’arrêt. C’est beaucoup mieux que dans la vie de tous les jours.

Or, ces deux éléments (délai jusqu’au massage cardiaque puis jusqu’au coup de défibrillateur) sont les principaux facteurs de survie en cas d’arrêt cardiaque, et ces actions sont effectuées sur place, sans bouger le patient. Les soins médicaux offerts ensuite ne servent qu’à assurer la stabilité du patient, une fois que celui-ci a été réanimé.

Malheureusement, cela ne veut pas dire que la réanimation va toujours fonctionner, comme on se l’imagine parfois si on regarde trop de séries télévisées.

Par exemple, dans le cas de la marathonienne, il semble qu’elle n’ait pas reçu de décharge électrique, tout simplement parce que son cœur n’était pas en arythmie. On parle alors d’une asystolie, une ligne plate signifiant habituellement que le cœur n’a plus ce qu’il faut pour se réactiver électriquement.

Or, si aucune décharge ne peut être donnée, le pronostic de réanimation s’assombrit considérablement. En fait, bien peu de ces patients survivent.

Au contraire, la majorité des patients qui souffrent d’une arythmie maligne subite (désorganisation aiguë de l’électricité cardiaque) et qui reçoivent une décharge immédiatement vont survivre, comme c’est le cas à l’urgence lorsqu’un patient s’effondre sous nos yeux.

Trop s’entraîner?

S’il est évident que l’entraînement diminue le risque de mort subite et de mortalité en général, on pense parfois que le surentraînement (par exemple, plus de 32 à 40 km de course par semaine) est néfaste. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Les grands coureurs ont en effet un meilleur pronostic vital que les gens sédentaires.

Par contre, il est vrai que le pic d’efficacité de l’exercice en prévention cardiovasculaire se trouve chez quelqu’un qui court avec modération (deux ou trois fois par semaine, sans trop pousser la vitesse, soit de 15 à 20 km par semaine).

Au-delà de 32 à 40 km par semaine, le gain est moindre — mais tout de même important par rapport au risque de la sédentarité. La meilleure approche santé demeure un entraînement régulier, mais modéré.


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Prévenir la mort subite

On ne pourra malheureusement jamais prévenir la mort subite à 100 %, même chez les jeunes. C’est qu’il est impossible de déceler toutes les maladies susceptibles de causer une mort subite, plusieurs d’entre elles ne présentant aucun symptôme.

On suggère parfois aux sportifs de haut niveau d’effectuer de nombreux tests médicaux (électrocardiogramme, tapis roulant, échographie). Cela se fait souvent dans les équipes sportives professionnelles. Le gain net pour la santé n’est cependant pas si évident, puisqu’une infime proportion de ces sportifs auront des anomalies majeures.

Il faut comprendre qu’à large échelle (par exemple, évaluer l’ensemble des coureurs du marathon de Montréal), les coûts d’un tel dépistage seraient très élevés, alors qu’il n’est pas certain que la stratégie serait vraiment efficace. Sans parler de l’abondance de résultats apparemment anormaux (mais sans signification) qui pousseraient les gens à réaliser une multitude d’autres examens inutiles.

Mieux vaut agir de manière raisonnable dans la vie de tous les jours. Par exemple, il est préférable de s’entraîner graduellement, de ne pas dépasser ses limites et de cesser l’activité si on voit apparaître des symptômes, puis de consulter en ce cas.

Si on est plus âgé (disons plus de 40 ans) et qu’on est très sédentaire, mieux vaut consulter son médecin avant de se lancer dans un entraînement intense, surtout si on présente des facteurs de risque pour la maladie coronarienne (risque d’infarctus) tels que: tabagisme, diabète, hypertension, hypercholestérolémie, antécédents familiaux, obésité abdominale, sédentarité.

Mais si on y va graduellement, d’abord avec de la marche — un des meilleurs exercices qui soient —, et qu’on n’éprouve aucun symptôme, puis qu’on augmente lentement la cadence en fonction de ses limites, c’est sécuritaire.

Surtout, il ne faut pas cesser de courir ou de marcher parce qu’on est effrayé par le risque de mort subite à l’effort. Bien au contraire, la meilleure prévention reste d’avoir de saines habitudes de vie, ces pratiques toutes banales: bien manger, éviter les excès et… faire de l’exercice régulièrement.

 

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Voilà !! Le scénario idéal pour mettre toutes les chances de son côté niveau forme physique et santé réside dans la modération.