Cousins génétiques

Fernand Mireault a été, dès 2001, l’un des tout premiers Canadiens à utiliser l’analyse de l’ADN à des fins généalogiques. L’objectif de ce généalogiste amateur de Windsor (Ontario) : découvrir l’origine d’un de ses aïeuls, un certain François Amirault, dit Tourangeau, arrivé en Acadie vers 1680. « Son surnom laisse penser qu’il venait de la Touraine, en France, dit-il. Mais aucun document le confirmant n’a été retrouvé. »

D’où l’idée de faire passer un test ADN à des descendants nord-américains de François Amirault (nommés Mireault, Amero ou Mero…), de même qu’à des Amirault vivant en France et censés descendre du fameux François. Dix-sept hommes se sont portés volontaires. Or, si le test a confirmé que les sept Nord-Américains testés sont tous « cousins », il a aussi révélé que les 10 Amirault français ne leur sont pas du tout apparentés ! Adoption, infidélité, inceste ? « Le mystère reste entier », dit Fernand Mireault. Celui-ci garde espoir qu’un jour des cousins génétiques s’inscriront dans la banque de données de la société américaine Family Tree DNA (FTDNA). « Il faut bien qu’on vienne de quelque part ! »

Les Amirault/Mireault forment l’une des 4 200 recherches patronymiques inscrites dans la banque de données de Family Tree DNA et l’une des 700 inscrites au Projet ADN d’Héritage français. Celui-ci a été lancé en 2005 par Doug Miller, Californien d’origine canadienne-française par sa mère, et par Jacques Beaugrand, professeur de psychologie retraité de l’UQAM. Il est ouvert à toutes les personnes ayant des origines françaises — Acadiens, Cajuns, métis, créoles…

À peine une soixantaine de Québécois sont membres du Projet ADNHF, qui attire surtout des Américains et des Canadiens des autres provinces. « Les Québécois se contentent encore souvent des archives et remontent rarement plus loin que le début de la Nouvelle-France », déplore Jacques Beaugrand, qui lui-même a poussé son exploration bien au-delà : il estime être apparenté aux Celtes qui auraient vécu en Europe il y a environ 3 000 ans.

Si la majorité des noms français que l’on retrouve en Amérique viennent de France, certains patronymes auraient des origines plus exotiques. Les Boucher, Boisvert, Plante et Savard inscrits dans la base de données du Projet ADNHF appartiennent ainsi à l’haplogroupe chromosome Y (lignage paternel) E3b, ce qui signifie que leurs ancêtres sont probablement arrivés tardivement en Europe, il y a 4 000 ou 5 000 ans seulement, en provenance du Moyen-Orient.

Une des branches de ce groupe y serait arrivée encore plus récemment — entre 300 avant Jésus-Christ et 100 après. « Selon les données actuellement disponibles, ma lignée pourrait descendre d’esclaves romains affranchis d’extraction israélite, dit Denis Savard, journaliste et généalogiste amateur. Mais elle est peut-être aussi arrivée en Europe avec les premiers chrétiens originaires du Moyen-Orient, au 1er siècle. » Il faudra que la généalogie génétique fasse encore des progrès pour résoudre l’énigme…

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