COVID-19 : À quand des vaccins pour les ados et les enfants ?

Certains pourraient être vaccinés contre la COVID-19 dans la deuxième moitié de 2021, mais pour les plus jeunes, l’horizon 2022 est plus réaliste. Voici pourquoi.

LanaStock / Getty Images

Quand les politiciens parlent d’immuniser toute la population avant telle ou telle date, ils oublient souvent de préciser que cela n’inclut pas les jeunes. Or, depuis le début de la pandémie, plus de 55 000 enfants et adolescents ont contracté le virus au Québec. Très peu ont été gravement malades, mais certains, comme les adultes, en traînent encore des symptômes après plusieurs mois.

Les experts croient que les produits administrés aux adultes seraient probablement efficaces et sécuritaires pour les enfants et les adolescents. Mais seuls de nouveaux essais cliniques permettront de le dire avec certitude. Ces essais serviront aussi à déterminer la dose idéale qui déclenchera la réponse immunitaire sans entraîner de gros effets secondaires. Pour cela, les sociétés pharmaceutiques vont recruter des cobayes de plus en plus jeunes, dont le système immunitaire diffère donc de plus en plus de celui des adultes.

Au mieux, les premiers vaccins pour les adolescents pourraient être approuvés cet été, mais il faudra probablement attendre 2022 avant que les enfants de moins de 12 ans puissent être immunisés.

Adulte ou enfant, qu’est-ce que ça change ?

Pour l’instant, trois des quatre vaccins autorisés contre la COVID au Canada — ceux de Moderna, d’AstraZeneca et de Janssen — sont réservés aux 18 ans et plus, alors que celui de Pfizer peut être donné aux jeunes de 16 et 17 ans également. Ces limites correspondent à l’âge des personnes ayant participé aux essais cliniques présentés à Santé Canada pour demander l’autorisation des vaccins.

Tous sont très probablement tout aussi efficaces et sécuritaires pour les 16-17 ans. « À ces âges, le système immunitaire fonctionne comme celui des adultes, et il n’y a généralement pas de différence dans l’efficacité et l’innocuité des vaccins entre 16 et 65 ans », confirme Alain Lamarre, professeur et titulaire de la Chaire de recherche Jeanne et J.-Louis Lévesque en immunovirologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Si la majeure partie des entreprises pharmaceutiques ont fixé la limite à 18 ans, c’est surtout parce que cela facilitait les procédures de consentement lors des essais.

Chez les moins de 16 ans, ces vaccins ont toutes les chances d’être aussi efficaces et sécuritaires, même si le système immunitaire n’a pas terminé sa maturation, puisque c’est le cas pour la plupart des autres vaccins existants. Pour cette raison, autant le Comité consultatif national de l’immunisation que le Comité sur l’immunisation du Québec ont recommandé que des jeunes de 12 ans et plus puissent déjà recevoir le vaccin de Pfizer si leur état de santé les prédispose à des complications graves de la COVID et qu’ils sont particulièrement susceptibles d’être infectés. Dans ce cas, un professionnel de la santé devrait toutefois analyser les risques et bénéfices de la vaccination, et en discuter avec les parents et le jeune. 

« Selon les maladies, on peut avoir besoin d’une plus forte ou d’une plus faible dose de vaccin pour les enfants, en comparaison avec celle donnée aux adultes », précise Alain Lamarre. Pour l’instant, les chercheurs ne comprennent pas vraiment pourquoi les plus jeunes développent moins de symptômes de la COVID que les adultes, alors qu’ils sont habituellement plutôt plus sensibles aux virus respiratoires. Il est donc difficile de prévoir s’ils auront besoin de la même dose que les adultes, ou si une dose moindre suffira à les protéger.

Heureusement, cette nouvelle phase d’essais ne dure pas aussi longtemps que celle qui a mené à l’autorisation des vaccins pour les adultes. D’abord, une partie des essais sur les animaux ont déjà donné des indices sur l’efficacité comparée des vaccins chez des individus plus ou moins âgés. Ensuite, les sociétés pharmaceutiques n’ont pas à refaire la première phase des essais cliniques sur l’humain, qui a permis de vérifier chez quelques dizaines de personnes que les vaccins ne posent pas de graves problèmes de sécurité. Cette manière de procéder est habituelle : même pour des vaccins destinés à prévenir des maladies pédiatriques, la première phase des essais est généralement menée sur des adultes. Ensuite, les labos peuvent combiner les essais de phase 2, qui servent à établir le dosage idéal, et de phase 3, qui déterminent l’efficacité du vaccin, pour faire un seul essai dit de phase 2-3. Là non plus, rien de nouveau : les essais destinés à valider la pertinence d’un médicament ou d’un vaccin qui a déjà été testé dans un autre groupe de gens sont souvent menés de cette manière, qui fournit des résultats fiables avec moins de cobayes que les essais initiaux.

Le point sur les essais cliniques

Pfizer a commencé à recruter des jeunes de 12 ans et plus dès le début de son essai clinique de phase 3, en avril 2020, mais seuls les résultats obtenus chez les 16 ans et plus ont été compilés pour demander l’approbation du vaccin en décembre. L’entreprise a terminé en janvier le recrutement de 2 259 jeunes âgés de 12 à 15 ans pour un essai de phase 2-3, auquel participeront aussi 6 000 adultes. 

Dans un premier temps, la moitié des jeunes cobayes recevront les deux mêmes doses du vaccin que les adultes, qui correspondent à la dose actuellement autorisée. Puis on mesurera la quantité d’anticorps neutralisants que chaque cobaye vacciné, adulte ou adolescent, aura dans le sang un mois après la seconde injection. Ces anticorps ne forment qu’une partie de la réponse immunitaire : ce sont eux qui empêchent les virus d’entrer dans les cellules et de s’y répliquer. Cependant, si les concentrations d’anticorps neutralisants sont les mêmes chez les adultes et les adolescents, alors cela indiquera que les deux réagissent de la même manière à la même dose de vaccin. Sinon, d’autres dosages pourraient devoir être testés. 

En parallèle, cet essai permettra aussi d’observer les effets secondaires chez les jeunes vaccinés et de comparer leur nature et leur fréquence avec celles constatées chez les adultes, et de vérifier à quel point les jeunes vaccinés auront moins contracté le virus que ceux qui auront reçu le placebo, comme on l’a fait dans les essais sur les plus vieux. 

Moderna procédera à peu près de la même manière dans un essai de phase 2-3 pour lequel elle a commencé en décembre le recrutement de 3 000 Américains âgés de 12 à 17 ans, sur lesquels elle testera deux doses complètes de son vaccin. Dans son cas, les dosages d’anticorps neutralisants seront comparés à ceux mesurés au cours de l’essai clinique sur les adultes qui a déjà mené à l’autorisation de son vaccin.

Les deux labos prévoient avoir des résultats dans l’été pour les 12 ans et plus, et sont en train de concevoir des essais pour les 5 à 11 ans, dont les résultats n’arriveront cependant pas avant 2022. 

Les autres fabricants sont moins avancés. AstraZeneca et l’Université d’Oxford ont amorcé à la mi-février un essai sur 300 jeunes Britanniques de 6 à 17 ans : 240 d’entre eux recevront le vaccin contre la COVID, et les autres, un vaccin contre le méningocoque dont l’efficacité est connue, qui servira de comparatif. La société Janssen, dont le vaccin vient d’être approuvé au Canada pour les adultes, n’a pas encore annoncé ses plans.

En Chine, en revanche, le vaccin de Sinovac est testé actuellement sur des enfants de 3 ans et plus. Le vaccin russe Sputnik V, lui, devrait être à l’essai à compter de juin chez les 14-17 ans.

À quel âge devrait commencer la vaccination ?

Quels que soient les efforts des laboratoires, ce sont les autorités réglementaires, comme Santé Canada ou, aux États-Unis, la FDA, qui approuveront ou non les vaccins pour les plus jeunes. Puis, au Québec, il reviendra au Comité sur l’immunisation du Québec de recommander chaque vaccin pour tel ou tel groupe d’âge. Comme la COVID ne donne pas ou peu de symptômes aux enfants, les autorités scruteront particulièrement la prévalence des effets secondaires, car un vaccin est toujours évalué en fonction du fardeau de la maladie qu’il permet d’éviter. Par exemple, si jamais un vaccin donnait beaucoup de fièvre à un nombre important d’enfants dans une certaine tranche d’âge (comprenons-nous bien, rien n’indique que ce sera le cas !), il faudrait alors vérifier s’il est toujours pertinent, compte tenu du nombre d’enfants qui souffrent de la COVID dans cette même tranche d’âge.

Les autorités pourraient aussi tenir compte, au moment de rendre leur décision, du rôle que chaque groupe d’âge jouera alors dans la pandémie. « Par exemple, on pourrait juger utile de vacciner tous les enfants d’âge scolaire ou qui fréquentent des garderies, mais pas les plus petits qui contribuent beaucoup moins à la transmission du virus », illustre Alain Lamarre.

La question de l’immunité collective se posera également. « Comme les moins de 18 ans représentent environ 20 % de la population du Québec et du Canada, il serait difficile d’atteindre le seuil de l’immunité collective sans vacciner les jeunes », explique le chercheur. On ne sait pas précisément quel pourcentage de la population devrait être vacciné pour que ce phénomène se produise, barrant suffisamment la route au virus pour que même les personnes non vaccinées soient protégées. Cela dépend, entre autres, de la transmissibilité du virus — qui va elle-même dépendre du succès que pourraient connaître de nouveaux variants plus transmissibles — et de la capacité des vaccins à bloquer la contagion, un élément pour lequel on manque encore de preuves. Chose certaine, si l’on considère qu’une partie de la population adulte ne sera pas vaccinée, soit en raison de facteurs de risque particuliers comme des allergies à des ingrédients du vaccin, soit parce que certaines personnes le refuseront, les chances d’atteindre l’immunité collective sans vacciner les plus jeunes diminuent.

Il semble clair que les autorités voudront vacciner les adolescents dès qu’on disposera de vaccins efficaces et sécuritaires pour eux. Ils sont plus à risque que les enfants d’avoir des symptômes graves de la COVID, et jouent aussi un rôle plus important dans la circulation du virus, car ils contaminent plus facilement les adultes que ne le font les plus jeunes. En leur offrant le vaccin, on pourra également préserver leurs liens sociaux, si essentiels à cet âge, et mettre fin à des mesures telles que l’école partiellement à distance. 

Pour les plus jeunes, on verra où on en sera quand les vaccins arriveront, en 2022. On en saura aussi plus à ce moment-là sur les risques que le coronavirus fait courir aux enfants, notamment la prévalence du syndrome inflammatoire multisystémique. Cette complication apparentée au syndrome de Kawazaki se manifeste chez un certain nombre d’enfants âgés d’environ huit ans, quelques semaines après l’infection, et elle peut nécessiter des soins intensifs si elle n’est pas rapidement détectée et traitée. Pour l’instant, même si le nombre de cas dans le monde semble indiquer que le coronavirus pourrait être en cause, on en sait encore peu à ce sujet. Mais aussi rare soit-elle, cette complication pourrait à elle seule justifier de vacciner les enfants contre la COVID, même s’ils sont peu malades.

Pour l’instant, à l’exception de Sinovac qui a commencé le recrutement de petits Chinois âgés de trois ans et plus pour son essai clinique, aucune société pharmaceutique n’a annoncé de plan pour les enfants de moins de cinq ans. Habituellement, les tests de vaccins à cet âge sont faits sur des cohortes d’enfants de six mois à quatre ans. Chez les nouveau-nés, tout dépend de la maladie, puisque dans bien des cas, les femmes enceintes peuvent transmettre leurs anticorps au fœtus, par le placenta, si elles ont été immunisées. En janvier, une première étude menée à New York auprès de 88 femmes ayant contracté la COVID alors qu’elles étaient enceintes a montré que 78 % des nouveau-nés avaient certains anticorps neutralisants contre cette maladie.

Pfizer a aussi lancé en février une étude de phase 2-3 pour laquelle elle espère enrôler 4 000 femmes enceintes. Comme la moitié d’entre elles devront recevoir un placebo, le recrutement risque d’être long. En effet, dans plusieurs pays, les autorités ont déjà décidé d’autoriser la vaccination de femmes enceintes si elles étaient à haut risque de contracter la COVID, rien n’indiquant a priori que le fait d’être enceinte change quelque chose à l’efficacité et à la sécurité du vaccin, même si cela n’est pas strictement démontré. Le Comité consultatif national de l’immunisation et le Comité sur l’immunisation du Québec ont adopté cette position.

Les commentaires sont fermés.

Ma femme est bronchite asthmatique chronique élle à attrapé la COVID-19 et lors de la vaccination la préposée nous a dit qun seul vaccin est nécessaire j’aimerais votre avis merci

Chère Madame Borde,

Encore une fois un article fouillé et bien documenté qui fait le tour de la question de la vaccination des ados et des enfants. Deux élément ressortent, les essais cliniques débutent à peine et l’atteinte de l’immunité collective est problématique si on ne vaccine pas les moins de 20 ans (1.8 millions en juillet 2020 au Québec, https://bit.ly/3crdhNk).

Cette fois rien à redire sur vos calculs. 😉

Scientifiquement vôtre

Claude COULOMBE