COVID-19 : attention aux faux négatifs ! 

Ces jours-ci, de nombreuses personnes ont des symptômes apparentés à ceux de la COVID, mais des résultats négatifs aux tests rapides. Que faut-il en conclure ? 

Pascal Skwara / Getty Images / montage : L’actualité

Note de la rédaction

Le 8 avril 2022, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a ajouté dans ses consignes d’utilisation des tests antigéniques rapides une méthode de prélèvement combiné bouche-nez.

Nous voici au beau milieu de la sixième vague de COVID-19, avec de moins en moins de mesures sanitaires en vigueur et de plus en plus de nez qui coulent pour toutes sortes de raisons. Le rhume peut être en cause, tout comme l’influenza et d’autres virus respiratoires. Sans compter que les premiers grains de pollen ont déjà commencé à circuler jusque dans les villes, ce qui risque de réveiller vos allergies. 

Si, comme la plupart des gens, vous n’avez pas accès à un test PCR, vous devrez utiliser un test antigénique à la maison. S’il est négatif, il faudra en passer un autre après 24 heures. Toujours négatif ? Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) considère que vous pouvez reprendre vos occupations habituelles. Attention toutefois : il est bien possible que vous ayez bel et bien été infecté par BA.2, et que vous soyez contagieux, sans pour autant que votre charge virale soit détectable à l’aide d’un test rapide pour l’instant.

Dans ce contexte, que faire ? Voici ce qu’il faut savoir pour décider de la meilleure marche à suivre.

Ce qu’il faut retenir

  • Les tests rapides accessibles au grand public détectent le variant BA.2, mais pas aussi tôt qu’ils ne repèrent les autres variants. Au tout début des symptômes, les faux négatifs sont donc fréquents.
  • Pour un résultat plus précis, les experts recommandent désormais une nouvelle façon d’effectuer le test rapide : utiliser l’écouvillon dans la bouche et la gorge, puis dans le nez. Il est aussi préférable de laisser passer de deux à trois jours (au lieu des 24 heures prescrites) avant de confirmer un résultat négatif par un second test.
  • En cas de symptômes, il est important de vérifier si la COVID-19 est en cause, parce que ce renseignement vous sera utile pour prendre rendez-vous au bon moment afin de recevoir la quatrième dose du vaccin, qui sera offerte sous peu aux personnes de 60 ans et plus.

Quels autres virus circulent ? 

Lorsque les urgences pédiatriques ont été envahies par de petits patients en septembre 2021, le Laboratoire de santé publique du Québec a vite repéré le retour en force du virus respiratoire syncytial (VRS), qui réapparaissait bien avant sa saison habituelle. Pour surveiller les infections respiratoires, il s’appuie sur un réseau sentinelle de 35 laboratoires d’hôpitaux qui analysent les virus chez des personnes qui ont consulté pour toutes sortes de raisons. Bien que les infections respiratoires ne soient pas toutes analysées, les procédures standardisées du réseau donnent une bonne idée de la circulation des virus dans la population. 

Ces jours-ci, c’est plutôt calme, hormis pour le SRAS-CoV-2. Dans la semaine qui s’est terminée le 2 avril, le réseau sentinelle a détecté 51 cas d’influenza, 1 de VRS et quelques-uns concernant d’autres virus, ainsi que la bagatelle de 13 148 cas de COVID-19 — une donnée provisoire qui correspond aux analyses par PCR réalisées par ces labos, et ne comprend donc pas les résultats des autotests. En comparaison, le réseau sentinelle avait trouvé 432 cas d’influenza et 224 cas de VRS pour la même semaine en 2019, avant la pandémie.

Ainsi, en pleine sixième vague, si un virus est à l’origine de vos symptômes, les risques sont grands qu’Omicron ou BA.2 soit en cause. Mais ce n’est pas garanti non plus. « Le réseau sentinelle ne détecte pas certains virus qui ne donnent de symptômes graves à personne, comme les rhinovirus. On ne peut donc pas exclure qu’ils circulent plus ces jours-ci », précise la Dre Annie-Claude Labbé, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Dans son entourage, plusieurs personnes ont ressenti ces derniers jours des symptômes apparentés à ceux de la COVID et ont reçu un résultat négatif à un test PCR, un type d’analyse qui risque très peu de ne pas détecter le SRAS-CoV-2. On n’a cependant aucun moyen de vérifier, à grande échelle, si nous sommes dans une période très active pour les rhinovirus.

« On a raison de penser d’abord à la COVID quand on a des symptômes en ce moment, mais cela n’exclut pas qu’il puisse s’agir d’autre chose », confirme le Dr Gaston de Serres, épidémiologiste à l’INSPQ. Par exemple, un nez qui coule dans la région de Montréal ces jours-ci pourrait aussi être dû à la hausse des quantités de pollen d’érable dans l’air, qui ont déjà commencé à nettement augmenter. Le risque est actuellement « élevé » pour ce type d’allergie, selon les prévisions pollen de MétéoMédia. D’ailleurs, si vous êtes sujet aux allergies et que vos symptômes s’amenuisent en prenant un antihistaminique, alors la COVID-19 n’est probablement pas en cause.

Que dit la science sur les tests ?

Depuis qu’Omicron et BA.2 sont parmi nous, nous disposons de peu de données solides pour savoir quand et comment il faudrait utiliser un test rapide pour obtenir le résultat le plus fiable possible. L’interprétation du résultat n’est pas évidente, elle non plus. Tout ça parce que les études sont encore relativement peu nombreuses, qu’elles portent souvent sur de petits groupes de gens, avec de fortes disparités dans les résultats d’un individu à l’autre et selon la méthode de prélèvement des échantillons. Les résultats varient aussi un peu selon les marques de tests à l’essai, et le tout est encore, en grande partie, en prépublication. Bref, pas facile d’y voir clair.

Pour l’instant, on sait que les tests rapides sont presque aussi efficaces pour détecter Omicron et BA.2 qu’ils l’étaient pour les variants précédents. 

Ce qui a changé, c’est le moment où survient le pic de la charge virale, qui permet aux tests antigéniques de repérer les protéines du virus. Celui-ci arrive un peu plus tard, et il semble aussi décalé par rapport à l’apparition des premiers symptômes de la COVID.

Dès le mois de décembre 2021, des chercheurs américains ont trouvé dans un groupe de 30 personnes que celles qui avaient transmis le virus à d’autres étaient contagieuses en moyenne trois jours avant qu’un test rapide devienne positif. Puis des chercheurs japonais ont montré que la charge virale était à son maximum de trois à six jours après l’apparition des symptômes, ce qui a été confirmé par une étude américaine, où ce délai était estimé à 4,5 jours.

Autrement dit, les tests rapides qui étaient réputés plutôt fiables pour repérer le virus lorsqu’on est contagieux le sont probablement moins avec Omicron et BA.2.

L’autre chose qui a changé avec ces variants, c’est qu’ils ne colonisent pas les voies respiratoires de la même manière ni à la même vitesse, ce qui influence la performance des prélèvements. L’infection commence généralement dans la gorge et le pharynx, puis passe dans le nez, où la charge virale devient plus importante. Mais ces nouveaux variants mettent plus longtemps à atteindre les fosses nasales que leurs prédécesseurs. Ils y sont donc présents en moins grande quantité au début de l’infection, ce qui fait que les tests antigéniques arrivent moins facilement à les détecter, et donnent par conséquent des faux négatifs.

Une étude publiée par des chercheurs de Nouvelle-Écosse en janvier a par exemple montré que, chez des personnes asymptomatiques, la sensibilité des tests des marques Panbio et BTNX, qui sont distribués au Québec, augmente d’environ 15 % quand on procède à un double prélèvement dans la gorge et dans le nez, plutôt que juste dans le nez. 

Même si les résultats sont encore préliminaires, l’Ontario, par exemple, a adopté cette méthode différente de prélèvement dès février, à la suite d’un avis scientifique de l’Ontario COVID-19 Science Advisory Table.

Quelle stratégie adopter ? 

Pour l’instant, le MSSS, tout comme les CDC américains, par exemple, recommande toujours aux personnes qui ont des symptômes de passer un test dès l’apparition de ceux-ci, avec un prélèvement nasal, même si les risques de faux négatif sont élevés. 

Le Québec pourrait toutefois adopter sous peu la méthode de prélèvement combinée gorge-nez, qui consiste à d’abord frotter l’intérieur de ses joues et le fond de sa gorge avec l’écouvillon avant de l’insérer dans ses deux narines. « Cela vaut la peine d’essayer, même si la meilleure performance de cette technique n’a pas encore été clairement démontrée par des études », explique Annie-Claude Labbé. Si cela vous dégoûte trop, la spécialiste vous conseille de vous en tenir à un prélèvement nasal, car il semble que le prélèvement dans la gorge seulement donne beaucoup plus de faux négatifs. 

« Quoi qu’il en soit, le plus important pour maximiser les chances que le test fournisse un résultat fiable, quel que soit le jour où on le passe et la méthode qu’on utilise, c’est vraiment d’imbiber au maximum l’écouvillon, en l’insérant profondément dans la narine jusqu’à sentir une résistance et en tournant bien pour racler fortement les muqueuses », insiste Annie-Claude Labbé. Si vous avez accès aux tests PCR, continuez de privilégier ceux-ci pour le dépistage.

Dans une période où le virus circule beaucoup, un résultat positif à un test rapide est presque à coup sûr un vrai positif. S’il est négatif, mieux vaudrait attendre idéalement de deux à trois jours de plus avant de passer le second, en restant isolé entre-temps. « Actuellement, il semble se produire exactement ce que les spécialistes en santé publique craignaient avec les tests rapides : qu’un résultat négatif incite les gens à moins de prudence, alors qu’il risque fort d’être un faux négatif si on passe le test trop tôt », estime Isabelle Goupil-Sormany, qui avait piloté l’Avis sur l’utilisation des tests rapides au point de service pour la détection de la COVID-19 au Québec, publié par le MSSS en janvier 2021.

Si le résultat de ce second test est positif, vous aurez l’avantage d’être à peu près sûr que vous avez eu la COVID, une information qui pourrait se révéler utile au moment où vous devrez peut-être décider de recevoir une nouvelle dose de rappel, qui sera sous peu offerte aux personnes de plus de 60 ans. Mais s’il est négatif, mieux vaudra attendre de toute façon la fin des symptômes avant de sortir de votre isolement. « C’est vraiment pénible, mais tant que nous sommes dans cette sixième vague, ce serait plus prudent, même si d’autres virus circulent », soutient le Dr Gaston de Serres.

Une expérience maison qui en dit long

La Dre Annie-Claude Labbé s’est livrée à un petit exercice pour voir comment les tests réagissaient « dans la vraie vie » chez quelqu’un ayant été en contact avec une personne infectée. Son échantillon n’est constitué que de huit personnes de son entourage à qui elle a demandé de passer chaque jour un test rapide après ce contact. Elle a réanalysé leurs échantillons par PCR, la technique qui permet de détecter même d’infimes traces du virus, en plus de leur faire passer un test PCR par gargarisme. La diversité des résultats sur un échantillon de seulement huit personnes est surprenante !

Quatre n’ont pas été infectées : elles n’ont jamais eu de symptômes ni de résultat positif à tous ces tests. Et parmi les quatre autres, aucune n’a suivi le même parcours.

La première personne a soupé avec des amis infectés sans le savoir, et son conjoint a ressenti des symptômes le lendemain. Trois jours après le souper, elle a commencé à son tour à avoir des symptômes, mais ce n’est que quatre jours plus tard, soit une semaine après le souper, que son septième test a fourni un résultat positif. Dès le lendemain de l’apparition de ses symptômes, l’analyse par PCR avait repéré le virus à une concentration le rendant probablement contagieux.

Les deux personnes suivantes sont les parents d’une fillette de quatre ans qui a ramené le virus à la maison. Le papa a eu des symptômes quatre jours plus tard, la maman six, et les deux ont reçu un résultat positif à un test rapide deux jours après le début de leurs symptômes. Le papa a obtenu un résultat positif à un test PCR le lendemain de ses symptômes, et le jour même pour le test par gargarisme. La maman a eu un résultat positif au test par gargarisme la veille de ses symptômes, et le jour même pour le test PCR nasal.

La dernière, la chercheuse Isabelle Goupil-Sormany, professeure de santé publique à l’Université Laval, a ressenti des symptômes quatre jours après avoir passé 45 minutes avec son père sans savoir qu’il était infecté. Le jour où ils sont apparus, elle a passé un test rapide en suivant les instructions : le résultat s’est révélé négatif, alors que le test PCR par gargarisme montrait qu’elle était contagieuse depuis déjà deux jours. Elle a aussi passé un autre test rapide en suivant la méthode de prélèvement proposée en Ontario, qui consiste à d’abord frotter l’intérieur de ses joues et le fond de sa gorge avec l’écouvillon avant de l’insérer dans ses deux narines. Son résultat a été positif, alors que le test rapide avec prélèvement nasal n’a donné un résultat positif que le lendemain.

Note de la rédaction

Le 11 avril 2022, la version originale de cet article a été modifiée pour tenir compte du fait que, si les tests antigéniques rapides sont reconnus pour être moins efficaces lorsqu’ils sont utilisés dans la gorge seulement, ce n’est pas en raison de la salive (la raison est inconnue).

Les commentaires sont fermés.

Les chercheurs américains (déc 2021) ont utilisé un test rapide avec prélèvement nasal, tout comme j’imagine les participants de l’étude maison (à l’exception de la chercheuse Goupil-Sormany). Les données confirmeraient donc l’importance d’effectuer un prélèvement bouche-gorge-nez pour éviter les faux négatifs, puisque, comme vous l’expliquez, Omicron et BA.2 atteignent les fosses nasale plus tard. Mais alors, avons-nous des données avec le nouveau mode de prélèvement pour le nombre de jours entre la positivité du test rapide et la période de contagiosité ? Le fait que la charge virale soit maximale 3 à 6 jours après l’apparition des symptômes pourrait correspondre à la période pendant laquelle l’on se sent le plus moche, mais ne veut pas dire qu’un test rapide serait négatif si le maximum n’est pas encore atteint.