​​COVID-19 : attention aux soins intensifs !

Avec la fin de la majeure partie des mesures sanitaires, annoncée pour le 14 mars, on serait tenté de penser que la pandémie est terminée. Or, la prudence demeure de mise, surtout pour les lits de soins intensifs, qu’il va falloir surveiller de près.

Photo : Daphné Caron

L’auteur est urgentologue, ex-chef du département de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur titulaire à l’Université de Montréal, il enseigne et participe à des recherches en médecine d’urgence et sur le système de santé.

Dans un article récent, La Presse nous révèle une donnée importante, la durée de l’hospitalisation des malades de la COVID-19 depuis le début de la pandémie, qui serait de 15,7 jours, soit deux semaines à l’hôpital. Pour les plus gravement atteints, les patients qui séjournent aux soins intensifs, elle est de 21,9 jours — trois semaines ! —, soit 10,6 jours aux soins intensifs puis 11,3 jours dans une unité de soins standards.

On peut déduire à partir des données de l’INSPQ la durée de séjour des autres patients n’ayant pas passé par les soins intensifs. Par une règle de trois, on obtient 14,6 jours. Une autre manière de regarder la portée de ces séjours, c’est d’évaluer le nombre total de journées où un lit a été occupé par un patient hospitalisé pour la COVID-19 depuis le début de la pandémie : 582 086 journées d’hospitalisation dans les lits généraux et 74 158 journées dans des lits de soins intensifs.

C’est considérable ! Et il y a quelques enseignements à en tirer, notamment que ces patients « utilisent » beaucoup de temps d’hospitalisation, qui n’est alors pas disponible pour les autres soins.

Des causes d’hospitalisation diverses

Comme on le mesure maintenant, les patients hospitalisés ne le sont pas tous « à cause » de la COVID-19 (même si être hospitalisé « avec » la COVID-19 a déjà une grande incidence sur l’organisation des soins, notamment en raison des risques de contagion et des mesures à prendre pour l’éviter).

L’autre flou avec les séjours des patients hospitalisés pour la COVID-19, c’est que bon nombre de patients, surtout des aînés fragiles, ne sont pas retournés tout de suite vers leurs milieux de vie, souvent des résidences pour personnes âgées. Les durées d’hospitalisation sont donc artificiellement plus élevées pour ces patients.

Mais c’est moins vrai aux soins intensifs, des lits précieux où chaque journée d’hospitalisation compte et où on travaille quotidiennement au transfert vers les unités de soins généraux. Il faudra donc les surveiller de près. Surtout quand on sait à quel point ces unités ont été sollicitées depuis le début de la pandémie. On remercie avant tout leur personnel et leurs médecins pour leur abnégation devant l’ampleur de la tâche.

Les soins intensifs

Concentrons-nous donc sur les patients des soins intensifs, qui malheureusement vivent de grandes souffrances, gardent de lourdes séquelles et, dans bien des cas, ne survivent pas à l’infection. On sait que la majorité d’entre eux s’y retrouvent « à cause » de (et non « avec ») la COVID-19 et que le risque d’y être hospitalisé est plusieurs fois plus élevé en l’absence de vaccination.

La durée de séjour dans une unité de soins intensifs étant d’environ 10,6 jours, on peut aisément établir le nombre moyen de patients qui y séjournent, quand le nombre d’admissions reste le même d’un jour à l’autre, en multipliant le nombre d’admissions par leur durée.

Par exemple, le 1er mars, on a dénombré sept nouvelles admissions aux soins intensifs. Comme ces sept patients séjourneront en moyenne 10,6 jours aux soins intensifs, on obtient 74 journées d’hospitalisation au total, ou encore sept lits occupés pendant 10,6 jours.

On peut aussi comprendre que si sept patients entrent tous les jours aux soins intensifs pour la COVID-19, 74 lits de soins intensifs seront occupés en permanence par des patients qui devront recevoir des soins (c’est comme cela qu’on peut évaluer le besoin en lits dans un hôpital).

Des séjours variables

Il est possible que la durée de séjour aux soins intensifs ait varié depuis le début de la pandémie, notamment en raison de l’âge des patients ou de nouveaux traitements. Par exemple, les intensivistes affirment que les patients plus jeunes restent plus longtemps parce qu’ils résistent davantage aux effets de la maladie et qu’on pousse plus loin leurs traitements.

Cela semble confirmé par les données de l’Institut canadien d’information sur la santé, qui établissent à 10,2 jours la durée de séjour aux soins intensifs de janvier 2020 à mars 2021, alors que la moyenne pour l’ensemble de la période est un peu plus élevée (10,6 jours), ce qui laisse supposer qu’elle s’est allongée un peu. 

Si les traitements ont aussi tendance à s’améliorer avec le temps, les patients s’en sortent mieux… ce qui peut jouer dans les deux sens quant à cette durée de séjour : soit ils restent moins longtemps ou plus longtemps parce qu’ils survivent. Je doute qu’on ait actuellement la réponse à cette question précise.

Mais puisque l’objectif n’est plus d’éviter tous les cas de contamination possibles et qu’on a plutôt choisi comme barème la capacité de soigner à l’hôpital, et que par ailleurs la capacité des soins intensifs est la donnée la plus critique, il y a fort à parier que les autorités basent leurs décisions sur cette donnée avant toute autre.

Éviter les débordements

Concrètement, on sait qu’au Québec on dispose (en théorie) de 1 153 lits de soins intensifs, soit à peu près autant que dans le reste du Canada. Ça, c’est dans un monde idéal, où chaque lit est prêt à recevoir un patient, ce qui n’est pas toujours le cas au Québec.  

En réalité, selon des informations recueillies auprès de personnes bien au fait de la gestion du parc de lits de soins intensifs durant la pandémie, cette capacité a probablement baissé à environ 800 durant le pire des mois de janvier et février, à cause du manque de personnel (spécialisé). J’ai même entendu des chiffres encore plus bas.

Prenons une hypothèse de 1 000 lits de soins intensifs comme capacité de soins. En sachant qu’environ 300 lits doivent toujours être réservés pour les urgences vitales (infarctus, AVC, accidents de la route, complications de cancer, etc.) et que la durée de séjour des patients atteints de la COVID-19 est stable à 10,6 jours, on peut calculer qu’au mieux, jusqu’à 700 lits de soins intensifs pourraient être consacrés in extremis à la COVID-19, ce qui représente 66 nouvelles admissions chaque jour.

Comme il est impossible de prédire où et quand vont se produire ces urgences, qui ne surviennent pas régulièrement, on doit ajouter une variable qui prend en compte ce facteur. On utilise souvent pour les urgences un facteur de sécurité de 30 %.

Acceptons ce facteur de 30 % pour pallier ces variations. Cela abaisse le nombre maximal moyen de cas de COVID qu’on peut traiter aux soins intensifs de 66 à 50 par jour, si on veut pouvoir affronter de tels pics. Or, nous avons bel et bien frôlé ce seuil récemment.

Un pic inquiétant en janvier

Pour vous donner une idée de ce que nous avons vécu, prenons la période au 28 décembre au 27 janvier : selon les données de l’INSPQ, nous avions en moyenne 32 admissions par jour aux soins intensifs durant toute la période, avec un maximum de 45 pendant la journée du 12 janvier.

Reportons-nous mentalement au 12 janvier : l’avenir était alors bien incertain, et 45 hospitalisations, à un moment où la capacité réelle était abaissée, n’auraient pu se répéter longtemps sans compromettre l’accessibilité aux soins intensifs.

En continuant à 45 admissions par jour, nous aurions foncé vers un mur, avec 477 hospitalisés, ce qui aurait laissé bien peu de lits pour parer à tout le reste (dont les 300 lits requis pour les urgences courantes). Heureusement, ces 45 admissions ne se sont pas maintenues.

Puisqu’on gère maintenant la pandémie en fonction du nombre d’hospitalisés, supposons qu’on décide de « consacrer » jusqu’à 100 lits de soins intensifs aux cas de COVID-19 (tout de même 1 lit sur 10). On devra surveiller étroitement les admissions, car il faut en viser moins de 9,4 par jour. Au-dessus, on dépassera souvent ces 100 lits.

Une pression épisodique

On peut regarder en arrière et se demander aussi si, depuis le 24 février 2020, on a souvent dépassé 9,4 admissions par jour. La réponse : 311 journées sur 738 (4 journées sur 10).

De manière plus visuelle, si on place toutes les admissions sur l’échelle du temps, on remarque quatre pics où, de manière soutenue, il y a eu plus de 9,4 admissions par jour aux soins intensifs : en avril 2020, en janvier 2021, en avril 2021 et en janvier 2022. En septembre 2021, on voit une légère montée, pas comparable, de même qu’en septembre 2020.

Légende : Admissions liées à des cas de COVID-19. Pour éviter que plus de 10 % des lits aux soins intensifs soient occupés par des personnes aux prises avec la COVID-19, le nombre d’admissions quotidiennes ne doit pas dépasser 10, compte tenu de la durée moyenne du séjour.

Au fait, on note une périodicité dans ce tableau : les pics majeurs survenant soit en janvier, soit en avril de chaque année (les pics mineurs en septembre), même si beaucoup de choses ont changé depuis 2021 (vaccination, nombre de gens infectés, divers variants et traitements, notamment). Toutes choses qui n’ont cependant pas empêché le pic majeur de janvier 2022.

Compte tenu du relâchement des mesures et de la contagion due au nouveau variant BA.2, croisons les doigts pour que ça ne remonte pas en avril 2022, ce que l’INSPQ ne prévoit d’ailleurs pas : sans donner de chiffre précis pour les soins intensifs, l’organisme envisage dans son scénario le plus pessimiste un pic d’hospitalisation deux fois moindre qu’en janvier. 

Voilà donc un peu d’espoir, qui montre peut-être que l’occupation élevée des soins intensifs par des cas de COVID-19 est chose du passé. Ce qui serait une bonne nouvelle. 

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On continu à vouloir faire peur! Parler au gouvernement lego et faire lui la démonstration. Ce n’est pas la covid qui cause les problèmes en santé mais le système de santé lui-même. Ce système est malade depuis bien longtemps. Quand mon épouse avec un revenu de retraité de 15 000 et que ma retraire me rapporte 15 000 et que nous devons débourser deux fois 767.67 chacun par année depuis 28ans, et qu’à 78 ans je dois encore travailler pour nous nourrir. Ce n’est pas la Covid qui en est la cause.
Posez-vous la question?