COVID-19 : des risques pour le cœur… mais jusqu’à quel point ?

De surprenantes statistiques semblent montrer qu’une vague d’infarctus et d’AVC est à prévoir chez les personnes qui ont eu le virus. Pas si vite, dit le Dr Alain Vadeboncœur, qui analyse ici la signification réelle de ces données.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

L’auteur est urgentologue, ex-chef du département de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur titulaire à l’Université de Montréal, il enseigne et participe à des recherches en médecine d’urgence et sur le système de santé.

La COVID-19 augmenterait de 55 % le risque de souffrir, dans l’année suivant l’infection, d’une urgence cardiovasculaire majeure comme un infarctus ou un AVC, et le risque de mourir à cause de cela, a-t-on pu lire récemment un peu partout à la suite de la publication d’une étude qui a fait beaucoup de bruit. Tout le monde sait que le satané virus qui donne la COVID-19 cause des problèmes pulmonaires, mais on a moins entendu parler des autres complications, notamment cardiovasculaires, qu’il peut aussi engendrer. Alors 55 %, ça paraît beaucoup, et ça fait peur. 

Mais qu’est-ce que cela signifie pour vous et moi si nous attrapons la COVID-19 ? Sachant que de 4 à 5 millions de Québécois ont sans doute déjà été infectés par le SRAS-CoV-2, selon le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, doit-on s’attendre à un raz-de-marée dans nos hôpitaux ? Avant de paniquer, regardons les faits.

L’étude en contexte

L’étude publiée est très sérieuse et bien faite. Des chercheurs américains ont comparé un groupe de 162 690 vétérans américains ayant eu la COVID-19 avant l’arrivée des vaccins et des variants Delta et Omicron à un groupe témoin composé d’un grand nombre de vétérans affichant le même profil mais n’ayant pas été infectés, contemporains des premiers, ou bien provenant d’une cohorte de 2017. Les vétérans infectés — leur diagnostic a été confirmé par PCR — avaient 61 ans en moyenne et étaient à 89 % des hommes. De ce groupe, 9,4 % (c’est beaucoup !) sont décédés dans les 30 premiers jours suivant l’infection, ce qui élimine de l’étude tous les cas les plus graves et les complications initiales, souvent respiratoires.

Premier bémol dans l’interprétation de cette étude : ce groupe n’est pas très représentatif de la population, qui est en outre maintenant largement vaccinée, et le variant en circulation actuellement est très différent de ses prédécesseurs. Il est donc fort possible que les taux de complications constatés dans cette étude ne soient pas aussi élevés chez la majorité des gens. Mais cela, on ne le saura que dans un an ou deux.

Relativiser le risque relatif

Beaucoup de complications ont été évaluées dans cette étude, ce qui montre l’étendue des effets cardiovasculaires potentiels du virus. Concentrons-nous sur les complications très graves, comme les infarctus, AVC et décès, qu’on nomme des événements cardiovasculaires majeurs (MACE en anglais, pour major adverse cardiovascular events).  

Dans le groupe infecté par la COVID-19, on a observé un risque 55 % plus élevé que dans le groupe témoin de souffrir d’un événement majeur. C’est ce qu’on appelle un risque relatif, parce qu’il indique une relation entre les risques constatés dans chacun des groupes étudiés. Les vétérans infectés ont subi 52 % plus d’AVC, 63 % plus d’infarctus, 85 % plus de problèmes inflammatoires cardiaques (les fameuses péricardites et myocardites), 245 % plus d’arrêts cardiaques et même 293 % plus d’embolies pulmonaires. Épeurant ! 

Ces risques relatifs correspondent à la probabilité additionnelle de souffrir d’un de ces diagnostics dans l’année qui suit une infection à la COVID-19, par rapport au risque de base pour les vétérans non infectés.

Chez les vétérans non infectés, le taux d’événement cardiovasculaire majeur était de 44 pour 1 000. C’est ce qu’on appelle leur risque absolu de subir ces problèmes graves, qui est donc de 4,4 %. Chez les infectés, il était de 67 pour 1 000 ou 6,7 %. 

Le risque relatif représente le rapport entre les deux, soit 55 %, parce que le nombre 67 est 55 % plus élevé que le nombre 44.  

Pour évaluer le risque supplémentaire d’événement cardiovasculaire majeur causé par la COVID-19, ce n’est pas le même calcul qu’il faut faire. Sur 1 000 personnes, dans le groupe infecté, il y a eu 23 événements majeurs de plus que dans l’autre groupe (67 moins 44). L’augmentation du risque absolu est donc de 23 pour 1 000, ou 2,3 %. 

Autrement dit, chez les vétérans, le risque supplémentaire de souffrir d’un événement majeur (AVC, infarctus ou décès) à cause de la COVID-19 est de 2,3 %. C’est moins impressionnant et vendeur que le 55 % qui a été rapporté partout.

Le diagramme suivant montre ce risque visuellement. L’ensemble des petits carrés représentent 1 000 vétérans. Les carrés jaunes représentent les événements cardiovasculaires majeurs non liés à l’infection et les carrés rouges, ceux qui se sont ajoutés à cause de l’infection.

Et voici ce que cela donne avec les AVC, pour lesquels le risque relatif augmente de 52 %… alors que le risque absolu n’augmente que de 0,4 %.

De grosses différences passées sous silence 

Autre élément important, l’augmentation du risque relatif de 55 % est une moyenne pour tous les vétérans de l’étude. Or, parmi ceux-ci, certains ont été beaucoup plus gravement malades de la COVID que d’autres. Est-ce que les résultats ont été similaires pour tous ? Je vous révèle tout de suite le punch : pas vraiment.

On se rappelle que les patients décédés avant 30 jours avaient été exclus de l’étude. Parmi les autres, on retrouvait des patients ayant été hospitalisés, parfois aux soins intensifs, et d’autres jamais hospitalisés. Les chercheurs ont donc regardé ce que cela donnait pour chacun de ces sous-groupes (en jargon scientifique, on dit qu’ils ont stratifié les résultats).

Voici, dans ce graphique, le risque absolu de certains événements cardiovasculaires majeurs, pour 1 000 vétérans, selon qu’ils ont été non infectés (le groupe contrôle), infectés mais pas hospitalisés, hospitalisés à cause de la COVID ou admis aux soins intensifs.

Note : pour voir apparaître les données associées à chacune des colonnes, faire passer la souris au-dessus de la catégorie qui vous intéresse (« Contrôles », « Non-hospitalisés », « Hospitalisés » ou « Soins intensifs »).

On voit qu’une COVID-19 qui n’a pas mené à une hospitalisation n’augmente vraiment pas beaucoup le risque de ces accidents cardiovasculaires majeurs. Si vous avez le même profil que ces vétérans et avez eu la COVID, mais n’avez pas été hospitalisé, la probabilité que vous souffriez d’un événement majeur après un an est de 1 sur 100 (1 %) de plus que votre voisin qui n’a pas eu la COVID. C’est significatif, mais est-ce que cela doit vous empêcher de dormir ? Certainement pas. 

Si la COVID vous a amené à l’hôpital, et encore plus aux soins intensifs, alors l’augmentation du risque est vraiment plus importante. Est-ce que le vaccin ou éventuellement les médicaments, en diminuant de façon draconienne le risque d’hospitalisation, vont aussi permettre d’éviter ce genre de complications ? C’est fort probable, même si on ne dispose pas encore d’études claires appuyant cette hypothèse.

Comment me protéger ? 

Cette étude est très pertinente, parce qu’elle accroît les connaissances que nous avons sur la COVID-19 et donne une idée de la hausse du risque cardiovasculaire engendré par l’infection. Elle montre que l’hospitalisation amène beaucoup plus fréquemment ce genre de complications à moyen terme.

On voit aussi que la COVID-19, au-delà des hospitalisations et des décès initiaux, c’est plus compliqué à moyen et à long terme… qu’une grippe, comme chacun sait.

Les commentaires sont fermés.

Je suis vaccinée trois doses mais un mois après mon 3e vaccin, j’ai attrapé la Covid, je n’ai eu que des symptômes légers mais depuis ce temps, je sens une pression au coeur. Je suis en santé et active mais Je fais de l’hypertension mais c’est contrôlé par un médicament et je prends du letrozol, médicament anti-cancer.
Avez-vous des données sur cette pression au coeur. Merci !

Bonjour. Malheureusement, on ne peut faire de consultation médicale (ou donner un avis) ainsi. Je vous invite à en parler à votre médecin. Je vous souhaite bonne chance.

Merci Monsieur Vadeboncoeur de nous éclairer. A ma connaissance, vous êtes la seule voix dans les médias québécois qui nous aide à interpréter objectivement les informations sur la Covid.

Merci pour votre commentaire, bien sûr très nettement exagéré 😉 mais qui fait d’autant plus plaisir que c’est à tout le moins mon but: renseigner et éclairer autant que possible. Tant mieux si j’y arrive parfois. Bonne journée!