COVID-19 : des tests rapides pour affronter les virus de l’automne

Divers virus respiratoires aux symptômes semblables à ceux de la COVID-19 risquent de se répandre au Québec cet automne. Ira-t-on faire la file au centre de dépistage à la moindre toux ?

Oleksandr But, undefined undefined / Getty Images / Montage L'actualité

Après une accalmie due aux strictes mesures sanitaires de l’an passé, les virus respiratoires ont entamé leur grand retour, au moment même où le variant Delta engendrait une quatrième vague dans une population pas complètement immunisée. Le Québec, comme plusieurs autres régions du monde, est déjà aux prises avec une forte hausse des cas de virus respiratoire syncytial (VRS) en septembre, alors que cette infection est normalement présente seulement de fin octobre à fin février. Le VRS donne souvent un simple rhume aux adultes, mais il est dangereux pour les bébés et les jeunes enfants, chez qui il peut causer des bronchiolites et des pneumonies. 

Malgré toutes les mesures en vigueur dans les garderies et les écoles, comme le port du masque à partir de la première année du primaire, les rhumes sont aussi déjà très nombreux chez les enfants. La circulation des différents virus qui donnent cette infection banale risque fort de s’intensifier dès que le froid de l’automne va s’installer, puisque c’est leur saison de prédilection, avec le printemps. La grippe a également déjà pointé le bout de son nez. Bon an, mal an, les virus de l’influenza touchent de 3 % à 7 % des adultes chaque hiver, et encore plus d’enfants. On ne sait pas quelle sera l’ampleur de leur retour en force ni quand il aura lieu. 

« La quatrième [vague] est celle des non-vaccinés, mais aussi celle des autres virus respiratoires. »

Jean Longtin, infectiologue et professeur à l’Université Laval

La COVID ou un autre virus ?

Pour la première fois depuis le début de la pandémie, on va donc devoir affronter en même temps la COVID et les virus respiratoires habituels. Distinguer les deux va devenir compliqué pour les autorités de santé publique et pour chacun d’entre nous. 

Comme les vaccins n’empêchent pas complètement les infections, bien des personnes immunisées risquent encore d’attraper le SRAS-CoV-2. Les cas graves seront rares, mais une partie des vaccinés-infectés auront des symptômes. Et ce ne sera peut-être pas ceux auxquels on est habitués : selon une étude publiée début septembre, ces personnes déclarent souvent un écoulement nasal qui peut être accompagné d’une toux légère et d’un peu de fièvre. Bref, quiconque aura la goutte au nez et un peu mal à la gorge devra se soumettre à un test de dépistage pour vérifier s’il s’agit de la COVID ou d’un rhume banal. Évidemment, les vaccins contre la COVID ne protègent pas contre les autres virus.

Quand bien même la quatrième vague se calmerait, il faudra tester de nombreuses personnes dans les prochains mois afin de limiter la propagation du SRAS-CoV-2 et de bien comprendre ce qui se passe, surtout si de nouveaux variants apparaissent.

Début août, le Comité consultatif d’experts du Canada en matière de tests et de dépistage de la COVID-19 a rendu son cinquième rapport, passé inaperçu, qui prédisait que l’arrivée des virus respiratoires allait beaucoup compliquer la lutte contre la COVID cet automne. On craignait notamment un engorgement des centres de dépistage à la rentrée, car certains ont été fermés en raison de la baisse des cas pendant l’été. 

Et malheureusement, par manque de prévoyance, c’est exactement ce qui s’est produit au Québec, avant qu’on ajuste le tir. « Chaque vague demande une stratégie de dépistage différente. La quatrième est celle des non-vaccinés, mais aussi celle des autres virus respiratoires », explique l’infectiologue Jean Longtin, professeur à l’Université Laval, spécialiste des tests et membre du comité fédéral. 

Comment tester pour moins manquer l’école ?

La semaine dernière, au Québec, 25 % des cas de COVID ont été détectés chez des enfants de moins de 9 ans, et 25 % des écoles primaires comptaient au moins un cas actif. Alors que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, avait annoncé aux parents un automne avec moins de perturbations, le protocole de gestion des cas et des contacts recommandé par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour limiter la propagation du variant Delta a rapidement tourné au cauchemar dans les écoles, car beaucoup d’enfants sont considérés comme des contacts « à risque modéré », qui doivent s’isoler et être testés. Même si la marche à suivre prévoit que les enfants « à risque faible » n’ont pas besoin de s’isoler, la multiplication des cas positifs occasionne beaucoup d’absences.

Un enfant qui a le nez qui coule ou d’autres symptômes ne devrait pas être envoyé à l’école, pour éviter la propagation des virus, quels qu’ils soient. Mais bien des parents risquent de passer outre, et cela se comprend : les enfants ont déjà tellement manqué l’école, et s’il fallait que certains n’aillent pas en classe dès qu’ils sont un peu morveux, ils n’iraient pas souvent ! Dans ce genre de situation, les parents devraient s’assurer eux-mêmes de ne pas transmettre l’infection, s’ils l’attrapent, en respectant les consignes sanitaires mises sur pied pour la COVID. Ce n’est pas le moment d’avoir des invités !

Pour tenter de minimiser les fermetures de classes et la propagation du virus, la pédiatre infectiologue Caroline Quach-Thanh a testé au printemps dernier l’utilisation du test rapide antigénique Panbio dans deux écoles de Montréal. Ce test est basé sur un prélèvement nasal assez facile à faire pour être confié au personnel scolaire. Il repère la protéine du SRAS-CoV-2, alors que les tests PCR utilisés dans les centres de dépistage reposent sur la détection des acides nucléiques. Il est moins sensible que les PCR, sauf quand le virus est présent en grande quantité ; il peut donc rater des cas, mais il trouve les plus contagieux.

Caroline Quach-Thanh a conclu que le test Panbio était très efficace pour dépister le virus de la COVID chez les enfants qui ont des symptômes dans le courant de la journée. Ses analyses ont été transmises au ministère de la Santé et des Services sociaux en mai, mais la rentrée s’est déroulée de manière chaotique dans les quatre quartiers de Montréal et Laval aux prises avec un haut taux de circulation du virus, où ces tests devaient être déployés dès la reprise des classes. La semaine dernière, le gouvernement du Québec a finalement décidé d’étendre les tests rapides aux écoles primaires de 10 régions

Les tests antigéniques seront utilisés avec les enfants symptomatiques pour lesquels les parents ont donné leur accord. « On pense que le seul symptôme du nez qui coule ne justifie pas un test. Mais si l’enfant commence à toussoter, il faut alors vérifier rapidement si la COVID est en cause », explique Caroline Quach-Thanh. Si le résultat est négatif, l’enfant peut continuer sa journée et personne n’a à s’isoler ou à passer de test. S’il est positif, il est isolé jusqu’à ce que ses parents viennent le chercher. Le résultat doit alors être confirmé dans un centre de dépistage.

Plusieurs experts considèrent que les autorités ont injustement boudé les tests rapides, qui auraient pu faciliter la gestion de la crise sanitaire.

Une amélioration possible serait de procéder comme cela se fait déjà à Laval depuis le début de 2021, à l’initiative du CISSS de cette région : quand un cas de COVID est découvert dans une classe, tous les élèves reçoivent une trousse de prélèvement salivaire à faire chez eux. Ils ont juste à cracher dans un petit tube que les parents vont porter au centre de dépistage, sans devoir faire la file. Une équipe de chercheurs associée au CISSS de Laval a démontré, dans une étude publiée en août, que les échantillons de salive obtenus de cette manière fournissent des résultats aussi fiables que les prélèvements dans le nasopharynx par un professionnel de la santé. Cette initiative très intéressante mériterait d’être généralisée, et des réflexions en ce sens sont en cours au ministère de la Santé.

Une stratégie à adopter ? 

Dans plusieurs pays, les autorités locales ont plutôt choisi de faire passer fréquemment à tous les élèves, symptomatiques ou non, des tests rapides antigéniques. « C’est certain que de cette manière, on maximise le nombre de cas qu’on peut détecter, mais au prix d’un énorme effort », dit Caroline Quach-Thanh, qui n’a réussi à attraper que quelques cas asymptomatiques lors de son expérience ce printemps — avant l’apparition du variant Delta. Même si les prélèvements sont vite faits, le dépistage massif à l’école prend beaucoup de temps, et évidemment requiert de très nombreux tests. L’économiste Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, est persuadée que cela vaudrait quand même la peine. « On sous-estime les bénéfices financiers, si l’on considère le coût du traitement de la maladie, mais aussi, par exemple, le nombre de jours de travail manqués par les parents pour aller passer un test, ainsi que les autres avantages, plus intangibles, relativement à la qualité de vie de la population, comme le fait de rassurer les gens rapidement », estime-t-elle. 

Récemment, des chercheurs français ont tenté de modéliser l’effet d’un programme de dépistage régulier à l’aide de tests salivaires dans des écoles primaires sur le nombre de cas de COVID, mais aussi sur les jours d’école perdus. Ils ont comparé ce scénario à celui de la fermeture totale d’une classe chaque fois qu’un cas est découvert. En tenant compte du taux de vaccination des enseignants et des caractéristiques du variant Delta, ils ont estimé qu’un test hebdomadaire pourrait diminuer de 24 % le nombre de cas au primaire, et de 90 % le nombre de jours d’école perdus. À condition, toutefois, que la moitié des parents acceptent que leur enfant soit testé — un taux qui correspond à celui observé dans les écoles françaises qui ont utilisé cette stratégie. 

Leur étude basée sur un modèle théorique est complémentaire à celle de la Dre Quach-Thanh, qui repose sur une expérimentation menée dans deux écoles. Ses conclusions ne s’appliqueraient toutefois pas nécessairement au Québec, où les cas contacts à risque faible n’ont déjà pas besoin de s’isoler. 

Une autre étude vient aussi d’être publiée au sujet d’une expérience réalisée en Angleterre, dans des écoles secondaires, avec une méthodologie encore complètement différente. Cette fois, les chercheurs ont comparé des écoles où un dépistage antigénique quotidien avait été implanté et où seuls les élèves déclarés positifs étaient isolés avec des écoles où ce dépistage n’avait pas été fait, mais où les classes étaient fermées quand un cas de COVID était découvert. Étonnamment, ils ont trouvé que ces deux stratégies avaient fait peu de différence quant au nombre de cas survenus parmi les contacts… et au temps de classe perdu. Vraiment pas facile d’y voir clair ! 

Chose certaine : il va falloir suivre ce dossier de près, en documentant bien les effets de la stratégie choisie au Québec et le pourcentage de parents qui refuseront d’y adhérer.

Des autotests pour la quatrième vague ?

Jusqu’à présent, le Québec, tout comme le reste du Canada, a très peu misé sur les tests rapides antigéniques pour contrôler l’épidémie, même s’ils sont largement utilisés dans d’autres pays. L’hésitation des autorités québécoises vient d’abord du fait que ces tests sont moins fiables que ceux qui reposent sur la technologie PCR : notamment, ils peuvent donner beaucoup de faux positifs dans certaines circonstances, ce qui oblige de nombreuses personnes à s’isoler pour rien. 

Ces tests permettent toutefois de repérer les individus les plus contagieux, puisqu’ils produisent très peu de faux négatifs quand la charge virale est élevée. Ils peuvent donc couper court à des chaînes de transmission. Plusieurs experts, comme Jean Longtin, estiment que le Québec a boudé un outil qui, bien utilisé, aurait pu l’aider à mieux gérer la pandémie.

Maintenant que les autres virus respiratoires sont présents, les autorités auraient tout intérêt à reconsidérer l’usage de ces tests rapides, pour voir s’ils pourraient contribuer à mieux passer au travers de la quatrième vague, et pas juste dans les écoles.

Dans de nombreux pays, comme aux États-Unis ou en France, on peut acheter des autotests antigéniques rapides dans les pharmacies pour l’équivalent d’une dizaine de dollars par test. Mais pas encore au Canada, où un premier autotest de ce type destiné à la vente aux consommateurs, fabriqué par l’entreprise Quidel, vient seulement d’être approuvé par Santé Canada. Deux autres autotests basés sur la détection des acides nucléiques sont également autorisés. Pour une centaine de dollars, ils donnent un résultat à peu près aussi fiable que celui obtenu dans les centres de dépistage. On ne sait pas quand leur vente dans les pharmacies pourrait commencer.

Pour les experts du comité fédéral, tous ces autotests pourraient être très utiles pour aider à mieux gérer la suite de la pandémie, en complément des centres de dépistage, surtout compte tenu du retour des autres virus respiratoires. Ils recommandent que ces tests soient abordables ou gratuits, au moins pour les personnes les plus vulnérables à la COVID. Ils pourraient, par exemple, être distribués dans des quartiers où le virus circule toujours activement et où les taux de vaccination restent bas. 

Les parents pourraient aussi s’en servir pour tester leur enfant avant de l’envoyer à l’école quand il a le nez qui coule, et se tester eux-mêmes. Il faudrait cependant voir si les performances des tests se maintiennent chez les gens vaccinés qui sont quand même infectés, avec le variant Delta ou un autre, pour choisir la manière dont on pourrait les utiliser. Que fera le Québec avec ces autotests ? À suivre…

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