COVID-19 et climat : Contrer les mécanismes du déni par un vaccin démocratique

Que ce soit à propos de la COVID ou du climat, les théories du complot sont le signe d’un mal profond: l’affaiblissement de la démocratie. 

Photo : L'actualité

Ancien directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David-Suzuki, l’auteur est maintenant président-directeur général de la Fondation du Grand Montréal.

Le traumatisme social provoqué par la COVID-19 a mis en relief les lignes de fracture et les failles de nos sociétés, qu’elles soient économiques, sociales, raciales ou démocratiques. Parmi celles-ci, nous assistons depuis quelques mois à une recrudescence des théories conspirationnistes et du déni de la science au sein d’une partie de la population. Bien que marginale, cette mouvance est symptomatique d’un malaise démocratique qui progresse depuis plusieurs années, et qui risque de nous paralyser devant des menaces d’ampleur inédite comme la pandémie de COVID-19 et les changements climatiques.

La lutte contre la COVID-19, comme celle contre les changements climatiques, implique des actions collectives à grande échelle, déployées à travers des mesures fiscales ou réglementaires entraînant des contraintes aux libertés individuelles, qui sont justifiées pour le bien-être du plus grand nombre. Ceci heurte directement des gens qui soutiennent une idéologie libertarienne et pour qui la liberté individuelle prime sur le bien collectif, ainsi que ceux et celles qui ont perdu confiance en l’État ou qui se sont désengagés de nos institutions civiques. Dans le cas de la COVID-19 comme du climat, ces groupes et ces individus déploient huit stratégies de défense et de déni dont la mécanique et les causes doivent être mieux comprises : 

1. Le déni de la science : La COVID-19 ou le réchauffement climatique n’existent pas, ou leur gravité est exagérée. 

2. La sélection des sources : On privilégie les sources conformes à nos opinions, en identifiant des scientifiques dissidents qui contestent les connaissances établies par la communauté scientifique et en rejetant l’ensemble des sources validées scientifiquement. 

3. La sélection des faits : On sélectionne des faits anecdotiques qui vont à l’encontre des données scientifiques et confirment nos opinions. « Il fait froid aujourd’hui, donc le réchauffement climatique n’existe pas. » « Untel a eu la COVID-19 sans même avoir de symptôme, donc la maladie n’est pas dangereuse. »

4. La sélection des statistiques : Comme pour les faits, on tente ici de manipuler les statistiques pour leur faire invalider la science. En manipulant les années de référence, certains ont faussement affirmé que le réchauffement climatique s’est arrêté en 1998. D’autres ont utilisé diverses statistiques pour prétendre que la pandémie était terminée, ou qu’elle ne faisait pratiquement pas de victimes. 

5. La thèse conspirationniste : Pour se conforter dans le déni, on doit adhérer à un récit alternatif qui vient donner un sens aux opinions préformées. On affirme, pour le climat comme pour la COVID-19, que les scientifiques font partie d’une vaste conspiration visant à renforcer le contrôle de l’État sur la vie des citoyens, voire à imposer une forme de dictature mondiale.

6. L’inversion de la balance des inconvénients : Une fois que l’on a accepté la thèse de l’innocuité de la COVID-19 ou du dérèglement climatique, on peut inverser la balance des inconvénients : la lutte contre le réchauffement climatique ou la COVID-19 devient trop coûteuse compte tenu de l’impact de ces phénomènes. 

7. La stratégie de la ligne rouge : Dans un contexte de perte de confiance généralisée, et armée de thèses conspirationnistes, toute atteinte à la liberté — incluant les mesures réglementaires et fiscales — devient suspecte et constitue un une atteinte injustifiable à un droit fondamental, voire un pas vers la dictature. Chaque nouvelle contrainte est une frontière à défendre : contre le masque, contre le vaccin, contre les mesures de confinement, contre la taxation du carbone. La proposition est donc de refuser les faits pour ne pas avoir à subir de contraintes. 

8. L’intimidation : Se sentant en situation de légitime défense, une grande partie des gens qui adhèrent à cette mouvance sont agressifs et utilisent l’intimidation pour imposer leur point de vue, sur les réseaux sociaux ou ailleurs. Comme dans tout mouvement extrémiste, ceci a pour effet de faire taire les voix modérées ou opposées. On n’a qu’à penser ici aux manifestants armés sur les marches du Capitole du Michigan, aux menaces de mort contre Greta Thunberg ou certains climatologues, ou encore aux nombreux gestes d’intimidation envers des journalistes ces derniers mois.

Dans le cas du climat, il a été documenté que les thèses négationnistes ont été délibérément répandues dans le cadre de campagnes financées par les industries du charbon et du pétrole. Dans le cas de la COVID-19, bien qu’il ne semble pas pour l’instant que la mouvance négationniste émane d’une campagne délibérée, il est évident que les campagnes menées sur les réseaux sociaux par divers pays pour miner la confiance du public occidental ont créé un terreau fertile pour les théories conspirationnistes et négationnistes. Ainsi, on ne se surprendra pas de constater que les mêmes personnes se retrouvent souvent au sein de groupes anti-climat, anti-masque ou anti-immigration. 

Le succès de la lutte contre la COVID-19 ou le dérèglement climatique dépend de notre capacité collective à établir des consensus fondés sur la science et le dialogue démocratique. Et c’est ici que le bât blesse : la confiance envers la science et les institutions et processus démocratiques s’effrite presque partout en Occident depuis une dizaine d’années, ce qui risque de paralyser notre capacité collective à répondre aux menaces sanitaires, environnementales ou autres auxquelles nous devons faire face. La montée récente de ces groupes conspirationnistes est la dernière manifestation de cette tendance préoccupante. 

Il ne sert à rien de dénigrer ou de dénoncer ceux et celles qui adhèrent aux thèses complotistes. Ce sont nos concitoyen.ne.s et la démocratie implique que leur opinion soit entendue. Cependant, nous tenons depuis trop longtemps notre démocratie pour acquise et négligeons de cultiver les cultures civique et scientifique sur lesquelles elle est construite. Le temps est venu de sortir de notre déni et d’accepter la vérité pour ce qu’elle est : notre démocratie faiblit et ses fondements sont assiégés. 

Nous avons besoin d’un vaccin démocratique qui inoculera une forte majorité de la population. Il faut, de toute urgence, agir pour restaurer la confiance, rétablir la culture civique, valoriser le dialogue et donner à chaque citoyen une éducation à la citoyenneté et une culture scientifique digne de ce nom. Il en va de la santé de nos institutions et de notre capacité collective à traverser un siècle d’incertitudes, de bouleversements et de grands vents, un siècle qui nous met déjà à l’épreuve avec la pandémie mondiale de COVID-19 et la crise climatique. 

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Il est triste de voir que ceux qui ont la chance d’avoir une tribune, ce servent de sujets non reliés pour faire passer de démoniaque toutes les causes. Je suis derrière la science pour les dossiers environnement, je ne suis pas contre le masque dans plusieurs circonstances, et je ne connais aucune impulsion raciste. Et je sais que le virus existe. Toutefois, la science démontre clairement avec des chiffres que ce virus ne justifiait pas les mesures de confinement, l’arrêt de l’économie, le refus de soigner, l’endettement des générations et les drames qui accompagne le tout. Ceux qui écrivent ce genre d’article ont l’esprit fermer et une grave lacunes de capacité d’analyse et de réflexion.

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Bien dit. Et j’ajouterais qu’il ne faudra pas trop se hâter de sortir un vaccin, sinon celui vaccin risquerait d’avoir des effets néfastes inconnus.

On peut dire que vous n’y allez pas de main morte avec l’insulte : « Ceux qui écrivent ce genre d’article ont l’esprit fermer et une grave lacunes de capacité d’analyse et de réflexion.» L’auteur n’en méritait pas tant. Je partage pour ma part ses inquiétudes quant à la santé de la démocratie occidentale et je crois comme lui pour que notre société doit dispenser une meilleure éducation civique et scientifique. Après tout, c’est la démocratie, la société de droit et la liberté de parole qui nous permettent à vous et à moi de nous exprimer sans crainte ici. Je crois aussi que la nébuleuse complotiste qui réunit pêle-mêle les anti-vax, anti-masque, anti-5G, QAnon, pro Trump, suprémacistes Blancs, etc. dans une alliance qui croit que «tous les politiciens sont des imbéciles corrompus qui ne sont là que pour se remplir les poches et pour servir le grand capital ou un autre maître occulte et tout puissant est à la fois un symptôme alarmant et un poison corrosif.

Bien que les propos de Karel Mayrand soient plutôt éloquents et bien que je partage bon nombre de ses vues en matière de changements climatiques et d’environnement, je pense qu’il s’avance un peu trop dans sa démonstration. En sorte qu’il ne vise finalement pas dans la bonne direction.

Ainsi lorsqu’il écrit en fin de cette chronique ceci : « (…) la confiance envers la science et les institutions et processus démocratiques s’effrite presque partout en Occident depuis une dizaine d’années (…) », il se trompe. S’il y a bien une crise de confiance, cela existe et perdure depuis un demi-siècle. En sorte que le déficit de confiance, n’empêche nullement les institutions de fonctionner.

Et franchement, il n’est absolument pas besoin de souscrire au « conspirationnisme » pour savoir que de tout temps, on nous trompe. Même tout le 20ième siècle est marqué de personnes de tous bords qui dénoncent toutes les formes de propagandes.

J’adhère cependant en tous points pour une culture — de préférence joyeuse -, tant civique que scientifique. Je ne crois pas néanmoins que cette culture soit construite sur la démocratie. Elle est plutôt construite sur la lumière et c’est peut-être un tort que les États démocratiques se la soient appropriée.

Plusieurs régimes totalitaires se sont aussi approprié la science quitte à la pervertir et on fait de diverses valeurs civiques leur modus vivendi. Ainsi certaines théories comme la Théorie de Darwin viennent-elles alimenter les débats raciaux qui sévissent encore aujourd’hui. La science aurait démontré que la race juive (qui n’est pas à proprement parler une race), qu’elle serait totalement dégénérée. Parfois ce ne sont pas des sciences alternatives ou des dissidents qui nomment l’innommable. — Comment alors s’y retrouver ?

Il ne faut pas s’étonner outre mesure que sous ce vernis civilisationnel, pour paraphraser Sigmund Freud, il soit tout un magma incontrôlé qui montre de quoi est toujours faite la véritable humanité. En sorte que des éruptions sont toujours possibles. Reste à savoir de quelle façon pouvoir les examiner.

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Sans aller aussi loin que André St-Denis, j’avoue que je suis un peu dépité par ce genre d’article très dogmatique. Ceux qui ne souscrivent pas à 100%, ne serait-ce que 90% sont considérés comme des complotistes !!!
Or il faut bien admettre, comme le dit très bien serge Drouginsky, que ce n’est pas tant la démocratie qui est en danger mais plutôt l’esprit des lumières. Et clairement, cet article n’est pas « éclairé »…
Ne peut-on pas se poser la question de la force de la réaction au regard des conséquences sociales et économiques sans être un complotiste ? A partir de combien de mort faut-il avoir ce genre de réaction ? Pourquoi ne pas l’appliquer à la circulation routière (interdite), à la vente d’échelles (trop d’accidents graves par an), etc. Et si on investissait 750milliards dans la recherche contre le cancer, est-ce qu’on ne sauverait pas plus de vie ?
Et s’agissant du climat et de la science, je suis sidéré de constater que l’auteur ne fait preuve d’aucune analyse critique. Si la science se résume aux rapports du GIEC, composé à 80% de non scientifiques, qui se contente de financer les recherches dont on connait à l’avance le résultat, bref, l’inverse d’une démarche scientifique, ce n’est pas sérieux.
Non pas qu’il faille remettre en cause l’effet évident des activités humaines sur la planète. Mais le climat, s’est autrement plus compliqué que ce que certains Ayatollah veulent bien faire croire pour des raisons politiqu(ard)es évidentes.
C’est de plus de lumière (et de culture) dont nous avons besoin, pas de plus de démocratie, surtout quand celle-ci se résume, pour beaucoup à sur-réargir sur twiter ou facebook.
La solution proposée (« Nous avons besoin d’un vaccin démocratique qui inoculera une forte majorité de la population ») ressemble trop à la révolution culturelle de Mao et ça, ce n’est jamais bon signe pour la démocratie 😉

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