COVID-19 et « faux positifs » : l’OMS n’a pas reconnu que les tests PCR étaient inexacts

Un tweet erroné a fait le tour du Web au Québec la semaine dernière. Vérification des faits.

Montage L'actualité

Contrairement à ce qu’on peut lire dans des publications qui circulent sur Facebook et Twitter parmi les internautes québécois, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas reconnu que les tests de dépistage PCR de la COVID-19 donnaient trop de faux positifs. Il s’agit en fait d’une interprétation fautive d’un avis de l’OMS.

Le 23 janvier, le candidat à la direction du Parti conservateur du Québec Éric Duhaime a publié sur sa page Facebook ce qui semble être une capture d’écran du compte Twitter du Dr David Samadi, un chirurgien américain qui dénonce sur les réseaux sociaux l’inexactitude des tests PCR depuis plusieurs mois et qui collabore au média conservateur Newsmax. La publication a été partagée plus de 2 000 fois.

Source : Éric Duhaime / Facebook

On peut y lire le message suivant, retranscrit tel quel : 

« L’Organisation mondiale de la santé a maintenant publié des directives aux laboratoires du monde entier pour réduire le nombre de cycles PCR afin d’obtenir une représentation plus précise des cas de COVID. Le cycle actuel était beaucoup trop élevé et entraînait la déclaration d’une particule positive. »

Plusieurs personnalités populaires contestant les mesures imposées par la santé publique ont d’ailleurs partagé le même tweet. Selon plusieurs, il s’agirait d’une preuve que le Québec trouve des cas positifs où il n’y en a pas.

Déboulonnons la fausse information étape par étape.

Vérifier l’affirmation

La publication, et les nombreuses interprétations qui en ont découlé, résulte en fait d’une mauvaise lecture et d’une compréhension erronée de cet avis de l’OMS, publié le 13 janvier dernier. La version anglaise du communiqué circule aussi abondamment partout sur le Web. Il s’agit du même avis, ils ont le même numéro de référence : 2020/5, version 2.

Mel Goyer, alliée de la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple et organisatrice d’une manifestation contre les mesures sanitaires en décembre dernier, a même partagé le lien vers l’avis directement sur sa page Facebook. Elle y suggère que le texte de l’OMS est une admission que « le nombre de cycles effectués est RIDICULE. Tous les experts s’entendent pour dire qu’on ne devrait pas effectuer plus de 25 cycles ». 

Les tests PCR (polymerase chain reaction ou, en français, réaction en chaîne par polymérase) sont utilisés pour détecter une signature génétique en particulier, dans ce cas-ci celle du virus SRAS-CoV-2, dans un échantillon de sécrétion. Une fois reconnue, la séquence génétique passe par plusieurs cycles d’amplification, où on double sa quantité, pour qu’elle soit détectable en laboratoire. 

Plus on doit amplifier le virus pour le détecter (on parle alors de cycles d’amplification), moins sa charge virale est élevée. Un échantillon qui a subi un grand nombre de cycles d’amplification peut donc revenir positif, même si la personne testée a une charge virale très faible ou n’est pas contagieuse. On parle alors de « faible positif ».

« Il n’est pas question [dans la communication de l’OMS] de réduire les seuils de cycles d’amplification », confirme Hugues Charest, biologiste moléculaire au Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ). On n’y admet pas non plus que des seuils élevés donnent trop de résultats positifs. En fait, l’avis demande au personnel des laboratoires de bien lire les modes d’emploi et de faire attention en interprétant les résultats des tests.

« En gros, [l’avis dit qu’]il faut suivre les instructions des fabricants, ces mêmes instructions qui ont été fournies à Santé Canada pour obtenir son approbation. [Et que] pour les faibles positifs, il faut faire plus attention et reprendre le test en cas de doute », précise Philippe Dufresne, responsable du secteur mycologie à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

« De toute manière, ce n’est pas le rôle de l’OMS d’imposer ces seuils », ajoute Hugues Charest. Au LSPQ, on arrête l’analyse des tests après 40 cycles d’amplification. 

Vérifier la source

Une capture d’écran d’un tweet ne suffit pas pour appuyer un argument ou pour identifier quelqu’un. Il est très facile de créer de faux tweets. Il faut donc retrouver la publication originale de David Samadi pour en avoir le cœur net. 

En lisant le tweet, une première lumière rouge : le médecin est américain. Pourquoi aurait-il alors écrit un gazouillis complet en français ? Il est d’ailleurs impossible de le trouver à la source, soit le compte Twitter du Dr Samadi, en transcrivant le contenu en français dans un moteur de recherche.

En utilisant les mots-clés « World Health Organization », « PCR » et « David Samadi », on tombe sur un article du média ultraconservateur Rebel News qui cite la publication du chirurgien. Le texte, intitulé « World Health Organization Updates PCR Test Guidelines » (l’OMS met à jour ses recommandations pour les tests PCR), fournit d’ailleurs un lien vers le tweet en question, qui a été publié en anglais le 21 janvier 2021. L’URL remonte bel et bien au compte de David Samadi.

En cliquant sur l’URL, on constate rapidement que le tweet a été supprimé, ce qui explique pourquoi il est difficile à retrouver. Un détail important qui n’est mentionné dans aucune des publications le citant.

Si l’on se fie au lien donné par Rebel News, la publication originale est en anglais. La capture d’écran partagée au Québec, où l’on peut lire le tweet en français, est donc une image manipulée.

Joint par L’actualité, le Dr Samadi a soutenu qu’il ne savait pas que son tweet avait été supprimé. Après une courte conversation, il a dit qu’il « [devait] aller vérifier [son] compte Twitter et [qu’il allait] rappeler ». Il n’a pas rappelé.

Amplifications et tests PCR

Au Québec, le pourcentage de faibles positifs est sous la barre des 10 %, explique Philippe Dufresne, de l’INSPQ. De plus, l’imposition d’une limite du nombre de cycles n’entraînerait pas une réduction notable des cas positifs, ajoute-t-il. « La moyenne [des cycles d’amplification] se trouve à environ 20. La majorité se situe bien loin du seuil de détection maximum. »

Au LSPQ, tout est mis en place pour empêcher la production de faux positifs, affirme le microbiologiste Hugues Charest. « Entre 37 et 40 cycles, on recommence l’analyse, pour éviter les contaminations croisées, précise-t-il. Nos tests sont tellement sensibles qu’on a peur que les échantillons contaminent ceux d’à côté. Oui, ça arrive. »

D’ailleurs, quand le test PCR COVID-19 a été mis au point au LSPQ, l’équipe du Dr Charest a expérimenté la technique sur des échantillons qui dataient d’avant la pandémie (où l’on ne retrouvait donc aucune trace du coronavirus). Si les échantillons avaient été déclarés positifs à la COVID-19, l’équipe aurait alors constaté que la technique n’était pas précise. « Et parmi ces 1 000 échantillons qu’on savait négatifs, on n’a trouvé aucun faux positif. »

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La vraie question est évidemment de savoir que parmi les personnes testées positives , certaines ne sont ni malades ni contaminantes
Il est essentiel de bien les distinguer des vrais positifs pour ne pas les tromper sur leur état de santé et ne pas les contraindre à prendre des dispositions inutiles

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