COVID-19 : faut-il vacciner les enfants ?

Bien des parents ont hâte que leurs enfants reçoivent une première injection. Patience : il faut attendre l’évaluation complète des risques et bénéfices du vaccin pour les petits corps au système immunitaire différent de celui des adultes et des ados.

sorrapong / Getty Images / Montage L'actualité

Ce qu’il faut retenir

  • Pfizer prévoit que ses essais avec des enfants de 5 à 11 ans seront terminés en octobre 2021. Ceux réalisés avec des tout-petits de 6 mois à 4 ans sont attendus au début de 2022. Moderna devrait publier ses résultats un peu plus tard.
  • Le système immunitaire très actif des enfants pourrait causer des effets secondaires (comme la fièvre et la fatigue) plus intenses que chez les adultes. Trois dosages différents sont donc à l’essai, pour vérifier si une plus petite dose permettrait d’éviter des désagréments.
  • Les comités sur l’immunisation regarderont de près d’éventuels effets rares, comme l’inflammation cardiaque qui a été vue chez certains adolescents, pour s’assurer que le vaccin est vraiment bénéfique pour les enfants, comparé au fardeau de la maladie. Comme chez les plus vieux, il est possible que des effets très rares soient découverts seulement une fois les vaccins administrés à un grand nombre d’enfants.
  • La vaccination des enfants pourrait avoir des bénéfices indirects importants pour eux, et pour le reste de la société, qui pèseront dans la décision que prendront les gouvernements.
  • Par souci d’équité et pour éviter la multiplication des variants, de nombreux experts voudraient que l’on priorise la vaccination des adultes dans les pays où l’accès aux injections est difficile.

D’ici quelques semaines, Pfizer et Moderna auront terminé les essais cliniques de leurs vaccins contre la COVID-19 destinés aux enfants de moins de 12 ans. Ils déposeront ensuite une demande d’approbation à la Food and Drug Administration (FDA) américaine, puis à Santé Canada. Si celle-ci est accordée, les comités d’experts en immunisation des paliers fédéral et provincial feront alors leurs recommandations aux gouvernements, qui décideront de la marche à suivre. La même chose se passera dans de nombreux pays, à peu près au même moment, quelque part cet automne. 

Bien des parents ont tellement hâte qu’aux États-Unis, des médecins ont commencé à donner les vaccins actuels aux moins de 12 ans. La FDA a dû leur rappeler que cela est fortement déconseillé tant que le dosage efficace et sécuritaire n’aura pas été déterminé, mais elle a aussi annoncé qu’elle ferait tout son possible pour accélérer l’évaluation des versions pour enfants.

Or, la décision des comités sur l’immunisation n’est pas courue d’avance, et il n’est pas impossible que certains pays choisissent de vacciner les enfants et que d’autres refusent de le faire.

Les essais en cours

Parmi les quatre vaccins autorisés pour les adultes au Canada, seuls les deux produits à ARN — celui de Pfizer-BioNTech et celui de Moderna — ont été approuvés pour les adolescents. Les essais d’AstraZeneca et de Janssen ont été suspendus à cause du risque de thrombose, qui s’avérait plus grand chez les jeunes adultes que dans les autres groupes d’âge. 

Pfizer a commencé ses essais avec des enfants en mars 2021, avec un vaccin en deux injections données à trois semaines d’écart. Trois doses différentes sont testées sur un groupe d’enfants de 5 à 11 ans et un groupe de 2 à 4 ans : 30 microgrammes, comme dans le vaccin des adultes et ados, et deux concentrations moindres (10 et 20 microgrammes). Les bébés de 6 à 23 mois reçoivent seulement le plus faible dosage. La société pharmaceutique compte terminer l’essai avec les 5-11 ans d’ici octobre, et avec les plus jeunes au début de 2022. 

Moderna a commencé au même moment, avec à peu près la même stratégie (un mois entre les deux doses, plusieurs dosages à l’essai), et ses résultats devraient arriver peu après ceux de Pfizer. 

Chez les deux fabricants, l’ARN présent dans les vaccins n’a pas changé. Il mime toujours celui de la souche d’origine, et non celui des variants apparus depuis.

Les deux entreprises ont dit vouloir enrôler quelques milliers d’enfants au total pour leurs essais. Comme ce fut le cas pour les adolescents, elles ne repartent pas à zéro, et c’est normal qu’il y ait moins de cobayes dans ces essais que dans ceux qui ont mené à l’autorisation des vaccins pour les adultes.

Afin d’évaluer l’efficacité du vaccin, les chercheurs vont surtout se baser sur les quantités d’anticorps neutralisants sécrétés par les enfants vaccinés, et les comparer à celles détectées chez les adolescents. Ils vont aussi mesurer le nombre de cas et de malades dans le groupe vacciné, par rapport au groupe non vacciné et qui n’a jamais eu la COVID avant. 

Efficacité et effets secondaires courants

« On verra les données quand on les aura, mais on s’attend à ce que les vaccins à l’essai soient très efficaces chez les enfants », explique le Dr Gaston De Serres, membre du Comité sur l’immunisation du Québec. Même une fois ces données connues, comme chez les plus vieux, il faudra cependant attendre le déploiement de ces vaccins à grande échelle pour évaluer leur efficacité réelle et leur capacité à prévenir la transmission du virus, la COVID symptomatique et les cas graves face au variant Delta qui risque de dominer encore d’ici l’arrivée de ces vaccins ou face à une nouvelle souche qui pourrait émerger. Le comité devra aussi décider de l’écart entre les deux doses, puisqu’il est possible que les trois semaines retenues pour l’essai clinique ne soient pas optimales.

Les données des essais fourniront beaucoup de détails sur le risque d’effets secondaires de courte durée dans les heures suivant l’injection, comme la fièvre, les maux de tête ou les douleurs musculaires qu’ont subis bon nombre d’adultes. On sait que le système immunitaire est plus réactif chez les enfants, car il doit être « costaud » pour combattre les nombreux microbes que l’on croise pour la première fois en bas âge. Il est donc possible qu’ils aient plus d’effets secondaires intenses après l’injection… mais qu’une dose moindre limite aussi ces effets. À voir. 

Le système immunitaire change beaucoup avec la puberté, et il n’est pas certain que celui des enfants réagira comme celui des ados. Chez ces derniers, une première estimation des effets secondaires à court terme du vaccin de Pfizer a été chiffrée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et comparée à ceux observés chez les adultes. Il semble que la plupart des symptômes classiques (fatigue, douleurs musculaires, maux de tête, frissons, etc.) aient été nettement moins ressentis par les 12-15 ans que par les 16-25 ans, sauf la fièvre, qui aurait touché environ un jeune sur dix après la première dose et un sur trois après la deuxième injection, dans ces deux tranches d’âge. 

Les données actuelles montrent que les jeunes sont plus susceptibles d’avoir une inflammation cardiaque en raison de la COVID-19 qu’à la suite du vaccin.

Combien d’effets rares ?

Les essais cliniques avec les enfants ne permettent pas de constater des effets secondaires très rares, mais potentiellement graves. C’était la même chose lors des essais avec les adolescents et les adultes, puisqu’on ne voit ces effets qu’une fois qu’un très grand nombre de gens ont été vaccinés. Au Québec, chez les plus de 12 ans, 0,0056 % des doses de vaccin contre la COVID administrées jusqu’à présent ont donné lieu à une déclaration d’un effet secondaire qualifié de « grave ». Les avantages de la vaccination l’emportent donc largement sur les risques.

Les experts devront évaluer si c’est aussi vrai pour les enfants, qui sont beaucoup moins susceptibles que les grands d’être gravement malades à cause de l’infection. Il y a des chances que les effets graves du vaccin restent plus rares que ceux de la maladie — actuellement, le pourcentage d’enfants déclarés positifs qui sont hospitalisés est de 0,67 % au Québec. Mais le risque réel de complications graves de l’infection est certainement bien moindre, à cause des asymptomatiques non testés et des hospitalisations qui ne sont pas dues au virus. Le calcul du risque d’effets graves, aussi rares soient-ils, doit donc être fait avec beaucoup de minutie.

Pour les adolescents, la surveillance des vaccins menée jusqu’à présent a permis de déterminer un seul risque rare inattendu. En comparant le nombre de myocardites et de péricardites survenant normalement dans la population à celui signalé dans les systèmes de surveillance, on a découvert une hausse de ces problèmes d’inflammation cardiaque dans les jours suivant l’administration du vaccin, particulièrement chez les jeunes hommes et après la deuxième dose.

Les données les plus récentes, en provenance des États-Unis, font état d’un risque évalué à 8 cas pour un million de deuxièmes doses de Pfizer et à 19,8 cas pour un million de deuxièmes doses de Moderna chez les 12-39 ans. Ces inflammations cardiaques sont souvent prises en charge à l’hôpital, mais elles sont la plupart du temps bénignes et se résorbent rapidement.

La COVID aussi augmente le risque de ces inflammations. En juillet, des chercheurs ont estimé, dans une prépublication, que le virus entraîne chez les garçons de 12 à 15 ans un risque de myocardite et de péricardite de 601 cas par million de jeunes infectés. C’est beaucoup plus que le risque engendré par le vaccin !

À l’école, la vaccination des enfants pourrait avoir tout un effet au quotidien en diminuant nettement les risques d’éclosion.

Il faudra voir ce que donnent les calculs pour les moins de 12 ans. Pour cette raison, en juillet, la FDA a demandé à Moderna et à Pfizer d’augmenter le nombre d’enfants dans leurs essais cliniques, même s’il était conforme aux pratiques habituelles pour les vaccins pédiatriques. De cette manière, croit la FDA, on va accroître les chances de détecter le risque de myocardite et de péricardite chez les petits, s’il existe. Pour la même raison, la FDA a aussi demandé récemment aux sociétés pharmaceutiques de présenter un suivi d’au moins deux mois pour au moins la moitié des participants à l’essai. Elles n’ont pas encore annoncé si cette nouvelle exigence allait allonger un peu leurs délais. Mais ces surplus de précautions devraient nous rassurer.

Des bénéfices importants

Outre le fait de les protéger contre les cas graves de la maladie, un vaccin présenterait plusieurs avantages majeurs pour les enfants. D’abord, comme chez les adultes apparemment, il pourrait diminuer les risques de COVID longue, un problème qui toucherait une minorité d’enfants infectés, mais dont on connaît mal les conséquences à long terme. 

À l’école, la vaccination des enfants pourrait avoir tout un effet au quotidien en diminuant nettement les risques d’éclosion, comme cela semble être le cas dans les écoles secondaires malgré la présence du variant Delta. C’est là un bénéfice important, même s’il faudra voir à quel point le vaccin empêche vraiment l’infection et réduit la transmission entre enfants, ou des enfants aux adultes. La perturbation des activités scolaires a une grande incidence sur le développement des petits.

Un vaccin faciliterait aussi le reste de la vie en société pour les enfants, leur permettant par exemple d’avoir une preuve vaccinale pour franchir les frontières.

Ces bénéfices indirects peuvent peser lourd dans la balance, mais ils ne sont pas toujours évalués de la même manière par les différents comités sur l’immunisation. Au Royaume-Uni, par exemple, le Joint Committee on Vaccination and Immunisation n’a regardé que les bénéfices directs du vaccin sur la prévention de la maladie quand il a évalué la situation des 12-15 ans. Jugeant ces bénéfices insuffisants pour les jeunes en bonne santé, il a recommandé le vaccin uniquement pour les ados vulnérables. Mais le gouvernement britannique vient finalement de décider, après consultation des experts en santé mentale, de quand même vacciner tous les jeunes de cet âge, pour diminuer les risques de fermetures de classes.

L’immunité collective grâce aux enfants ?

Dans un webinaire sur la vaccination des enfants organisé récemment par le British Medical Journal, certains experts ont rappelé que, pour des questions d’éthique, les personnes ne devraient être vaccinées que si elles en bénéficient directement. On ne peut donc pas les vacciner juste pour protéger les autres. Il reste que la vaccination des enfants pourrait avoir un effet sur les adultes de leur entourage susceptibles d’avoir des maladies graves et qui ne répondent pas bien au vaccin, comme les personnes immunosupprimées. 

En vaccinant les enfants de 5 à 11 ans, qui représentent 7,6 % de la population québécoise, on augmenterait l’immunité collective. Difficile de dire si cela serait suffisant pour barrer la route au virus, puisque les enfants, même non vaccinés, auraient moins tendance à transmettre l’infection que les adultes (c’était du moins le cas avant le variant Delta, et on ne sait pas si c’est toujours vrai). Les études ne sont pas encore claires sur le rôle que jouent les enfants dans la propagation du virus. Il y a de bonnes chances que leur vaccination massive diminue le risque d’infection dans les pays qui l’autoriseront, même si on ignore si cela aura vraiment une grande influence — surtout face à des variants qui réussiraient à circuler malgré les vaccins.

À l’échelle de la planète, cependant, bien des experts pensent que la vaccination des enfants sera contre-productive tant que les approvisionnements en vaccins ne suffiront pas à immuniser rapidement la population mondiale. D’une part, cela revient à privilégier des personnes peu susceptibles d’être gravement touchées, alors qu’ailleurs, bien des soignants et des aînés, qui risquent beaucoup plus de mourir de la COVID, n’ont toujours reçu aucune dose. 

D’autre part, en laissant circuler largement le virus dans de nombreuses régions du monde, on augmente le risque que de nouveaux variants qui diminueraient l’efficacité des vaccins émergent et finissent par s’introduire même là où une grande partie de la population est immunisée. Même si l’immunité collective était quasiment acquise dans certains pays, on parviendrait difficilement à fermer complètement la porte à de nouveaux variants — aucun pays n’a réussi à le faire depuis le début de la pandémie.

Jusqu’à présent, les comités sur l’immunisation du Québec et du Canada, comme ceux de la plupart des pays du monde, n’ont pas intégré ces éléments d’équité et de possible augmentation du risque futur dans leur évaluation de la pertinence de la vaccination chez les jeunes. Ils regardent avant tout le fardeau actuel de la maladie pour leurs concitoyens, et décident en fonction des caractéristiques des vaccins distribués par les fabricants et les gouvernements. 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle, a été claire sur le sujet dès que les fabricants ont soumis des demandes d’autorisation pour les vaccins pour les adolescents : ce n’est pas une bonne idée de vacciner les jeunes dans le contexte actuel, puisque la priorité des priorités devrait être de contrôler la propagation du virus à l’échelle de la planète tout en sauvant le plus de vies possible. Mais ce sont les gouvernements et les fabricants de vaccins qui ont le gros bout du bâton dans cette décision. C’est triste à dire, mais même si certains parents refusaient de faire vacciner leurs enfants pour des raisons de solidarité, cela ne changerait probablement rien au problème des pays pauvres, car il y a bien peu de chances que les doses épargnées leur soient acheminées. Et quel gouvernement aurait les reins assez solides pour oser dire non à la vaccination des enfants tant attendue par une majorité de parents ? 

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Toujours la même diatribe manipulatoire en y choisissant avec précautions le vocabulaire et les champs lexicaux de la peur et en guidant le lecteur dans la voie de la pseudo pensée majoritaire, qui soit disant passant n’existe que dans les articles de presse.
Les enfants sont l’avenir, sachant que cette thérapie peut avoir de fâcheuses conséquences et que les enfants réagissent bien à la covid, il est donc totalement abscons de leur faire prendre un tel risque. D’autant plus que si la génération des 18 et plus devait leur arriver quelques chose notre relève, elle, serait saine pour l’avenir. Mais non nous préférons les embrigadés avec le reste de la population.

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Article très complet qui aborde la plupart des problématiques et des questionnements.
Au sein de ma famille personne n’est pressé de faire vacciner les enfants et un temps de recul important sera pris comme cela a d’ailleurs été le cas pour les adultes avec une attention accrue sur les dosages proposé selon les tranches d’âge. Ce n’est en tout cas pas une priorité, le reste des adultes de la planète étant plus urgent à vacciner pour éviter qu’un variant en échappement immunitaire ne vienne réduire à zéro les efforts déjà déployés.
Et d’ici là, qui sait, il y aura peut-être un vaccin à inhaler, capable d’immuniser de manière stérilisantes les voies respiratoires qui sont les voies d’entrées du virus dans l’organisme.
Le bénéfice /risque chez les jeunes enfants n’est pas avéré, surtout si, comme les adultes, ils restent contaminants bien que vaccinés.

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