COVID-19 : la dose de rappel est-elle utile pour les jeunes ?

Chez les adultes, une dose de rappel du vaccin contre la COVID-19 vaut vraiment la peine. Les enfants et adolescents, eux, n’en ont pas tous besoin pour l’instant, car ils sont moins susceptibles de souffrir d’une COVID grave ou de longue durée, explique la chef du bureau science et santé de L’actualité, Valérie Borde.

sanjeri/Getty Images, montage : L’actualité

Au Québec, plus de quatre adolescents sur cinq ont reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19. Mais celles-ci ne les protègent sans doute plus guère contre les infections asymptomatiques ou donnant peu de symptômes. Une toute nouvelle étude en prépublication menée au Royaume-Uni montre en effet que deux mois après leur seconde injection, les 12-17 ans sont encore protégés à 80 % contre les infections par le variant Delta, mais seulement à 22 % contre celles dues à Omicron. Mais vaut-il pour autant la peine de leur administrer une dose de rappel comme aux adultes ?

Israël est le premier pays au monde qui a recommandé une dose de rappel pour tous les adolescents, dès août 2021. Les États-Unis, l’Allemagne et quelques autres pays ont pris la même décision début janvier, en faisant le pari que cela permettrait de diminuer pour un certain temps le nombre d’infections chez les adolescents et, par ricochet, de limiter l’ampleur de la vague Omicron. 

Une seule analyse a été menée à ce jour sur l’effet d’une dose de rappel chez les adolescents. Les données récoltées en Israël et encore non publiées ont montré que les jeunes sont mieux protégés contre les infections après leur troisième dose qu’ils ne l’étaient de cinq à six mois après la deuxième (reçue, dans leur cas, trois semaines après la première). 

Selon le ministère de la Santé israélien, les ados qui ont obtenu leur dose de rappel étaient, pour au moins de un à deux mois, quatre fois moins sujets aux infections par Omicron que ceux non vaccinés. 

Le vaccin, un atout en cas de maladie chronique

Aucune étude n’a pour l’instant démontré qu’une dose de rappel diminue les risques d’hospitalisation et de décès pour les adolescents, a rappelé la Dre Soumya Swaminathan, scientifique en chef de l’OMS, dans une conférence de presse le 19 janvier dernier. Précisons que les cas de COVID grave sont plutôt rares chez les ados, et qu’il faut donc du temps pour voir l’effet des vaccins.

Selon le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), la COVID-19 a envoyé à l’hôpital 97 adolescents depuis le début de la pandémie, un chiffre qui exclut les personnes infectées mais admises pour une autre raison. Sept d’entre eux ont été traités aux soins intensifs, et un est décédé. 

On ne sait pas combien de jeunes ont attrapé le virus au cours de la vague Omicron, à cause du manque de tests de dépistage. Toutefois, parmi les adolescents ayant passé un test PCR, le taux de positivité a atteint près de 40 %, signe que de très nombreux jeunes ont sans doute été infectés depuis décembre. Et 51 des 97 hospitalisations causées par la COVID-19 ont eu lieu pendant la cinquième vague. Le Comité a analysé les hospitalisations des adolescents québécois vaccinés et non vaccinés survenues au cours de la vague Omicron, en distinguant ceux qui avaient au moins une maladie chronique inscrite dans leur dossier médical. Chez ces jeunes, les maladies chroniques consignées étaient, par exemple, la dépression, le diabète, l’anémie, des maladies du foie et des maladies pulmonaires et neurologiques.

Le schéma ci-dessous présente le taux d’hospitalisations pour 100 000 jeunes. On constate que les deux doses de vaccin n’ont pas beaucoup d’effet sur le risque absolu d’hospitalisation, puisque celui-ci est déjà très petit. Mais la présence d’une maladie chronique augmente ce risque, particulièrement chez les jeunes qui ne sont pas vaccinés.

Taux d’hospitalisations des Québécois de 12 à 17 ans (pour 100 000)

Légende : Taux d’hospitalisation pour 100 000 personnes, répertorié depuis le début de la cinquième vague de COVID-19, en décembre 2021. Seuls les adolescents admis à l’hôpital en raison de cette maladie ont été pris en compte dans les calculs.

Plusieurs études réalisées avant la vague Omicron ont révélé que certaines affections préexistantes accentuent le risque de COVID grave pour les adolescents. Cette analyse du CIQ montre que même si ce variant est moins virulent que les précédents, les ados ayant une maladie chronique sont encore plus de deux fois plus sujets à être hospitalisés quand ils n’ont pas eu leurs deux doses de vaccin (ou une dose et une infection).

Et la COVID de longue durée ?

Les chercheurs ne s’entendent pas sur la prévalence exacte de la COVID de longue durée (ou syndrome post-COVID) chez les adolescents, et ils ignorent si les risques sont plus ou moins importants avec Omicron. Il est aussi possible, mais pas prouvé, que les vaccins diminuent ces risques chez les jeunes (comme il semblerait que ce soit le cas chez les adultes). 

Si les prévisions les plus pessimistes s’avéraient exactes, la COVID de longue durée pourrait affecter un très faible pourcentage des ados qui contractent l’infection. Il paraît clair en revanche que la grande majorité des ados touchés ressentent des symptômes peu graves et s’en remettent en quelques mois. On ne sait cependant pas, comme pour les adultes, quelles pourraient être les conséquences à long terme d’une infection.

Un vaccin peu risqué

Rien ne permet de croire que la troisième dose de vaccin soit plus problématique que les deux premières, que ce soit pour les jeunes ou pour les adultes. Une analyse publiée par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) le 11 février révèle d’ailleurs que chez les 82 millions d’Américains de plus de 18 ans qui ont reçu leur dose de rappel, les effets indésirables ont été moins nombreux après cette injection qu’après chacune des deux précédentes.

Des données préliminaires recueillies en Angleterre chez les 13-39 ans semblent montrer que le risque de myocardite ou de péricardite n’est pas notablement plus grand après une troisième dose qu’après les deux premières. On parle de quelques cas pour 100 000 doses, et ils se soignent généralement en quelques jours, sans laisser de séquelles. 

Ces risques sont très minces, mais le Québec — comme d’autres autorités — a tout de même pris la décision de n’offrir aux adolescents que le vaccin de Pfizer, qui donne encore moins de myocardites et de péricardites que celui de Moderna. C’est ce vaccin qui sera utilisé de nouveau pour les rappels.

Jusqu’à l’apparition du variant Omicron, la COVID-19 augmentait le risque de myocardite et de péricardite ainsi que la gravité de ces affections, beaucoup plus que ne le font les deux doses de vaccin. On ne sait cependant pas comment ce risque a évolué avec Omicron.

La recommandation du CIQ

Le CIQ a repris à son compte les recommandations émises par le Comité consultatif national de l’immunisation du Canada dans un avis publié le 28 janvier. Maintenant que le sommet de la vague Omicron est passé, une diminution temporaire du risque d’infection chez les ados n’est pas suffisante à elle seule pour justifier le déploiement à grande échelle de cette dose de rappel, estiment les deux comités. Mais la dose de rappel est quand même conseillée aux adolescents qui sont plus susceptibles de souffrir d’une COVID grave. Elle est donc recommandée aux ados ayant :

  • un cancer en cours de traitement ;
  • une maladie du rein chronique ;
  • une maladie pulmonaire chronique, y compris l’asthme non contrôlé ;
  • la fibrose kystique ;
  • un trouble neurodéveloppemental ou un autre trouble neurologique chronique, y compris l’épilepsie et les maladies cérébrovasculaires ;
  • le diabète de type 1 ou 2 ;
  • le syndrome de Down ;
  • une cardiopathie congénitale ou une autre maladie cardiaque chronique, y compris l’hypertension pulmonaire ;
  • une maladie du foie chronique ;
  • de l’obésité (indice de masse corporelle d’au moins 30) ;
  • une grossesse ;
  • une drépanocytose ou une thalassémie ;
  • des troubles liés à la consommation d’une substance ;
  • un état immunodéprimé, y compris une déficience immunitaire primaire, une greffe d’un organe solide ou de cellules souches hématopoïétiques, une infection au VIH ou un traitement immunosuppresseur.

Les personnes fragiles ou ayant des besoins complexes sur le plan médical se sont aussi vu conseiller la dose de rappel.

Une troisième dose était déjà recommandée pour les adolescents immunosupprimés un mois après les deux premières. Ils devraient donc désormais recevoir une quatrième injection comme rappel.

En outre, les adolescents vivant dans des établissements collectifs devraient également se faire administrer une dose de rappel, selon le CIQ, puisqu’ils sont exposés à un risque accru de transmission du virus entre eux et que la raison pour laquelle ils vivent en foyer (par exemple, des troubles du comportement) rend toute hospitalisation possiblement plus dommageable pour eux que pour les autres ados.

Là où les avis des deux instances diffèrent, c’est lorsque le CIQ recommande que la dose de rappel soit accessible à tous les adolescents qui désirent la recevoir. Le comité fédéral avait, pour sa part, préféré attendre avant de se prononcer pour ceux n’ayant pas de facteurs de risque. Or, comme d’autres pays ont autorisé ce rappel à tous, et qu’il ne semble pas présenter de risque particulier, le CIQ pense que cette possibilité va rassurer des parents et des ados qui craindraient qu’il ne leur soit pas proposé.

Comment choisir ?

Vous êtes un ado de 14 à 17 ans en bonne santé, ou le parent d’un jeune de 11 à 13 ans ? C’est à vous de choisir si vous voulez cette dose de rappel. Une telle liberté peut être déstabilisante, mais c’est une bonne chose, car cela permet à chacun de décider en fonction de son propre cas. Voici des éléments qui pourraient vous éclairer : 

  • Il est probable que la dose de rappel réduise les risques de la COVID-19 pour les adolescents, mais cette diminution n’est peut-être pas notable, et elle n’est pas prouvée.
  • La dose de rappel est sécuritaire. Comme les précédentes, elle pourrait être associée à un risque accru, mais très mince, de myocardite et de péricardite.
  • Il est probable que la dose de rappel diminue, au moins pour quelques semaines, le risque d’infection. C’est à considérer si vous avez dans votre entourage des gens vulnérables qui pourraient être plus susceptibles d’avoir une COVID grave.
  • Une dose de rappel accroît le sentiment de sécurité, mais elle ne dispense pas la personne l’ayant reçue des autres règles sanitaires, comme le port du masque.
  • Un résultat positif à un test PCR ou antigénique obtenu depuis le 20 décembre 2021, date à laquelle le variant Omicron est devenu dominant au Québec, fait qu’il y a très peu de chances que cette dose de rappel augmente l’immunité. Dans ce cas, comme pour les adultes, le CIQ recommande d’attendre au moins huit semaines, et idéalement trois mois, avant d’envisager une nouvelle injection.
  • N’oubliez pas, enfin, que la situation peut évoluer et qu’on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Une dose de rappel pourrait être conseillée à tous les ados plus tard, notamment si un nouveau variant faisait son apparition ou si la protection contre les risques de COVID grave déclinait largement, tout comme elle pourrait ne jamais être jugée vraiment utile pour tous.

Et pour les plus jeunes ?

Aucun pays n’a encore décidé d’administrer une dose de rappel aux enfants de 5 à 11 ans, sauf Israël, où un essai a débuté avec 1 000 enfants présentant un risque élevé de COVID grave. Les risques de la COVID à cet âge sont encore moindres que chez les adolescents, et il n’est pas dit qu’une dose de rappel améliore sensiblement la protection des petits.  

La Food and Drug Administration américaine a demandé à Pfizer de reporter sa requête visant l’approbation du vaccin pour les enfants âgés de 6 mois à 4 ans. Dans ce groupe d’âge, les participants à l’étude ont reçu deux doses de trois microgrammes (contre 10 μg chez les 5 à 11 ans et 30 μg chez les plus vieux). Les premiers résultats publiés par la société pharmaceutique ne montraient pas une protection suffisante pour les enfants de 2 à 4 ans, qui ont produit beaucoup moins d’anticorps que les enfants plus âgés. Étrangement, la réponse immunitaire des 6 mois à 2 ans était jugée suffisante. Mais Pfizer et la FDA estiment qu’il est plus sage et sécuritaire d’étudier les effets d’une vaccination initiale avec trois doses pour cette tranche d’âge. Les résultats sont attendus au mois d’avril.

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