COVID-19 : quand les symptômes durent des mois

Certains malades de la COVID-19 n’ont toujours pas retrouvé la santé des mois après avoir été infectés. Pourquoi?

Crédit : L'actualité

La plupart du temps, les symptômes de la COVID-19 se résorbent après environ deux semaines. Mais des mois après avoir contracté la maladie, certaines personnes n’ont toujours pas retrouvé leur forme d’avant, même si elles semblent avoir éliminé le virus, qui n’est plus détectable par les tests d’ARN. Leurs symptômes persistent, en continu ou par intermittence, ressurgissent d’un coup, ou bien elles ressentent de nouveaux symptômes qui les avaient épargnées jusque-là. 

Fatigue, souffle court, maux de tête, toux, douleurs articulaires, fourmillements, palpitations, impression d’avoir le cerveau embrumé, difficulté à se concentrer, problèmes de mémoire… Voilà les maux les plus couramment rapportés par les victimes de ce « COVID-long », les « long-haulers » comme disent les Américains, qui ont été les premiers à baptiser ainsi les victimes de cette maladie persistante. Ces patients sont des milliers dans le monde à échanger dans des groupes de discussion en ligne pour s’entraider, raconter leur maladie et, souvent, leurs difficultés à être pris en charge par les systèmes de santé.

On ne sait pas encore quelle proportion des personnes qui ont contracté la COVID est concernée. Selon une première estimation publiée en juin par la COVID Symptom Study, une étude pour laquelle plus de quatre millions de personnes ont rapporté leurs symptômes, environ 10 % des personnes infectées en éprouveraient durant plus de trois semaines.

« La première difficulté consiste à bien définir les cas qui sont rapportés », explique la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Toute personne chez qui les malaises persistent devrait consulter, pour que le médecin vérifie si ses symptômes pourraient être causés ou amplifiés par d’autres problèmes de santé. Une dépression ou une insuffisance cardiaque non diagnostiquée, par exemple, pourrait expliquer fatigue ou essoufflement. Mais il est désormais clair que la COVID peut à elle seule expliquer des symptômes qui durent. 

Plusieurs études ont débuté pour suivre ces malades au long cours. Au Canada, par exemple, la Canadian COVID-19 Prospective Cohort Study, menée par des chercheurs de Colombie-Britannique, va suivre pendant un an 2 000 Canadiens ayant été infectés, pour voir quels symptômes ils ont ressentis et pendant combien de temps. 

Presque tous les virus qui infectent l’humain peuvent avoir des conséquences à long terme plus ou moins graves chez une minorité de personnes. De nombreux virus — comme la grippe, le virus d’Epstein-Barr, le virus du Nil occidental ou même les coronavirus qui donnent le rhume ordinaire — peuvent causer une fatigue post-virale qui, chez certains malchanceux, dure des semaines, voire des mois. Le SRAS-CoV-2 donnera-t-il plus ou moins de problèmes à long terme que les autres virus ? On ne le sait pas.

Chose certaine, avec déjà plus de 33 millions de cas de COVID recensés dans le monde depuis le début de la pandémie, même si les effets durables étaient rares en proportion des cas, ils concerneraient beaucoup de personnes. À quoi pourraient-ils être dus ? 

Plusieurs hypothèses sur la table

D’abord, il est possible que certaines personnes peinent à éliminer complètement le SRAS-CoV-2.

« Il se peut que des cellules infectées aient combattu le virus grâce à leur arsenal antiviral, mais qu’elles n’aient pas complètement détruit son matériel génétique », explique Marc-André Langlois, professeur à l’Université d’Ottawa et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la virologie moléculaire et l’immunité intrinsèque. Lorsque ces cellules finissent par mourir de manière naturelle, comme le font toutes nos cellules au bout d’un certain temps, les morceaux d’ARN de coronavirus qu’elles hébergeaient pourraient à nouveau faire réagir le système immunitaire et redonner des symptômes.

Dans certains cas, ces fragments d’ARN, une fois relargués, pourraient même être assez nombreux pour redevenir détectables. Voilà qui expliquerait pourquoi certaines personnes ont eu des tests à nouveau positifs sans avoir été nécessairement réinfectées : elles n’avaient peut-être juste pas complètement éliminé le virus.

« Il se peut aussi que seulement quelques cellules soient restées infectées, ce qui ralentit la réplication du virus au point qu’il ne stimule plus le système immunitaire pendant un temps, jusqu’à ce qu’il parvienne de nouveau à reprendre le dessus », ajoute le chercheur. 

Des symptômes pourraient ainsi réapparaître chaque fois que le système immunitaire se remet en branle pour combattre le virus, jusqu’à ce que la moindre trace en soit éliminée.

Plutôt que d’être dus au virus, certains symptômes pourraient être engendrés par une réaction aberrante du système immunitaire, devenu défaillant à cause de l’infection, ou bien encore par des dommages à des organes causés par la forte réaction immunitaire contre le virus. 

Selon Marc-André Langlois, « ce risque concernerait surtout les personnes qui ont été très malades lors de l’infection initiale par le SRAS-CoV-2. Celles chez qui le virus a provoqué une tempête de cytokines — l’emballement du système immunitaire à l’origine de la majorité des décès de la COVID — ont encore plus de risques de mettre longtemps à s’en remettre, voire d’en garder des séquelles permanentes ». Des études préliminaires montrent aussi que les personnes qui souffraient déjà de comorbidité, comme le diabète de type 2 ou l’hypertension, seraient aussi plus à risque. 

Plusieurs études montrent que l’inflammation par laquelle le système immunitaire combat le coronavirus peut parfois persister plusieurs semaines après que celui-ci a été vaincu, même chez des personnes qui n’avaient pas été gravement malades au départ.

Les problèmes inflammatoires consécutifs à une infection se produisent aussi avec d’autres virus. Par exemple, parmi les personnes qui ont eu une grosse grippe, on pense qu’une sur 10 développerait une myocardite, une inflammation du muscle cardiaque qui, généralement, finit par se résorber complètement. Dans plus de la moitié des cas, ces myocardites ne donnent même pas de symptômes. Mais il arrive qu’elles provoquent de l’arythmie, et dans de très rares cas, qu’elles endommagent irrémédiablement le cœur au point qu’il faille recourir à une greffe.

La rougeole, elle, provoque dans un cas sur 1 000 une encéphalite causée par une réaction anormale du système immunitaire, qui se met à attaquer le cerveau plutôt que de simplement combattre le virus. 

« Avec le coronavirus, on craint surtout des dommages au cœur, aux poumons et au cerveau », explique la Dre Cécile Tremblay. 

L’équation cœur-poumon-cerveau

Le magazine Science rapportait ainsi récemment le cas d’un Britannique de 49 ans ayant souffert d’une myocardite aiguë un mois après avoir présenté des symptômes plutôt légers (perte d’odorat et essoufflement) au moment de l’infection. Il s’en est sorti après deux semaines aux soins intensifs. Pour une étude publiée en juillet dans JAMA Cardiology, des chercheurs allemands ont observé par résonance magnétique le cœur de 100 personnes ayant été infectées entre 64 et 92 jours auparavant : 60 présentaient des signes de myocardite.

Quelle proportion de ces cas va en guérir rapidement sans en garder de séquelles ? On ne le sait pas. Ce pourrait être grave… ou pas tant. « Ce qu’on craint surtout avec le SRAS-CoV-2, ce sont les dommages qui pourraient avoir été causés par des microthromboses, car on sait que ce virus en provoque beaucoup », explique Marc-André Langlois. D’ici quelques années, verra-t-on une augmentation de l’incidence des problèmes cardiaques ? Avoir eu la COVID-19 deviendra-t-il un facteur de risque d’infarctus au même titre, par exemple, que l’hypertension ? À voir. 

La perspective de séquelles pulmonaires plus ou moins durables est aussi inquiétante, même si les chercheurs croient qu’elles seront moins fréquentes qu’avec le SRAS-CoV-1, responsable de l’épidémie de SRAS de 2003, qui aurait laissé des séquelles pulmonaires durables à 20 % des malades.

Quelques études, encore à confirmer, montrent que le SRAS-CoV-2 peut laisser des séquelles dans les poumons pendant plusieurs mois. Par exemple, dans une étude publiée en août dans EClinicalMedicine, des chercheurs chinois ont analysé par tomodensitométrie les poumons de 55 personnes ayant été hospitalisées pour la COVID, trois mois après qu’elles se soient remises : 39 d’entre elles avaient encore des lésions pulmonaires visibles. Seules 14 personnes avaient dû recevoir de l’oxygène pendant leur hospitalisation, aucune n’avait été intubée. Elles avaient entre 32 et 62 ans et aucune n’avait d’antécédents de maladie des poumons. Ces lésions n’avaient cependant pas les mêmes conséquences pour toutes les personnes : 27 des 39 personnes ayant des lésions avaient des résultats parfaits aux tests respiratoires.

Là encore, des microthromboses pourraient être en cause, et les chercheurs croient qu’en dosant certaines protéines ayant un rôle à jouer dans la guérison des thromboses, on pourrait repérer les gens à risque de conserver longtemps une fonction pulmonaire affaiblie.

De la même manière, des symptômes tels que la fatigue, des troubles de concentration ou de mémoire ou des étourdissements pourraient être liés à des microthromboses dans les vaisseaux sanguins qui irriguent le cerveau, qui pourraient se résorber spontanément au bout d’un certain temps, ou bien n’avoir aucune conséquence.

Des effets à long terme sérieux mais rares ?

À plus long terme, la COVID engendrera-t-elle d’autres maladies chez les gens qui auront contracté l’infection ? Il est trop tôt pour le dire, et il se peut que certaines conséquences ne soient découvertes que dans des années. Si on se fie à ce que l’on sait des autres virus, il y a des chances que de sérieux effets à long terme soient rares.

Autant être prévenu, cependant : certains virus peuvent nous réserver des surprises assez terribles à long terme. Pour en revenir à la rougeole, par exemple, il faut savoir que, chez une personne sur 10 000 ayant contracté la maladie, l’infection ressurgit après huit ans pour donner une panencéphalite sclérosante subaiguë, une dégénérescence foudroyante du cerveau qui tue en l’espace de un à trois ans. Le virus d’Epstein-Barr, lui, pourrait expliquer pourquoi certaines personnes contractent la sclérose en plaques. On croit aussi que plusieurs virus pourraient accroître le risque de maladie de Parkinson.

Encore une fois, rien ne prouve pour l’instant que le coronavirus aura des conséquences aussi dramatiques. Toutes les recherches en cours pourraient aussi permettre de savoir quels types de personnes sont les plus à risque d’avoir des symptômes à long terme, pour les traiter préventivement par des médicaments qui cibleraient les thromboses ou l’inflammation, comme des anticoagulants ou des anti-inflammatoires. On n’en est pas encore là.

Mais comme l’indique Michael Marks, un infectiologue britannique interviewé par le magazine Science, il ne serait pas surprenant qu’à la suite d’une épidémie d’une maladie aiguë, on doive faire face à une épidémie de maladies chroniques

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