COVID-19 : quelle ampleur aura la sixième vague ?

Le Québec est bel et bien dans sa sixième vague de COVID. Voici ce qu’il faut savoir avant de céder à la panique… ou de hausser les épaules nonchalamment.

Azrok66 / Getty Images, montage : L’actualité

Depuis que les tests par PCR ne sont plus accessibles qu’à une fraction de la population, le professeur Marc Brisson, qui dirige le Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses, à l’Université Laval, peine à établir des projections quant au nombre de cas qui ne conduiraient pas à des hospitalisations. Or, il est possible que cette sixième vague entraîne de très nombreuses infections asymptomatiques, légères ou modérées à cause de la contagiosité accrue du virus, mais aussi du temps écoulé depuis la dose de rappel. En effet, selon les analyses réalisées au Royaume-Uni, l’efficacité de celle-ci contre les infections ne menant pas à des hospitalisations ou au décès chute rapidement : contre BA.2, elle passe de 74 % deux semaines après l’injection à 46 % huit semaines plus tard. Autrement dit, au Québec, les personnes qui ont eu leur rappel au début janvier sont quasiment deux fois moins bien protégées contre ces infections non graves aujourd’hui qu’au sommet de la vague Omicron.

Dans les pays d’Europe touchés par une sixième vague, les estimations du nombre de cas non graves pour celle-ci restent de deux à trois fois moindres que les maximums atteints au cours de la cinquième vague. Cela représente quand même beaucoup de gens qui doivent éviter d’aller au travail pendant quelques jours. Verra-t-on la même chose ici ? La montée en flèche de l’absentéisme dans le milieu de la santé n’augure rien de bon.

Dans le dernier mois, on a mieux compris l’effet du sous-variant BA.2, qui a commencé à se répandre plus tôt en Europe et en Asie qu’en Amérique du Nord. Plusieurs études récentes et assez solides, puisqu’elles portent sur un grand nombre d’infections par le BA.2, montrent qu’il donne les mêmes symptômes, ni plus ni moins graves, et qu’il échappe à peu près autant qu’Omicron à l’immunité induite par les vaccins. On a confirmé qu’il est environ de 30 % à 40 % plus contagieux, ce qui fait qu’il a le potentiel de se propager très rapidement. Ces propriétés sont celles qui avaient été prises comme hypothèses dans la dernière modélisation d’une possible sixième vague, réalisée le 2 mars par Marc Brisson et son équipe, et publiée par l’INSPQ.

Des raisons de s’inquiéter

La cinquième vague a eu un effet dévastateur sur les interventions chirurgicales et les examens médicaux, causant de nombreux reports, et même une vague deux ou trois fois moins haute ne serait pas à prendre à la légère. Surtout que la capacité du système à prendre soin des malades dépend avant tout de l’état de santé de son propre personnel. Or, le 27 mars, le Dr Luc Boileau a annoncé que 8 600 travailleurs de la santé étaient absents à cause de la COVID-19, une hausse de 60 % en une semaine.

La répartition géographique des cas dans la population et chez les travailleurs de la santé pourrait entraîner un délestage plus important dans certaines régions que lors de la cinquième vague, qui avait frappé le grand Montréal beaucoup plus durement que le reste du Québec. En Gaspésie, par exemple, il y a eu 25 % plus d’hospitalisations en mars qu’en janvier. « Au Royaume-Uni, qui connaît actuellement une forte sixième vague, on constate que Londres est largement épargnée, alors qu’elle avait été à l’épicentre de la cinquième vague, explique Marc Brisson. Les hospitalisations ont par contre beaucoup augmenté en Écosse. On pourrait voir le même genre de phénomène se produire ici, avec une sixième vague qui fait mal surtout hors du grand Montréal. »

Si le directeur national de santé publique semble exclure, pour l’instant, le retour de certaines mesures sanitaires, un possible délestage dans les hôpitaux sous la pression combinée du nombre de malades à traiter et de l’absentéisme des soignants pourrait changer la donne.

Pour sa plus récente modélisation, l’équipe de Marc Brisson s’était basée sur l’hypothèse d’une hausse marquée de la couverture vaccinale avec une dose de rappel au cours du mois de mars. Or, celle-ci ne s’est pas produite : seulement 60 % des adultes déjà vaccinés l’ont reçue. Même si ce pourcentage augmente avec l’âge, et dépasse 90 % pour les plus de 70 ans, de nombreuses personnes âgées ne sont toujours pas protégées par un rappel. C’est par exemple le cas de 12 % des résidants en CHSLD qui avaient eu deux doses. 

On sait maintenant que face à BA.2 comme à Omicron, cette dose fait nettement diminuer le risque d’hospitalisation. Une étude en prépublication sur les cas survenus au Qatar, où BA.2 a pris le dessus dès la fin décembre, montre que l’efficacité de deux injections contre les hospitalisations dues à l’une ou l’autre des versions du virus se maintient de 70 % à 80 % au cours du temps, et qu’elle est de plus de 90 % après le rappel. Autrement dit, après trois injections, les risques d’hospitalisation sont divisés par deux ou trois comparativement à ce qu’ils sont après deux doses. Chez les personnes très âgées, pour lesquelles ces risques sont élevés, ce n’est pas un détail.

Infecté par Omicron, protégé contre BA.2 ? 

Qu’elles aient été vaccinées ou non, et qu’elles aient pris le rappel ou non, les personnes qui ont contracté Omicron pendant la cinquième vague sont-elles protégées contre une nouvelle infection par ce variant ou par BA.2 ? C’est du Danemark que proviennent pour l’instant les données les plus solides à ce sujet, puisque BA.2 s’y est manifesté plus tôt que dans beaucoup d’autres régions, que les tests par PCR y ont continué à grande échelle et que le pays a été fortement touché par la cinquième vague, au cours de laquelle un Danois sur trois a été infecté. Dans une étude en prépublication parue fin février, des chercheurs se sont penchés sur les 1,8 million d’infections confirmées par PCR survenues entre le 22 novembre et le 11 février au Danemark. Au total, seulement 1 739 personnes ont eu un nouveau test positif de 20 à 60 jours après leur infection initiale.

Une analyse génomique plus détaillée de ces possibles réinfections, menée sur 263 paires d’échantillons, a montré que 71 % de ces personnes avaient effectivement été infectées deux fois et que 18 % d’entre elles avaient d’abord eu Omicron, puis BA.2. Celles ayant été victimes de ces deux variants étaient pour la plupart non vaccinées et jeunes. Aucune réinfection n’a conduit à une hospitalisation ou au décès.

Autrement dit, à court terme, il faut vraiment ne pas avoir de chance pour être infecté par Omicron puis BA.2. La possibilité de réinfection dépend cependant de la circulation du virus. Or, après une forte cinquième vague, le Danemark n’a pas connu de remontée des cas comme on en voit depuis quelques semaines dans d’autres pays d’Europe. On ne peut donc pas exclure que là où le nombre de cas est actuellement en nette augmentation, le nombre de réinfections soit plus élevé, d’autant que le temps qui passe accroît aussi cette possibilité. « Dans notre modèle, on avait pris l’hypothèse qu’une infection par Omicron protégerait contre BA.2, ce qui semble être largement le cas pour l’instant. Par contre, peut-être que cette protection suffira de moins en moins à éviter les infections dans les prochaines semaines, ce qui pourrait entretenir une certaine circulation du virus plus tard au printemps », croit Marc Brisson. 

Un nouveau rappel, ça vaut la peine ?

L’analyse de l’INSPQ des hospitalisations survenues lors de la cinquième vague confirme que la dose de rappel a été très efficace pour éviter celles causées par Omicron, à 92 % pour les septuagénaires et même 93 % pour les 80 ans et plus. Mais l’âge, bien plus que la présence de maladies chroniques, est un facteur sans pitié face à ce variant : passé 60 ans, le taux d’hospitalisation en raison de la COVID (et non simplement avec la COVID) pour 100 000 personnes augmente de 50 % tous les cinq ans, autant parmi les personnes vaccinées que parmi celles qui ne le sont pas. Au cours de la cinquième vague, 64 % des hospitalisations en raison de la COVID et 95 % des décès sont survenus chez des gens de plus de 60 ans. Dans toutes les tranches d’âge, les non-vaccinés ont évidemment été beaucoup plus nombreux à devoir être hospitalisés à cause de la COVID.

Avec la hausse actuelle des cas, les personnes qui n’ont pas encore eu leur dose de rappel auraient tout intérêt à la prendre le plus vite possible, surtout si elles n’ont pas été infectées par Omicron, ou si elles l’ont été au début de la cinquième vague. Par ailleurs, selon le Comité sur l’immunisation du Québec, les personnes plus âgées et plus fragiles qui ont eu leur dose de rappel il y a plus de trois mois devraient en recevoir une nouvelle, afin de conserver la solide protection contre les hospitalisations dont elles ont besoin pour affronter la hausse des cas, mais aussi afin d’être mieux protégées à court terme contre les infections plus légères et d’ainsi freiner la contamination dans leur groupe d’âge. Une nouvelle dose de rappel est donc offerte depuis quelques jours aux aînés de tout âge habitant en résidence, où le moindre cas, même bénin, occasionne de nombreuses perturbations délétères. Elle est aussi proposée aux personnes de plus de 80 ans vivant chez elles, ainsi qu’aux personnes immunosupprimées.

Que disent les projections ?

Depuis le début de la pandémie, les projections établies chaque mois par Marc Brisson et son équipe se sont avérées remarquablement justes. Une possible sixième vague est apparue dès la projection réalisée, au début février, pour la région dite du grand Montréal — Montréal, Laval, Montérégie, Lanaudière et Laurentides. Les calculs prenaient en compte les premières annonces de relâchement des consignes sanitaires, après le pic de la cinquième vague. Ce relâchement n’allait pas forcément se traduire par une nouvelle vague, prévoyaient-ils. Mais trois inconnues étaient susceptibles d’avoir un gros effet : le nombre de personnes infectées au cours de la cinquième vague, une possible baisse de l’efficacité de la dose de rappel chez les personnes âgées et la vitesse à laquelle BA.2 pourrait remplacer Omicron. 

Les chercheurs ont mis à jour leurs prédictions au début mars, en tenant compte des assouplissements effectifs à partir du 14 mars. Ils ont constaté que le nombre de personnes contaminées au cours de la cinquième vague était élevé, notamment une sur trois dans la région du grand Montréal. D’autre part, le nombre d’hospitalisations était resté bien en deçà de ce qu’il aurait été si l’immunité s’était mise à baisser nettement chez les aînés ayant reçu leur troisième dose, un signe — parmi d’autres — qu’ils étaient encore bien protégés. 

Pour cette nouvelle modélisation, ils ont aussi regardé ce qui se passerait si le variant BA.2 commençait à devenir dominant au Québec juste avant la mi-mars. Dans ce cas, leurs projections prévoyaient une nouvelle hausse des hospitalisations et des décès deux semaines plus tard, avec un pic des cas et des hospitalisations en avril. Dans les faits, le BA.2 serait devenu dominant autour du 24 mars, selon le Dr Boileau. 

Comme dans leurs projections précédentes, Marc Brisson et son équipe ont bâti deux scénarios selon le taux de contacts au sein de la population (scénarios que j’ai expliqués dans ce texte). Bilan : au mieux, on risque d’atteindre un pic de 60 nouvelles hospitalisations par jour au cours d’avril, et au pire, 140. Soit à peu près la moitié du maximum observé lors de la cinquième vague. 

L’équipe de Marc Brisson ne produira pas de nouvelle mise à jour des calculs, faute de temps à consacrer encore à cette tâche qui a forcé le professeur-chercheur à mettre de côté d’innombrables autres travaux depuis deux ans. Il se concentre aujourd’hui sur des modèles de prédictions à plus long terme, sur ce qui pourrait arriver d’ici l’été et à l’automne. « Mais on a tout de même vérifié si de nouveaux éléments pouvaient rendre notre dernière projection erronée, explique-t-il. Et jusqu’à présent, tout porte à croire qu’on se dirige vers un nombre d’hospitalisations intermédiaire entre nos deux scénarios. » 

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Je fais partie des personnes du Grand Àge et à risque.
La culture faisait partie de mon équilibre de Vie.
Avec la passe vaccinale et le masque , j’ai pu m’offrir quelques sorties.
Pourquoi ne pas avoir conservé le masque et la passe vaccinale pour nos loisirs culturels: Cinéma, théâtre, spectacle dans des petits milieux et musée.
En entrant la personne vérifiant notre billet vérifiait la passe vaccinale et nous nous sentions en sécurité.
Aujourd’hui, je me sens en sécurité à aucun endroit, je reste plus confinée et frustrée , je me replis sur moi-même.
Ma responsabilité individuelle dépend de l’autre et ma liberté aussi.
Nous sommes dépendants et interdépendants dans ne Vie de société.
Notre caractère devient plus aigri face à la Vie et aux autres.
Les choix selon les sondages ou électoralistes sont négatifs .
Le Gros Bon Sens n’est pas le ême pour tous.
Merci!