Dangereux, l’acétaminophène ? Il y a pire, mais respectez les doses !

Une récente publication de la FDA, l’organisme de régulation des médicaments aux États-Unis, a fait grand bruit lorsqu’elle a été reprise en une par CNN : l’acétaminophène pourrait vous rendre malade en attaquant votre foie. Il y a un peu de vrai, mais aussi de l’exagération, dit le Dr Alain Vadeboncœur.

Une récente publication de la FDA, l’organisme de régulation des médicaments aux États-Unis, a fait grand bruit lorsqu’elle a été reprise en une par CNN : l’acétaminophène pourrait vous rendre malade en attaquant votre foie.

Il y a un peu de vrai, mais aussi de l’exagération. Et surtout, on ne parle pas des solutions de rechange, qui n’ont rien de bénin.

Il est vrai que l’acétaminophène (Tylenol et autres), utilisé depuis longtemps en remplacement de la délicieuse aspirine rose de notre enfance (pour cause de… troubles gravissimes au cerveau et au foie : le syndrome de Reye), peut être toxique. Surtout si on ne respecte pas la posologie ou, bien évidemment, si on en prend une poignée pour mettre fin à ses jours.

C’est même devenu une importante cause d’insuffisance hépatique chez les enfants — un problème tout de même rare.

Alors, ne prenons rien à la légère. D’ailleurs, la toxicité chronique est probablement la plus sournoise : si on excède la dose recommandée sur une longue période, les toxiques s’accumulent et peuvent causer à long terme une atteinte irréversible du foie — un phénomène qu’on retrouve surtout chez les personnes âgées et les buveurs chroniques.

Respectez la dose !

Quelle est la dose maximum recommandée ? Pour un adulte : 3000 à 4000 mg par jour (habituellement divisée en 3-4 doses de 1000 mg, ou alors 5-6 doses de 650 mg ; notez que le FDA recommande d’utiliser des comprimés de 325 mg, et non de 500 mg).

Pour les enfants, c’est beaucoup plus compliqué — et plus risqué — en raison de la multiplicité des préparations et d’un dosage associé au poids (et non à l’âge). Alors lisez bien les instructions sur la bouteille.

Notez bien qu’à dose normale, pour une personne qui n’a pas de problème de foie, il n’y a aucune toxicité — et une efficacité surprenante, notamment pour les maux de tête, la fièvre et les douleurs légères à modérées, de même que pour l’arthrose. Et très peu d’effets secondaires.

Par contre, l’acétaminophène est moins efficace pour les douleurs inflammatoires de l’arthrite, par exemple.

Or, parmi les risques soulignés par CNN, il y a celui d’en prendre trop… mais sans s’en rendre compte ! Parce que l’acétaminophène se retrouve dans une foule de produits variés (1).

On pourrait donc prendre sa dose régulière de 1000 mg avec un autre produit… qui en contient 500 de plus. D’où un dépassement risqué de la dose maximale.

Un ou deux comprimés après quelques verres ne causera pas de problème. Par contre, les buveurs chroniques (d’alcool, on s’entend) devraient éviter l’acétaminophène, puisque leur foie est déjà menacé, alors que les personnes âgées à la santé fragile devraient diminuer la dose maximale journalière après consultation de leur médecin.

Les solutions de rechange sont-elles plus sécuritaires ?

Mais (parce qu’il y a un gros mais, et c’est mon point) les solutions de rechange sont-elles plus acceptables ?

Ce n’est pas comme si elles étaient nombreuses et sécuritaires. Or, il faut bien traiter la douleur, et les patients continueront à prendre les produits qui leur tomberont sous la main.

La principale alternative est aussi la plus courante : l’anti-inflammatoire non stéroïdien. Un grand nom pour parler d’une vaste classe de médicaments à laquelle appartiennent notamment l’aspirine (première du lot) et l’ibuprofène (Motrin), ou encore le naproxen (Naprosyn) et le célécoxib (Celebrex), de même qu’une foule d’autres produits variés.

Ces médicaments sont aussi efficaces que l’acétaminophène pour régler les douleurs et la fièvre, et ils sont particulièrement utilisés dans les douleurs qui se prolongent, surtout à composante inflammatoire (comme l’arthrite, les étirements musculaires ou les cervicalgies).

Contrairement à tout ce qu’en dit leurs publicités, ils sont à peu près tous également efficaces… et exposent les patients à peu près aux mêmes risques.

Mais quels risques ? Des problèmes majeurs — tout autant que l’acétaminophène —, mais que personnellement je rencontre en clinique beaucoup PLUS souvent que les complications dues à l’acétaminophène.

D’une part, les anti-inflammatoires affectent grandement les défenses gastriques et peuvent entraîner des hémorragies intestinales graves.

Tous ces médicaments affectent surtout le fonctionnement des reins et engendrent ainsi une rétention hydrosodée : autrement dit, vous allez vous gonfler d’eau et de sel.

Chez les jeunes en bonne santé, ce n’est pas un problème, le rein pouvant aisément s’adapter.

Mais plus on vieillit, et particulièrement si on souffre de problèmes rénaux, circulatoires et cardiaques — ou encore de diabète —, plus on est à risque de développer de l’insuffisance rénale (qui peut vraiment compromettre les reins) et de l’insuffisance cardiaque (une accumulation d’eau dans les poumons qui vous mènera à l’urgence, comme la patiente que j’ai justement traitée cette semaine).

Plus les anti-inflammatoires sont pris sur de longues périodes et plus leur «demi-vie» est longue… et alors, plus ils vous mettront à risque de ces complications parfois graves. Le plus sécuritaire, pour ces raisons, demeure l’ibuprofène, dont la courte durée d’action le différencie de la plupart de ses frères. C’est celui que j’utilise maintenant à peu près exclusivement, surtout après le triste scandale du Vioxx, qui, on le sait maintenant, a tué beaucoup de patients.

Opiacés et autres produits

Pour les douleurs plus sévères, ou tout simplement parce qu’on ne peut parfois utiliser ni l’acétaminophène ni l’ibuprofène, on se tournera vers les opiacés — par exemple, les médicaments de la vaste famille de la morphine, qui sont très efficaces mais qui comportent aussi leur lot d’effets secondaires : constipation, somnolence, tolérance (augmentation requise de la dose) et dépendance (habituation et sevrage en cas d’arrêt). Rien de bénin non plus, bref.

Pour les douleurs chroniques, plusieurs autres médicaments peuvent être utiles et seront choisis parmi un vaste éventail en fonction des problèmes spécifiques rencontrés. Une bonne évaluation médicale devrait permettre de trouver la meilleure approche, combinant bien souvent des médicaments avec d’autres modalités non médicamenteuses de contrôle de la douleur, comme l’exercice, certaines injections, la physiothérapie, la pose d’appareils de stimulation électrique, etc.

Notez qu’on peut alterner dans la journée diverses classes afin de maximiser l’effet : par exemple, l’acétaminophène et l’ibuprofène, à chaque quatre heures. Il n’y a pas de toxicité croisée. On peut même les prendre ensemble.

Par ailleurs, si on ajoute des opiacés, on continuera généralement de prendre de l’acétaminophène, les deux médicaments agissant alors de concert.

Avant tout : ne pas nuire

Comme pour tout en médecine, avant tout, il ne faut pas nuire : en effet, il est essentiel de toujours peser le pour et le contre de chaque traitement.

Aucun médicament n’est bénin. Mais l’acétaminophène bien utilisé n’est sûrement pas celui qui cause le plus de problèmes.

Rejeter l’acétaminophène — sous prétexte que mal utilisé, il peut causer des complications — constitue une erreur, parce qu’inévitablement, les patients se tourneront vers des solutions de rechange, comme les anti-inflammatoires, qui pourront encore plus fréquemment causer des complications diverses : hémorragiques, rénales ou cardiaques.

Des complications parfois graves et surtout, beaucoup plus fréquentes que celles dues à acétaminophène. C’est un pensez-y bien.

*

(1) Produits courants contenant de l’acétaminophène :

En vente libre :
MIDOL®
TYLENOL®
BENADRYL®
BENYLIN®
TYLENOL® pour enfants
NEOCITRAN®
ROBAXACET®
DAYQUIL®
VICKS®
BUCKLEY’S®
DIMETAPP®
DRISTAN®

Sur ordonnance :
TRAMACET®
PERCOCET®
TYLENOL® avec codéine (p. ex. TYLENOL® n° 1, TYLENOL® n° 2, etc.)
SINUTAB® avec codéine
Marques génériques

AVIS : Cette liste n’est pas exhaustive. Il pourrait y avoir d’autres médicaments sur ordonnance et en vente libre dont l’ingrédient actif est l’acétaminophène. De plus, certaines marques mentionnées offrent d’autres produits qui ne contiennent pas d’acétaminophène. Si vous ne savez pas si votre médicament contient de l’acétaminophène, posez la question à votre médecin ou pharmacien et souvenez-vous de toujours lire l’étiquette et suivre le mode d’emploi.

Source: http://www.tylenol.ca/fr/lesoulagemententouteresponsabilite/medicaments-communs-contenant-de-lacetaminophene

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1 commentaire
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moi sa fait 10 ans que j en prend a cause d une accident en 2006 je fait de la fibromyalgie depuis mon accident je voudrais savoir si c est dangereux j en prend 4a 6 part jours j ai été opéré pour la visicu j avait des pieres
c est tu dangereux ,,il a tu autre médicament que je peut prendre si c est dangereux merci