De quoi meurent les Américains ?

Aux États-Unis comme chez nous, les gens vivent de plus en plus vieux. Mais de quoi finissent-ils donc par mourir ? Des graphiques présentés par Bloomberg permettent de s’en faire une bonne idée, explique le docteur Alain Vadeboncœur.

Sante_et_scienceAux États-Unis comme chez nous, les gens vivent de plus en plus vieux. Corollaire évident : ils meurent de moins en moins.

Mais de quoi meurent-ils donc ? Des données magnifiquement présentées par Bloomberg permettent de s’en faire une idée.

L’amélioration de la mortalité constatée durant les dernières décennies a surtout touché les hommes. Il faut dire que les femmes avaient pris de l’avance depuis longtemps à ce sujet, mais pour la perdre lentement, notamment en raison de l’adoption de certaines mauvaises habitudes populaires chez les hommes — fumer, par exemple.

On est donc passé, aux États-Unis, de 1 088 décès par année (pour 100 000 hommes) à 812 en 2010. Pour ce qui est des femmes, durant la même période, la mortalité est passée de 807 à 787 (pour 100 000 femmes), une amélioration beaucoup plus modeste (voir le graphique ci-dessous — note : les graphiques, tirés du site de Bloomberg, sont tous en anglais).

Évolution de la mortalité homme-femme aux États-Unis. Source: www.bloomberg.com
Évolution de la mortalité homme-femme aux États-Unis. Source : www.bloomberg.com

Globalement, l’amélioration de la mortalité globale est mitigée à partir du milieu des années 1990. La raison est simple : les gens vivent de plus en plus vieux. Individuellement, ils meurent moins tôt, mais collectivement, il y a de plus en plus de personnes âgées qui décèdent.

La plus grande amélioration de mortalité a touché les moins de 25 ans. Pour faciliter la comparaison, imaginons que la mortalité annuelle pour tous les groupes d’âges est de 100 pour l’année 1968. La mortalité annuelle serait descendue à 37 pour 100 000 en 2010 pour les moins de 25 ans, soit un gain énorme. En comparaison, la mortalité serait descendue à 71 pour 100 000 en 2010 pour les plus de 85 ans, un gain plus modeste. Voir le graphique suivant. (1)

Évolution de la mortalité par groupe d'âge aux États-Unis. Source: idem.
Évolution de la mortalité par groupe d’âge aux États-Unis. Source : www.bloomberg.com

 

Des surprises chez les 25-54 ans

Des surprises apparaissent au fil des ans. Pour les personnes âgées de 25 à 44 ans, la mortalité augmente dramatiquement à partir de 1985 pour ensuite chuter à partir de 1995. La raison ? L’épidémie de HIV-sida.

En effet, la mortalité due au sida a atteint son pic en 1994-1995, pour ensuite fortement décliner — en raison des diagnostics et, surtout, des traitements.

Sur l’ensemble des causes de mortalité, le sida était donc, dans les années 1990, la principale cause de mortalité des 25-44 ans. On retrouvait les cancers en deuxième position, les maladies du cœur en troisième place et, en quatrième place, les accidents de véhicule moteur (voir graphique).

Les causes de mortalité aux États-Unis chez les 45-54 ans. Source: idem.
Les causes de mortalité aux États-Unis chez les 45-54 ans. Source : www.bloomberg.com

La courbe d’amélioration de la mortalité dans un autre groupe d’âge, les 45 à 54 ans, est aussi troublante. Relativement à un chiffre de 100 en 1968, leur mortalité a chuté à 55 en 1998, mais elle était toujours à 54 en 2010. Peu d’amélioration, donc, durant cette dernière décennie. (2)

Pourquoi une telle stagnation, alors que la mortalité par maladie du cœur et par cancer s’est améliorée ? Essentiellement, il faut regarder la croissance des décès liés à l’usage de drogues, qui a été multipliée par 10 entre 1990 et 2010. Les suicides ont également augmenté, par un facteur de 2,4. Des répercussions énormes dans ce groupe d’âge.

Armes à feu, drogues, suicides

En ce qui a trait à la mortalité par armes à feu, si on la compare avec celle causée par les drogues et les suicides, on a d’autres surprises, puisqu’on est porté à penser que ces armes constituent le pire fléau chez nos voisins du Sud.

Si, jusqu’en 1996, les décès par armes à feu étaient plus nombreux que ceux dus aux drogues et suicides, on constate une inversion des tendances et une diminution des décès par armes à feu jusqu’en 2010, alors que les décès par suicide ou par usage de drogues augmentent.

Le nombre de suicides est ainsi constamment supérieur au nombre de meurtres par armes à feu. Par exemple, en 1980, il y avait annuellement 26 869 suicides, contre 15 500 décès (précision: meurtres) par armes à feu. Mais en 2010, alors qu’on observe une baisse absolue des décès annuels (précision: meurtres) par armes à feu (à 11 078), le nombre de suicides a augmenté pour sa part dramatiquement, à 38 364 (voir le graphique suivant).

Les causes de mort violente aux États-Unis. Source: idem.
Les causes de mort violente aux États-Unis. Source : www.bloomberg.com

Les décès induits par usage de drogues, restés inférieurs aux meurtres causés par les armes à feu jusqu’en 1996, ont ensuite largement pris le dessus : on en comptait jusqu’à quatre fois plus en 2010.

Par ailleurs, les décès accidentels par usage d’armes à feu sont passés de 1 871 (en 1980) à 606 (en 2010).

Et jusqu’en 2008, parmi les causes de décès par mort violente, les accidents de véhicule moteur occupaient toujours le haut du pavé. Néanmoins, à partir de 2010, ils sont dépassés par les décès induits par l’usage de drogues et, en 2009, par les suicides.

Les décès par accident de véhicule moteur sont en effet passés de 53 172 en 1980 à 35 332 en 2010. Ces décès ont aussi beaucoup diminué chez les jeunes : leur nombre est passé de 20 879 (3) en 1970 à 8 140 en 2010. C’est d’ailleurs aussi le cas chez nous.

Hausse des décès dus aux démences

À l’autre extrémité de la pyramide d’âge, on sait que 31 % des décès surviennent maintenant après 85 ans aux États-Unis — évidemment en hausse constante depuis plusieurs décennies, alors que cette proportion n’était que de 13 % en 1970.

Une des conséquences de ce vieillissement est, bien entendu, la hausse des démences de type Alzheimer. En effet, elles sont en croissance majeure, expliquant en 1970 à peine 226 décès, contre 180 021 d’entre eux en 2010. On peut se demander, toutefois, s’il y a lieu d’expliquer cette hausse en partie en raison d’une meilleure détection de la maladie (graphique).

Les causes de mortalité chez les personnes âgées aux États-Unis. Source: idem.
Les causes de mortalité chez les personnes âgées aux États-Unis. Source : www.bloomberg.com

Enfin, Bloomberg nous montre que jusqu’à 40 % de l’augmentation globale des coûts de Medicare (l’assurance publique pour les plus de 65 ans, aux États-Unis) sont en conséquence attribuables, depuis 2011, au traitement de la maladie d’Alzheimer. C’est énorme, et c’est aussi un défi auquel nous devrons faire face ici.

Les répercussions sont majeures sur les finances publiques, puisque contrairement à une croyance répandue, les Américains dépensent publiquement un pourcentage du PIB légèrement supérieur à celui du Canada pour la santé — alors que leurs dépenses privées sont très largement supérieures aux nôtres.

Bloomberg a donc trouvé une manière efficace de présenter des données reliées à la mortalité et au vieillissement de la population. Il serait intéressant de pouvoir présenter les nôtres de manière aussi synthétique, ce qui est fort utile quand il s’agit d’expliquer des enjeux liés à la santé des populations et aux répercussions des maladies. Il y a fort à parier que nos données sont similaires, hormis la portion liée à l’usage des armes à feu.

* * *

À propos d’Alain Vadeboncœur

Le docteur Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal. Professeur agrégé de clinique à l’Université de Montréal, il enseigne l’administration de la santé et participe régulièrement à des recherches sur le système de santé. On peut le suivre sur Facebook et sur Twitter : @Vadeboncoeur_Al.

 

(1) Note du 4 mai: j’ai reformulé ce paragraphe pour mieux exprimer les données du graphique.

(2) Note du 4 mai: j’ai précisé qu’il s’agit (comme plus haut) d’une comparaison sur la base de 1968.

(3) Note du 4 mai: j’avais inscrit « par 100 000 » personnes dans le texte initial. J’ai corrigé. Ce n’est évidemment pas un taux, mais un chiffre brut.

 

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Avec une espérance de vie de 79,8 ans chez les hommes et de de 83,8 chez les femmes, si le Québec était un État américain, il aurait la plus haute espérance de vie du pays! Et ce en dépit d’un climat terrible, d’une soi-disante consanguinité, de mauvaises routes et des heures d’attente aux urgences!
Cherchez l’erreur docteur?

PS Alain Dubuc a déjà comparé le Québec au Mississipi coté richesse. Est-ce qu’il savait que l’espérance de vie y était de 75 ans? 7 ans de moins qu’au Québec?

http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201305/14/01-4650798-lesperance-de-vie-des-quebecois-progresse-de-365-jours-en-2012.php

Si le http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_U.S._states_by_life_expectancy

La redistribution, les écarts de richesse, le support social, l’accès aux soins, etc, sont des déterminants importants de la santé. Je ne connais pas les chiffres précis de comparaison, mais notre société a beaucoup d’avantages de ce point de vue. Sans compter la question des morts violents et de l’usage des drogues. Merci pour le commentaire.

Attention a tout ces stats , tenir les gens en vie longtemps est techniquement réalisable et appliqué de plus en plus , (prolongement de la vie)
Faudrait voir des stats qui indique l’âge a laquelle les gens vivent normalement pas comme légume et handicapé a ne pas être autonome , après on se pètera les bretelles

Les principaux déterminants ne sont pas nécessairement les soins (ni les soins acharnés) mais le niveau de vie, le revenu, le travail, etc. Le gain de 30 ans dans l’espérance de vie au 20e siècle s’expliquerait en bonne partie par cela et pour environ le tiers par la médecine. Donc les gens vivent plus vieux et plus en santé, de manière générale. Mais les maladies de la grande vieillesse (démence) sont aussi plus présentes.

Votre texte contient 7 erreurs sérieuses qui sautent immédiatement aux yeux.

Par exemple taux de mortalité des gens de 85 ans et plus serait selon vous de 71 par 100 000 personnes (0.71 %). Le lecteur le moindrement averti de ce qui se passe autour de lui sait que ce taux devrait être de l’ordre de 10 %.

La loi de Gompertz, bien connue depuis près de 200 ans et constamment vérifiée depuis, montre que le taux de mortalité humaine, de l’âge adulte à la mort ou pas loin, augmente exponentiellement, passant d’en gros 0.1 % par an à 25 ans pour monter à en gros 10 % par an à 85 ans: une augmentation d’un facteur 1000.

Le taux de mortalité annuelle des moins de 25 ans est passé de 161 (pour 100 000 personnes) à 61 alors que celui des plus de 85 ans est passé de 19 599 à 13 934. On est loin de votre 98 à 37 et de votre 83 à 71.

En 1970, le taux de mortalité des 45-54 ans était de 730 par 100 000 personnes (et non 87), pour chuter à 416 en 1998 et 407 en 2010. Même en admettant que vous avez confondu « taux de mortalité » et « taux de mortalité relativement à 1968 », certains de vos chiffres demeurent inexacts.

Vous avez bien raison, j’aurais du mieux exprimer le fait que ces taux étaient en comparaison avec un taux théorique de base de 100 pour 1968, comme indiqué sur le graphique de Bloomberg. Je viens de le préciser. Merci du commentaire.

Votre présentation corrigée demeure erronée. Vous écrivez « ..imaginons que la mortalité annuelle pour tous les groupes d’âges est de 100 pour l’année 1968. La mortalité annuelle serait descendue à 37 pour 100 000 en 2010 pour les moins de 25 ans, soit un gain énorme. En comparaison, la mortalité serait descendue à 71 pour 100 000 en 2010 pour les plus de 85 ans, »

Vous auriez du écrire: « …imaginons que la mortalité annuelle pour tous les groupes d’âges est de 100 pour l’année 1968. La mortalité annuelle serait descendue à 37 pour les moins de 25 ans, soit un gain énorme. En comparaison, la mortalité serait descendue à 71 en 2010 pour les plus de 85 ans, »

Ce que vous appelez « mortalité annuelle » est un taux de mortalité normalisé au taux de 1968 auquel vous accordez la valeur arbitraire de 100. En somme le taux de mortalité annuel des moins de 25 ans descend à 37 % de ce qu’il était en 1968 alors que le taux de mortalité annuel des plus de 85 ans descend à 71 % de leur taux de mortalité en 1968.

Autre erreur grossière de M. Vadeboncoeur: les décès par accident de véhicule moteur chez les jeunes ne sont pas passé « de 20 879 (pour 100 000 personnes) en 1970 à 8 140 en 2010 » mais plutôt d’environ 27 par 100 000 personnes en 1970 à environ 10 par 100 000 personnes en 2010.

Erreur vénielle de M. Vadeboncoeur: il n’y a pas eu « 15 500 décès par armes à feu en 1980 et 11 078 en 2010 », mais 15 500 MEURTRES par armes à feu en 1980 et 11078 en 2010. Le nombre de décès par arme à feu était 17455 en 1980 et 11 684 en 2010: de 5 à 11 % des décès par armes à feu sont accidentels.

La loi de Benjamin Gompertz, un Juif Britannique né en 1779 et mort en 1865, continue de s’appliquer remarquablement bien même à des âges très avancés. Par exemple, j’ai déniché les données suivantes sur Google. Le taux annuel de mortalité est de:
– 16.5 % à 90 ans
– 27.9 % à 95 ans
– 38 % à 100 ans
– 44 % à 103 ans (ça c’est 44 000 pour 100 000 selon la manière de présenter de M. Vadeboncoeur)
– 46 % à 110 ans (je passe ici à une autre étude représentant un groupe géographique sans doute différent)
– 54 % à 113 ans

Vous avez tout à fait raison pour ce qui est des accidents: le « par 100 000 personnes » n’aurait pas du se trouver dans le texte, puisqu’il ne s’agissait pas d’un taux. Je corrige. Et effectivement, mais heureusement qu’il ne s’agit que d’un pêché véniel, les premiers chiffres concernant les armes à feu concernent les meurtres. J’ai précisé. Merci doublement.

Bon matin ,il y a une chose de certain et que personne ne peut contredire est que peut importe les graphiques,les cas,autrement dis vivre il y a une chose de sur la naissance d’une personne et la mort sur la terre est sur.Pour les statistiques et les graphiques le tout est pour faire une evaluation en $$$$$$$comment une personne coute en $$$$$$$$$ de sa naissance a la mort entre les deux il y a epanouissement de la vie il faut la vivre .
La solution redonner 40 % $$$$$$$$$ a chaque travailleur sur leur paye et redonner au priver les soins de sante et vous allez voir les couts baisser car les jeunes voyage beaucoup et a titre exemple une couronne dentaire au Quebec coute $2,000 alors au Costa Rica il en coute $200. une difference de $1,800 voila ou nous sommes tous rendus .Il faut changer les choses et pour le faire dans le systeme de la sante et pour le faire il faut un referendum sur les soins de sante .
La question referendaire serait.
Combien voulez-vous donner sur vos cheque de paye pour un service de base :$10 ,$20,$30,$40.$50.$60.$70 $80,$90.$100..
La moyenne en dollars va faire les criteres pour definir le service en FONCTION de:du service de base.
Bonne reflexion.Ecris avec un pointeur lazer alors pas d’accent.

Quand on me corrige, je m’empresse de dire merci car je ne pousse pas l’amour-propre jusqu’à l’ingratitude. Ne pas induire le lecteur en erreur est ma seule priorité. Mais enfin, peut-être que M. Vadeboncoeur est différent.

Cher monsieur Picotte. Vous me faites ici un procès d’intention, puisque dès que j’ai lu vos aimables commentaires, je me suis affairé à inscrire dans mon texte les précisions requises. Je vous ai même dit merci.

Je ne vous ai pas fait de procès d’intention: j’ai bien clarifié en écrivant « peut-être ». Quand on écrit « peut-être », c’est qu’on sait qu’il peut y avoir d’autres explications. Néanmoins, j’aurais du privilégier la possibilité que vous ne vérifiez parfois votre blogue qu’au 3 ou 4 jours, même si sur le billet « voiture électrique » vous aviez répondu très promptement à chacun de mes 3 commentaires. L’explication la plus bienveillante demeure toujours la meilleure en cas de doute.

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