Décès du Dr Dewailly : le Nord et la santé publique perdent un grand ambassadeur

Le docteur Éric Dewailly, dont on a appris le décès accidentel, mardi, était l’un des piliers de la recherche en santé publique et en santé environnementale au Québec. La blogueuse Valérie Borde lui rend hommage.

dewailly
Photo : Université Laval

Le docteur Éric Dewailly, dont on a appris le décès accidentel, mardi, était l’un des piliers de la recherche en santé publique et en santé environnementale au Québec. Spécialiste des effets sur la santé des produits de la mer, on lui doit, entre autres, d’avoir révélé l’ampleur de la contamination qui affecte la santé des populations inuites.

Sante_et_scienceAuteur de plus de 200 publications scientifiques, Éric Dewailly, 59 ans, était très impliqué dans de nombreux réseaux de recherche. Connu comme un homme passionné, sympathique et bon vivant, il était très apprécié de ses collègues et des nombreux jeunes chercheurs qu’il a formés.

Excellent vulgarisateur, toujours disponible pour les journalistes, il a aussi largement contribué à attirer l’attention de la population sur les risques et les bienfaits de la consommation de poisson, les conditions de vie des populations inuites, la pollution de l’Arctique et les effets de l’environnement sur la santé.

Nos routes se sont croisées à plusieurs reprises, et toutes les entrevues qu’il m’a accordées ont été aussi agréables qu’instructives. C’était le genre de chercheur sur qui on peut compter pour être généreux de ses connaissances.

Originaire du nord de la France, Éric Dewailly obtient son diplôme de médecine à l’Université de Lille en 1982, avant de se former en santé publique, en santé communautaire, en épidémiologie et en toxicologie.

Nommé médecin-conseil en santé communautaire au Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), à Québec, en 1987, il travaille ensuite pour l’Institut national de santé publique du Québec et le CHUL, où il fonde l’unité de recherche en santé publique du CHUQ, en 1997. Il était professeur titulaire à la faculté de médecine depuis la même année.

Dans les années 1980, Dr Dewailly se penche sur les effets des BPC sur la santé, étudiant notamment les conséquences de l’incendie de Saint-Basile-le-Grand pour les femmes enceintes qui avaient été exposées au nuage toxique.

C’est au hasard d’une rencontre avec une sage-femme travaillant dans le Grand Nord qu’il décide d’inclure, dans une étude sur la contamination par des BPC du lait maternel des Québécoises, un groupe de femmes inuites. Il découvre alors que la pollution venue du sud fait des ravages dans cette région, que l’on croyait à l’abri.

De fil en aiguille, Éric Dewailly, qui a obtenu le prix Michel Jurdant en 2002 pour ses recherches dans le Nord, entreprend d’analyser dans le détail les répercussions de la nourriture traditionnelle sur la santé des Inuits, puisque c’est par l’entremise de la consommation de produits de la mer qu’ils s’intoxiquent.

Ses recherches le conduisent à analyser plus largement les risques de la consommation de ces produits — associés à la présence d’autres contaminants, comme le mercure — et leurs bénéfices, liés notamment à la présence des acides gras oméga-3.

Ses recherches sur la contamination des produits de la mer par des métaux lourds et des polluants organiques persistants ont permis aux Inuits de se mobiliser pour faire interdire plusieurs polluants organiques persistants (POP) par la Convention de Stockholm, signée par 172 pays en 2001.

En 2004, Éric Dewailly organise la première grande enquête sur la santé des populations inuites, transformant le brise-glace de recherche Amundsen en clinique ambulante pour faire passer un bilan de santé aux habitants de 14 communautés du Nunavik. Preuve que le chercheur est bien accepté, 85 % de la population accepte d’y participer !

Il se préparait à réiterer cette grande enquête en 2015.

Au fil des ans, Dr Dewailly s’est impliqué dans une multitude d’organisations de recherche. Il a notamment été directeur du Centre pour la santé des Inuits Nasivvik, membre des réseaux ArcticNet et Québec Océan.

Il était aussi, entre autres, coprésident du groupe environnemental de l’Union internationale pour la santé circumpolaire, membre du Bermuda Institute of Ocean Sciences et professeur associé à Papeete. Il a siégé sur plusieurs comités d’experts pour l’Organisation mondiale de la santé et le Système mondial d’observation des océans de l’Unesco.

Il laisse dans le deuil ses enfants et sa conjointe, Sylvie Dodin Dewailly, qui a été grièvement blessée dans l’accident.

Gynécologue et également professeure à l’Université Laval, Sylvie Dodin s’intéresse à la santé globale des femmes et travaille notamment avec l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels. Elle a cosigné plusieurs publications scientifiques avec son conjoint.

À tous les proches d’Éric Dewailly, mes plus sincères condoléances.

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

Les commentaires sont fermés.

Ce décès prématuré représente une terrible perte pour la communauté scientifique et la population inuite. Triste! triste!

Merci mille fois madame Borde de cet article sur un grand ami, un grand homme dans tous ses aspects, Éric Dewailly. Que d’héritages il nous laisse à toutes les personnes qui ont eu la chance de le côtoyer. Merci encore, vos mots font du bien.

Hommage tout à fait mérité. J’ai eu l’occasion de côtoyer professionnellement le Dr Dewally durant ma longue carrière à Environnement Canada. Il était engagé sans être arrogant, savant mais très bon vulgarisateur et préoccupé tout comme moi par la transparence dans les communications avec nos concitoyens. Autres temps, autres moeurs, le contexte socio-politique ne favorise plus la venue de tels personnages dans la sphère publique… Quel dommage!

Les plus populaires