Déconfinement : est-ce que ça va bien aller ? 

Le relâchement des mesures sanitaires entrepris au Québec est justifié, mais aussi risqué. Une analyse de la chef du bureau santé et science de L’actualité, Valérie Borde.

Jose Luis Pelaez, Getty images / Montage : L'actualité

Ce qu’il faut retenir

– Il est difficile de prévoir avec précision quel sera l’effet du relâchement des mesures sanitaires, notamment parce qu’on ne sait pas encore de quelle manière le variant Omicron BA.2 influencera le nombre et la gravité des cas au cours des prochaines semaines.

– Les scientifiques travaillent avec divers scénarios basés sur des hypothèses concernant l’intensité avec laquelle les contacts reprendront dans la population.

– Pour la population, la prudence demeure de mise. Vaccins, masques et ventilation sont encore à l’ordre du jour.

Pas de doute là-dessus : le ras-le-bol pandémique augmente dans la population et les mesures sanitaires sont de moins en moins bien tolérées. C’est ce que révèle noir sur blanc le plus récent sondage régulier de l’INSPQ sur les attitudes et comportements des Québécois en rapport avec la COVID-19. 

La fatigue pandémique, définie par un grand ensemble de symptômes anxio-dépressifs, a augmenté très rapidement. Elle touche maintenant 28 % des sondés, contre 20 % avant Noël. Par ailleurs, plus du quart des Québécois préfèrent désormais courir le risque de contracter la COVID-19 plutôt que de renoncer à leur vie sociale et à leurs activités. Or, plus une mesure de santé publique est impopulaire, moins elle a de chances de donner des résultats. Alors que le pic de la cinquième vague est derrière nous, le Québec prend donc une bonne décision en faisant, comme d’autres, le pari du déconfinement. Et ce, même si le nombre de personnes hospitalisées relativement à la COVID oblige encore à retarder d’autres soins de santé. 

La dernière modélisation publiée par l’INSPQ le 2 février montre néanmoins que persiste une grande incertitude sur ce que les prochaines semaines nous réservent.

Ces calculs ont été réalisés par le Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses de l’Université Laval, dirigé par le professeur Marc Brisson, à l’aide de données recueillies le 31 janvier. Ils prennent en compte les allègements déjà survenus ou annoncés le 25 janvier, soit la réouverture des écoles, la réouverture partielle des restaurants ainsi que le retour du sport parascolaire et civil pour les jeunes. L’ouverture des salles de spectacles, cinémas, amphithéâtres et lieux de culte avec restrictions, à compter du 7 février, a aussi été considérée dans les modélisations.

Bien que les prévisions de l’équipe de Marc Brisson portent sur le grand Montréal (qui regroupe les régions de Montréal et de Laval, la Montérégie, Lanaudière et les Laurentides), elles sont susceptibles de s’appliquer à tout le Québec, affirme le chercheur. 

Depuis la publication de cette modélisation, tout un calendrier d’assouplissements a été annoncé, lequel s’étend jusqu’au 14 mars. Le nombre de nouvelles hospitalisations par jour a baissé, et le nombre de doses de vaccin injectées a augmenté. En recueillant des données de différentes sources, l’équipe du directeur national de santé publique, le Dr Luc Boileau, a aussi estimé ces derniers jours qu’environ deux millions de Québécois avaient été infectés par Omicron. Tout cela l’amène à tabler, pour les prochaines semaines, sur un scénario intermédiaire entre les deux modélisés par Marc Brisson et ses collègues.

Un savant calcul

Les chercheurs se basent sur les résultats d’une étude baptisée Connect, qui leur a permis de brosser un portrait des contacts sociaux au sein de la population du Québec avant et pendant la pandémie. Pour cette étude, ils ont demandé régulièrement à quelques milliers de Québécois de tous âges de déclarer tous leurs contacts avec d’autres personnes, à la maison, à l’école, au travail, dans leurs activités de sports et loisirs et de magasinage. Les chiffres ont été recueillis en 2018-2019, puis d’avril 2020 à juillet 2021, une période au cours de laquelle de multiples phases de restrictions et de relâchements sanitaires se sont succédé. 

Les chercheurs se fient désormais à des données datant de l’an dernier, puisque l’étude Connect a été arrêtée, faute de financement et de ressources humaines pour la poursuivre. Néanmoins, « cette matrice de contacts nous a permis de voir comment les mesures en vigueur, prises dans leur ensemble, influencent les contacts entre personnes dans différents types de lieux », explique Marc Brisson. 

Par la suite, les chercheurs intègrent à leur modèle les données sur la contagiosité et la virulence des variants en circulation à différents moments de la pandémie, sur l’efficacité des vaccins (contre les infections, hospitalisations et décès) et leur déclin au fil du temps, et sur la couverture vaccinale (le nombre de personnes ayant reçu une, deux ou trois doses, par tranche d’âge). 

Puis, ils font très légèrement varier les données sur tous les paramètres que prend en compte le modèle, ce qui permet de voir le résultat médian des calculs, qui est représenté par la ligne continue sur leurs graphiques, et l’éventail des résultats moins probables, qui figurent dans la zone ombragée. 

Les deux scénarios

Dans un premier scénario dit « optimiste », les chercheurs ont vérifié ce qui se passera si le relâchement des mesures sanitaires provoque une augmentation des contacts semblable à la plus faible hausse observée quand des mesures équivalentes ont été relâchées dans le passé. Le nombre de contacts reviendrait à environ 60 % à 70 % de ce qu’il était début décembre 2021.

Le scénario dit « pessimiste », lui, entrevoit que les contacts augmenteront suivant le maximum déjà observé lors d’autres relâchements. Le nombre de contacts serait alors presque équivalent à celui du début décembre.

Source : INSPQ
Source : INSPQ

Source : INSPQ
Source : INSPQ

Source : INSPQ
Source : INSPQ

Encore bien des inconnues 

Plusieurs éléments pourraient faire pencher la balance vers l’un ou l’autre de ces scénarios.

L’équipe de Marc Brisson a pris en compte la possibilité que le variant Omicron BA.2 remplace progressivement le BA.1 qui a causé la cinquième vague. Nous ne savons toutefois pas à quelle vitesse cela se produira ni combien de cas supplémentaires cela engendrera. 

Là où le BA.2 est arrivé presque en même temps que le BA.1, comme au Danemark, il a provoqué une forte remontée des cas. Ce phénomène ne s’est cependant pas manifesté dans les pays où le BA.2 s’est répandu un peu plus tard. 

Ce nouveau variant serait environ 30 % plus contagieux que BA.1, mais une étude danoise en prépublication semble montrer que les personnes vaccinées qui le contractent ne le transmettraient pas plus que le BA.1. Tout cela fait qu’il est difficile d’évaluer à quel point le BA.2 pourrait faire grimper les cas au-delà de ce qu’envisage le scénario pessimiste.

D’autre part, la fatigue pandémique croissante et le sentiment que la COVID n’est pas si grave pourraient faire que les Québécois reprennent encore plus de contacts que lors des phases précédentes d’allègement des mesures sanitaires, ce qui aboutirait à un scénario pessimiste… encore plus pessimiste.

Enfin, il est possible que la protection conférée par la dose de rappel du vaccin contre la COVID-19 commence à s’estomper, surtout chez les personnes âgées qui l’ont reçue il y a quelques semaines. Pour en tenir compte, Marc Brisson et son équipe ont modélisé ce qui se passerait si la protection contre les infections baissait de 15 % chez les 65 ans et plus, huit semaines après leur dose, et si leur protection contre les hospitalisations diminuait aussi de 10 %. Ce n’est qu’une hypothèse, mais qu’il est prudent d’envisager puisqu’elle aurait possiblement de grosses répercussions sur le nombre d’hospitalisations et de décès.

À l’inverse, une immunité populationnelle plus élevée qu’anticipé pourrait « aplatir la vague ».

Voici donc comment cette immunité populationnelle élevée et la perte d’efficacité de la troisième dose pourraient transformer le scénario pessimiste.

Source : INSPQ

Source : INSPQ

Source : INSPQ

Alors… ça va bien aller ou pas ? 

Toutes ces estimations font dire à l’équipe du Dr Boileau qu’il y a de bonnes chances qu’une accalmie soit devant nous. Ajoutez à cela la fatigue pandémique ambiante, et le déconfinement devient parfaitement censé.

Par contre, l’incertitude est encore telle qu’on ferait mieux de se montrer collectivement prudents. D’abord, en allant chercher les doses de vaccin qui nous manquent, que ce soit la seconde pour les enfants ou la troisième pour les adultes, puisqu’elles diminuent les risques de contracter et de transmettre le virus — en plus de réduire largement les risques de COVID grave. 

Ensuite, en continuant de porter nos masques à l’intérieur, autant que possible, et en ventilant les lieux clos. Et finalement, en n’abusant pas de nos libertés retrouvées. Oui, on a le droit d’inviter un nombre illimité de personnes chez nous, qu’elles soient vaccinées ou non. Mais il vaudrait mieux attendre encore un peu avant d’enchaîner les gros partys si on ne veut pas voir s’évanouir les promesses de réouvertures ou condamner les personnes victimes du délestage à attendre encore beaucoup plus longtemps leurs interventions chirurgicales ou examens médicaux.

Note: le 14 février 2022, la version originale de cet article a été modifiée pour ajuster l’échelle des deux derniers graphiques concernant l’impact d’une immunité populationnelle élevée et d’une perte d’efficacité de la troisième dose.

Les commentaires sont fermés.

Quand on prend la décision d’exposer les citoyens à un risque dit « calculé », ça ne devrait pas être fait sans avoir pris toutes les mesures de protection éprouvées. Les scientifiques s’accordent sur le fait que la propagation se fait par aérosol. Le gouvernement s’est entêté à ne pas investir dans cette mesure de protection de nos enfants dans les écoles, en particulier. Les scientifiques s’entendent aussi sur une protection maximale avec une troisième dose. Ici, encore, le gouvernement a tardé à appliquer cette mesure et maintenant que la troisième dose est devenu disponible pour un plus grand nombre, les citoyens désertent les centres de vaccination.. Et c’est dans ce contexte alors que les décés sont plus nombreux qu’à pareille date l’an passé et que le délestage ne cesse de reporter des interventions médicales et chirurgicales. que le déconfinement s’applique.. Pendant ce temps, en Israêl et en Allemagne, ils en sont rendus à la quatrième dose.. un contexte moins téméraire pour un déconfinement. Les décès touchent surtout les milieux pauvres, les gens âgés et les personnes avec des comorbidités.. on les laisse tomber quand on se précipite dans un déconfinement sans avoir pris toutes les précautions pour réduire les transmissions au maximum. Il faudra apprendre à vivre avec le virus. Et la vie ne sera plus comme avant.. bien que beaucoup s’accrochent à cette illusion.
Est ce que ça bien aller?? Je le souhaite de tout coeur mais je ne peux m’empêcher de demeurer sceptique..

Au modérateur de l’Actualité.
J’aimerais savoir pourquoi mon article n’est pas publié? Je l’ai envoyé deux fois en pensant que je n’avais pas réussi la première fois, mais là, je me pose des questions.
Je ne crois pas avoir manqué de respect selon la ¨netiquette¨; alors, pour quelle raison ne publiez-vous pas?
Christian d’Anjou.

Bonjour,

Votre commentaire a effectivement été supprimé, puisqu’il contenait des informations erronées. Veuillez noter que nous accordons une attention soutenue à éviter de relayer toute forme de désinformation et faisons en ce sens évaluer les commentaires dont nous doutons de l’exactitude par des vérificateurs de faits.

Merci et bonne journée,
Juliane C. Lelarge, gestionnaire de communauté

Et quelles sont ces informations erronées ? À propos de ¨hydroxychloroquine¨ ? Je doute de votre source de vérification. Cela donne plutôt l’impression que vous êtes incapable d’accepter des opinions allant à l’encontre de la vôtre. Démontrez moi mes points erronés; et si vous ne voulez pas passer par cette chronique, vous avez mon courriel pour me répondre en privé, on pourra en discuter hors public. Sinon, à quoi sert cette page d’ ¨opinion du lecteur¨… aussi bien la fermer et que le public n’ait plus aucun lieu de délibération, de débat. Si vous vérifiez bien vos lignes de ¨Nétiquette¨, il n’est pas questions d’informations erronées (ce qui reste à prouver) et que donc, il s’agit plus de conceptions (ou croyances) personnelles que de manque de ¨nétiquette¨
Bonne journée.
Christian d’Anjou.

Bonjour,

La personne qui a vérifié votre commentaire est Valérie Borde, chef du bureau science et santé de L’actualité, chimiste de formation, journaliste scientifique détenant plus de vingt ans d’expérience et – assurément — une vérificatrice de fait qui ne base pas son expertise sur son opinion. Veuillez également noter que la nétiquette proscrit la diffusion de contenus « trompeurs », c’est-à-dire contenant des informations fausses.

Voici la recension des faits erronés présents dans votre premier commentaire:

1. « Le vaccin n’est pas vraiment un vaccin et qu’il ne vaut pas mieux que l’hydroxychloroquine ». Un vaccin n’a pas pour vocation d’éliminer toute chance d’attraper une maladie, il a pour but de la prévenir ou de prévenir ses complications graves. C’est ce que font les doses de vaccins même chez les gens chez qui elles sont moins efficaces, car elles diminuent de beaucoup les risques de COVID grave. Un médicament traite une maladie une fois qu’elle est apparue, c’est bien différent. Il ne diminue pas du tout les chances de l’avoir. L’hydroxychloroquine a été jugée inefficace.
2. Les big pharmas n’ont pas enterrés les vrais scientifiques. Si les enjeux socioéconomiques des réseaux de d’élaboration, de production et de distribution de produits pharmaceutiques peuvent certainement être pris comme objet de discussion et de critique (heureusement!), conclure que l’intimidation et le mensonge (voir le complot) prennent systématiquement le pas sur la méthode scientifique relève d’une représentation fantasque, sans appuis sur des données empiriques et vérifiées.
3. Les positions de Raoult et Péronne sont très largement critiquées dans la communauté scientifique et ne sont pas validées par des études sérieuses.

Vous comprendrez que, au vu de la situation pandémique qui demeure préoccupante mais également en raison de la diffusion croissante d’informations erronées sur les médias sociaux, L’actualité prend très au sérieux la nécessité d’assurer un encadrement strict de la véracité des faits relayés. Il nous paraît — plus que jamais — justement nécessairement de travailler à nourrir des perspectives éclairées par des faits et non par des opinions personnelles.

Bonne journée,
Juliane C. Lelarge, L’actualité

Bon, là, on débat… c’est bien.
Réponse à votre premier paragraphe : Si j’ai dit que les ¨vaccins¨ actuels ne sont pas de vrais vaccins, je vais préciser. Ce sont des ¨candidats vaccins¨ et tout ce que ça implique côté légal. Si le journal ¨Le Monde¨ lance des ¨Fake News¨, alors lisez ceci: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2021/07/08/covid-19-les-essais-de-phase-3-des-vaccins-sont-ils-termines-depuis-des-mois-comme-l-affirme-olivier-veran_6087580_4355770.html .
Donc, si on se fie au journal ¨Le Monde¨, tant que la phase 3 n’est pas complétée (fin 2022, 2023), ces candidats vaccins (Pfiser, Moderna et autres) ne sont que des molécules à l’essai dont les conclusions ne peuvent être interprétées comme définitives. D’où, légalement parlant comme dit le Dr Péronne, aucun pays ou gouvernement ne peut ¨obliger¨ la vaccination.
Quant à l’efficacité de l’hydroxychloroquine (qui a été jugée inefficace selon votre écrit), le Pr Raoult ( qui n’est quand même pas un deux de pique) dans une de ses vidéos expliquait que l’utilisation de ce médicament dès l’apparition des symptômes était très efficace dans le traitement, mais qu’il ne l’était plus quand la maladie atteignait le stade de l’hospitalisation. Ce que ne mentionnent pas les contradicteurs du Pr Raoult. Pouvez-vous répondre à cette petite question : ¨Comment se fait-il qu’un médicament (hydroxychloroquine) qui a été utilisé des milliards de fois dans le monde depuis des décennies, deviendrait soudainement TOXIQUE (vénéneuse) suite aux déclarations de l’ex-ministre de la santé française Agnès Buzyn¨ ? Juste cette déclaration, et le mal était fait !
D’où voici la réponse à votre paragraphe 2 : Suite à cette diabolisation de l’hydroxychloroquine, les Big Pharma avaient le chemin libre pour développer une nouvelle molécule des dizaines de fois plus payantes (environ $30,00 en moyenne par dose comparé à environ $1 ou $2 des autres médicaments).
Quant au 3e paragraphe, vous dites :¨ Les positions de Raoult et Péronne sont très largement critiquées dans la communauté scientifique et ne sont pas validées par des études sérieuses,¨ ça ce n’est pas sérieux, car ça remonte au tout début de la Covid alors que les recherches commençaient à peine. Des milliers de tests et essais ont été faits par la suite démontrant sa théorie.
Et dans le milieu médical, comme dans toutes les sciences, il est bon et normal qu’il y ait des critiques et des contradictions. En science, il n’est pas sain d’avoir ¨consensus¨.
Merci d’avoir pris le temps de me lire.
Bonne journée.
Christian d’Anjou.