Déconfinement : que peut-on espérer pour l’été ?

Après 14 mois d’incertitude, nous avons tous besoin de savoir ce que nous pouvons espérer comme liberté de mouvement pour le début de l’été et les vacances. Voici des pistes pour comprendre les options possibles.

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Ce qu’il faut retenir

Le gouvernement du Québec a annoncé qu’il allait présenter un plan de déconfinement avant le 24 juin, date à laquelle il prévoit que tous les Québécois majeurs qui le souhaitent auront reçu leur première dose de vaccin. En conférence de presse, le premier ministre François Legault a dit à son ministre de la Santé vouloir un scénario simple, dans la même veine que celui mis en place par la Saskatchewan. Or, il serait dommage que le Québec utilise un seul paramètre pour dicter les étapes de son plan de déconfinement, comme le fait la Saskatchewan en se fiant uniquement à la couverture vaccinale. Il y a d’autres solutions.

À l’image du Royaume-Uni, Québec peut s’appuyer sur le modèle de projections des besoins hospitaliers, qui donne des prévisions assez fiables sur trois semaines, ainsi que sur le modèle d’évolution de l’épidémie, qui propose des scénarios sur deux mois, en fonction de plusieurs paramètres tels que la couverture vaccinale, l’évolution des variants et le respect des mesures sanitaires. Ce dernier se base aussi sur l’étude CONNECT, qui surveille les contacts sociaux dans la population.

Un plan de déconfinement simple peut servir de carotte pour inciter la population à se faire vacciner en grand nombre.

« Les modèles ne sont jamais aussi complexes que la réalité, dans laquelle de nombreux paramètres s’influencent mutuellement », prévient toutefois Mathieu Maheu-Giroux, professeur à l’Université McGill, qui travaille à modéliser les hospitalisations au Québec. Ils ne prennent pas en compte le nombre de gens qui ont déjà eu la COVID-19, par exemple, ni la durée de l’immunité procurée par les vaccins, et pas plus le fait que si la quantité de cas baisse, le traçage des cas contacts sera plus facile, mais qu’une certaine partie de la population pourrait être tentée de ne pas recevoir sa seconde dose. 

« On peine aussi à intégrer l’hétérogénéité régionale de l’épidémie dans nos modèles, ajoute Mathieu Maheu-Giroux. Si, dans un quartier, la couverture vaccinale est moindre que dans un autre, alors un événement superpropagateur pourrait y avoir beaucoup de conséquences. » Couplés aux sondages sur les attitudes et comportements des adultes québécois menés par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) toutes les deux semaines, les modèles de projections des besoins hospitaliers et d’évolution de l’épidémie donnent quand même un cadre général qui indique le niveau de risque et les paramètres à surveiller pour un déconfinement réussi. 

Le restos avant le gym ? Ou le contraire ?

Déconfiner, c’est un peu comme confiner. Pour choisir quelles activités autoriser à quel moment, le gouvernement du Québec devra procéder à des arbitrages en fonction du niveau de risque associé à chaque type d’activité, des besoins et envies de la population et de l’urgence de réinsuffler de l’air à certains secteurs économiques. Plus il y a de personnes qui se réunissent à l’intérieur et dans des conditions qui ne permettent pas le port du masque (repas) ou la distanciation, plus les risques sont importants. Ailleurs dans le monde, plusieurs pays ont allégé les consignes sur le port du masque et la distanciation une fois qu’une grande proportion de la population avait reçu ses deux doses, mais on est encore loin de cette situation au Québec.

N’oublions toutefois pas que le gouvernement provincial doit aussi tenir compte de plusieurs éléments clés qui échappent à son contrôle, comme les approvisionnements en vaccins, l’ouverture des frontières et l’émergence de nouveaux variants qui pourraient venir, par l’intermédiaire de voyageurs, de pays où le virus circule encore beaucoup. 

Une chose est sûre : les Québécois ont besoin de savoir où ils s’en vont, car l’incertitude actuelle est une grande source de stress. Avec tous les outils dont il dispose, et des approvisionnements en vaccins qui ne s’annoncent pas problématiques pour les prochains mois, le gouvernement serait sans doute capable de proposer des dates fixes réalistes et communiquées à l’avance pour le déconfinement. Cela aiderait, entre autres, à planifier les embauches dans les restaurants ou les réservations pour les vacances. Il doit juste se garder le droit de modifier ces dates advenant de mauvaises nouvelles. 

La vaccination massive est un atout clé pour éviter l’effet yoyo des déconfinements suivis de reconfinements. Il n’est toutefois pas exclu que des reconfinements soient nécessaires localement si de nouvelles éclosions associées à des événements superpropagateurs se produisent dans une poche de population sous-vaccinée, ou avec de nouveaux variants qui résisteraient aux vaccins.

C’est uniquement à la fin de la pandémie que nous saurons quelles stratégies auront été les plus efficaces. 

Il y a plusieurs raisons de penser que l’été sera calme au Québec sur le plan de la COVID. D’abord, la grande efficacité des premières doses de vaccins, quels qu’ils soient, contre les formes de COVID entraînant des hospitalisations et des décès. Ensuite, l’excellente réponse de la population à la campagne de vaccination, alors que 86 % des Québécois ont déjà reçu au moins une dose ou ont l’intention de se faire vacciner. Enfin, l’arrivée de la belle saison, qui diminue la fréquence des contacts à cause des vacances et qui permet plus de rencontres à l’extérieur, beaucoup moins risquées. 

Mais le gouvernement doit encore éviter que des poches de sous-vaccination viennent fragiliser la situation, convaincre les hésitants, s’assurer que les Québécois prendront bien leur deuxième injection, mais aussi tout mettre en œuvre pour prévenir les éclosions de nouveaux variants que pourraient introduire des voyageurs. Car une fois que le Québec sera déconfiné, il deviendra beaucoup plus difficile de contrôler des variants sans devoir faire un retour en arrière, surtout s’ils s’avèrent moins sensibles aux vaccins.

Pour cela, le Royaume-Uni mise sur un dépistage très énergique, utilisant des tests PCR classiques, des tests antigéniques rapides et des autotests que l’on peut faire chez soi. Même si ce pays compte, en proportion de sa population, moins de cas chaque jour et beaucoup plus de gens ayant reçu leurs deux doses de vaccin, il fait encore une fois et demie plus de tests de diagnostic par PCR quotidiennement que le Québec. 

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TROIS SOURCES D’INSPIRATION POSSIBLES

1. Saskatchewan : la simplicité avant tout

Le plan baptisé Saskatchewan’s Re-Opening Roadmap séduit parce qu’il est basé sur un paramètre unique et facile à suivre : le taux de vaccination de la population. Cette donnée sert d’indicateur pour déclencher trois étapes de déconfinement, au cours desquelles les règles changent pour certaines activités bien précises, avec un décalage de trois semaines pour laisser au vaccin le temps d’agir.

Par exemple, trois semaines après que 70 % des adultes de plus de 40 ans auront reçu leur première dose et que les 18 ans et plus auront pu commencer à prendre leurs rendez-vous, la phase 1 sera enclenchée. Parmi les allègements, les bars et restaurants pourront rouvrir, avec 2 m entre les tables et des tablées d’au plus 6 personnes, les cinémas aussi, avec 30 spectateurs par salle au maximum, et les rassemblements privés seront autorisés avec 10 personnes à l’intérieur ou à l’extérieur. 

Puis, lorsque 70 % des adultes de plus de 30 ans auront été vaccinés et qu’au moins trois semaines se seront écoulées depuis le début de la phase 1, la province passera à la phase 2, dans laquelle, par exemple, le nombre de personnes pouvant être admises dans les commerces ne sera plus limité. Le port du masque, la distanciation et le lavage des mains restent de mise pour toutes les étapes.

Ce plan a aussi vocation à servir de « carotte » pour inciter la population à aller se faire vacciner massivement, a dit le gouvernement saskatchewanais. Le début de la vaccination pour les 18 ans et plus étant prévu à la fin mai, la première étape de ce déconfinement ne se produira pas avant la mi-juin.

Le gouvernement de Regina prend un risque en se fiant au seul baromètre du taux de premières doses reçues pour anticiper l’évolution de l’épidémie, car cela ne lui donne aucune marge de manœuvre, à supposer que les vaccins soient plus ou moins efficaces par rapport à ce qui est attendu, ou que de nouveaux variants surgissent, ou que le taux de vaccination soit bien inférieur dans certains coins du pays. 

2. Royaume-Uni : un plan flexible

Le Royaume-Uni, lui, a opté pour une autre stratégie avec sa Roadmap Out of Lockdown, publiée fin février, qui s’appuie beaucoup sur la modélisation, tout en restant conditionnelle à l’atteinte de certains objectifs. Si le plan de la Saskatchewan ressemble à une recette de cuisine, celui du Royaume-Uni a plutôt l’allure d’un programme de voyage avec des étapes incontournables indiquées à l’avance, mais des changements de cap possibles. « Les Britanniques ont une grande tradition scientifique de modélisation, qui a été mise à profit pour gérer d’autres épidémies comme l’Ebola, le Zika et des maladies animales partout dans le monde. Leurs modèles aident à planifier plus finement à long terme », explique Mathieu Maheu-Giroux,. 

Dès février, le gouvernement britannique a annoncé ce plan en quatre étapes, donnant les dates à partir desquelles des allègements pourraient être mis en place, à condition que le pays réussisse à chaque étape ce que le gouvernement appelle quatre « tests » : 

  • Que la campagne de vaccination ait progressé comme prévu ;
  • Que les vaccins se soient montrés efficaces pour diminuer le nombre d’hospitalisations et de décès ;
  • Que le nombre total d’hospitalisations ne risque pas d’augmenter au-delà des capacités du système de santé à les prendre en charge ;
  • Et que les analyses de risque ne soient pas modifiées notablement par l’apparition de nouveaux variants. 

Le gouvernement a prévu au moins cinq semaines entre chacune des étapes, et précisé quels types d’activités pourraient à nouveau être autorisées. Il a aussi dit vouloir procéder à l’échelle nationale, à moins que certaines régions soient en très net décalage avec la situation épidémiologique ailleurs. Le tout est détaillé dans un document de 68 pages, COVID-19 Response — Spring 2021

Le 10 mai, le premier ministre Boris Johnson a annoncé que le pays entrerait, comme prévu, en phase 3 une semaine plus tard. Les rassemblements intérieurs d’au maximum six personnes de deux foyers seront autorisés, tout comme les repas à l’intérieur des restaurants et des pubs, la réouverture des musées et des hôtels, les déplacements avec une nuitée hors du foyer et les voyages internationaux vers une liste bien précise de pays. Les Britanniques, vaccinés ou non, seront autorisés à se serrer dans leurs bras « selon leur bon jugement », mais certains événements comme les cérémonies religieuses (à l’exception des funérailles) seront toujours limités à un maximum de 30 personnes. La prochaine phase est prévue le 21 juin.

Ce plan d’action très progressif et conditionnel, couplé à des dates qui ont permis aux Britanniques de se projeter dans l’avenir, a été très bien reçu autant par les experts que par la population. On ne pourra cependant vraiment évaluer son efficacité que rétrospectivement, quand cette crise sera derrière nous.

3. France : une stratégie risquée 

La troisième vague a lourdement pesé sur le moral des Français, forcés de respecter un couvre-feu dès 18 h et de ne pas s’éloigner de plus de 10 km de leur domicile pendant plusieurs semaines. Pour leur donner un peu d’espoir, le président Emmanuel Macron a anticipé la montée de la vaccination et l’arrivée de l’été, et annoncé le 29 avril un déconfinement en quatre dates, sans qu’il soit lié à un indicateur particulier : 

  • 3 mai (fin des restrictions de déplacement à 10 km, retour partiel des élèves en classe) ;
  • 19 mai (couvre-feu à 21 h, réouverture limitée des commerces, cinémas, théâtres et musées) ;
  • 9 juin (couvre-feu à 23 h, réouverture limitée des salles des cafés et restaurants) ; 
  • 30 juin (fin du couvre-feu). 

Mais le 6 mai, le Conseil scientifique, le groupe d’experts qui conseille le gouvernement français, a publié un avis qui condamne assez ouvertement cette stratégie avec un titre coup-de-poing, Pour une réouverture prudente et maîtrisée avec des objectifs sanitaires. Dans ce document de 36 pages, les experts préviennent que ces allègements sont sans doute précipités, à un moment où l’épidémie est loin d’être maîtrisée et la vaccination, encore insuffisante, et qu’ils pourraient engendrer une quatrième vague en plein cœur de l’été, à cause de la montée des variants préoccupants autres que le B.1.1.7 « britannique ». Ils soulèvent aussi deux éléments clés qui font défaut dans le scénario français : le manque d’objectifs clairs quant au nombre de cas résiduels acceptable, et l’absence d’une stratégie de dépistage répété par des tests rapides et des autotests, pour pouvoir réagir très vite à tout rebond de l’épidémie. 

Le Comité scientifique reconnaît que le pouvoir exécutif n’a pas à tenir compte uniquement de la situation épidémiologique pour prendre des décisions, tout comme le Dr Arruda a toujours affirmé que la santé publique n’avait pas à dicter son rôle à l’équipe de François Legault. Mais la publication de cet avis montre à quel point il doute que la stratégie française soit la bonne, ce qui ne remonte pas le moral de la population. En date du 12 mai, le gouvernement français n’avait pas encore réagi.

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Bonjour. La sécurité passe par l’interdiction TOTALE de voyages non-essentiels. Et ce, jusqu’à l’été 2022. Et il y en a très, très peu de voyages essentiels; tout peut se transiger par tele-conference. Ou presque. Ce sont nos gens qui vont à l’étranger – meme à l’intérieur du Canada ! – et les étrangers qui viennent ici, le problème. Cessons de tergiverser .